O&vv 1988
COMPTES RENDUS
HEBDOMADAIRES
DES SANCES
DE L'ACADMIE DES SCIENCES.
S' Soi^^Jl, u
umiittmkiumTm
PARIS. IMP&IHERIE DE BACHELIER ,
rue du Jardinet , i i .
COMPTES RENDUS
HEBDOMADAIRES
DES SANCES
DE L ACADMIE DES SCIENCES,
PUBLIS
CONFORMMENT A UNE DCISION DE L'ACADMIE
PAR HM. LES SECRTAIRES PERPTUELS.
TOME TRENTE ET UNIME.*
JUILLET - DCEMBRE i8iK>.
PARIS,
BACHELIER, IMPRIMEUR-LIBRAIRE
DE l'cole polytechnique, du bureau des longitudes, etc..
Quai des Augustins, n 55.
1850
COMPTE RENDU
DES SANCES
DE L'ACADMIE DES SCIENCES.
SANCE DU LUNDI l" JUILLET 1850.
PRSIDENCE DE M. DUPERRET.
MEMOIRES LUS.
OPTIQUE. Mmoire sur la rflexion totale ; par M. J. Jami.\.
(Renvoy l'examen de la Section de Physique.)
Dans un Mmoire, prcdemment soumis l'Acadmie, j'ai montr
qu'en se rflchissant sur les substances transparentes, les deux composantes
principales d'un rayon lumineux acquirent une diffrence de marche
variable avec l'inclinaison, et que si le faisceau incident est polaris rectiligne-
ment, le rayon rflchi prend tous les caractres d'une polarisation ellip-
tique. Cette proprit appartient la presque totahtdes substances transpa-
rentes; et s'il eu existe quelques-unes qui en sont dpourvues, elles satisfont
des conditions extrmement difficiles rencontrer, et constituent un cas
particulier d'autant plus curieux qu'il est plus rare.
" A l'poque o Fresne! fit connatre ses formules de rflexion, on admet-
tait que l'exception tait la loi gfnrale, et l'on croyait <|ue tous les corps
transparents polarisent rectili<;nement la lumire. Aussi, loin de rendre
compte de la diffrence de marche des composantes du rayon rflchi, la
thorie de Fresnel s'appuie prcisment sur ce principe, " qu'elle n'existe
pas; par suite, elle s'applique des exceptions et n'est [)as l'expression g-
nrale des phnomnes. ^ ^
C. R-, i85o, a'' Semestre. (T XXXI, !N 1.) I
**.
( 2 )
On sait d'autre part qu'une interprtation lgante de ses formules avait
conduit l'illustre physicien l'explication des phnomnes de la rflexion
totale, et qu'il en avait calcul toutes les particularits par des expressions
algbriques dduites de ses premires formules; il tait donc permis de pen-
ser que les consquences de principes trop peu gnraux avaient besoin
d'tre vrifies , et il devenait ncessaire de reprendre exprimentalement la
question: c'est dans ce but que j'ai entrepris les expriences suivantes.
J'ai employ des prismes de verre dont la section principale est un
triangle rectangle isocle; la lumire polarise 45 degrs du plan d'inci-
dence pntrait dans la substance par l'une des faces latrales des prismes ,
et sortait par l'autre, aprs avoir subi une rflexion intrieure totale sur la
face de l'hypotnuse. Le prisme tait plac au centre de mon appareil
gnral de rflexion ; ou pouvait mesurer les incidences sur la face d'entre,
calculer celles de la rflexion , et dterminer l'mergence la diffrence de
marche des rayons principaux, au moyen du compensateur qui m'a servi
dans toutes mes recherches sur la rflexion.
Cette diffrence de marche provient de deux causes, ou del rflexion
totale, ou des dfauts d'homognit des prismes; et pour apprcier la pre-
mire, il faut soigneusement viter la seconde. Or l'exprience apprend
que les substances les plus pures se compriment sous l'influence des actions
mcaniques au moyen desquelles on les polit, et qu'elles offrent alors, avec
une grande rgularit, dans le voisinage des surfaces, les phnomnes
de la trempe, c'est--dire des diffrences de marche qui s'ajoutent celle de
la rflexion totale; il est facile de les apprcier et d'en tenir compte.
J'ai fait scier le prisme en deux parties gales que j'ai accoles suivant
les faces de l'hypotnuse par l'intermdiaire d'un liquide de mme rfrin-
gence, et j'ai replac le systme sur l'appareil , en donnant l'un des prismes
qui le composent la position qu'il avait dans les expriences prcdentes; il
est facile de voir que le rayon transmis subissait alors les mmes actions , et
qu'il n'y avait d'Umin que la rflexion totale. Je mesurais alors les diff-
rences de marche dues aux causes d'erreur.
" Aprs cette correction, qui n'est pas sans importance, mes expriences
ont vrifi parfaitement les formules de Fresnel.
Pendant que je faisais ces expriences, M. Gauchy traitait de nouveau
la question thorique, et arrivait une formule qui ne diffre de celle de
Fresnel que par une trs-petite quantit, le coefficient d'ellipticit; c'est
dire que l'exprience justifie galement bien les deux rsultats sans pouvoir
dcider entre eux.
( 3 ) ^, ^
En rsum, le phnomne de la rflexion l'intrieur sous des inci-
dences obliques se caractrise par deux actions importantes qui avaient flB:
besoin d'une tude attentive, la totalit de la rflexion et l'existence d'une
diffrence de marche. Les recherches rcentes de M. Arajjo sur la quantit ";
de lumire rflchie et mes expriences actuelles sur les changements
de phase s'accordent pour ne laisser aucun doute sur les conclusions
thoriques. * .
M. Rousseau commence la lecture d'un Mmoire ayant pour titre : Du ^
sucre et de sa fabrication.
Cette lecture sera continue dans une prochaine sance.
HIEMOIRS PRSENTES
MCAiSiQUE APPLIQUE. Extrait d'un Mmoire sur les conditions de
stabilit des ponts suspendus ; par M. Garvallo.
(Commissaires, MM. Poncelet, Morin.)
Le douloureux vnement d'Angers a fix mon esprit sur les conditions
de stabilit imposes par l'Administration des Ponts et Chausses dans la
construction des ponts suspendus.
" Je me suis propos de trouver la loi gnrale des oscillations des chanes
de suspension sous l'influence de la marche cadence d'un rgiment.
n Les formules qui donnent les ordonnes et la vitesse du mouvement
d'oscillation , en faisant abstraction des frottements et des rsistances du mi-
lieu, s'appliquent sans erreur sensible, pendant la dure trs-courte d'une
oscillation.
Si l'impulsion se renouvelle la fin de cette priode, on obtient, pour
l'quation du mouvement, une formule discontinue dont tous les termes
s'vanouissent, l'exception de celui qui dtermine les inconnues pendant la
priode que l'on considre.
> Il en est de mme si l'impulsion arrive aprs un multiple quelconque
du temps que dure une oscillation. Si ce multiple est fractionnaire, les
effets peuvent diminuer au lieu d augmenter avec le temps.
" li'abaissement maximum du sommet de la parabole est d'autant plus
grand que le pont a plus de porte et qu'il est primitivement moins charg.
" Tl en est de mme du carr du temps d'une oscillation complte.
" Fj'accroissement de tension d au poids mobile renferme un terme pro-
I..
0-
.^.- (4)
portionnel la vitesse de ce poids an moment o il s'appuie sur le tablier,
et au nombre des impulsions quand elles ont lieu des priodes gales un
multiple entier de la dure d'une oscillation. Ce terme varie encore en raison
* inverse de la racine carre de la demi-longueur des chanes; il est d'autant
plus grand que cette racine est plus petite.
if Quelle que soit la section que l'on donne aux chanes, on ne peut pas
<^ construire de ponts suspendus qui rsistent l'effort produit par un rgi-
ment marchant un pas dont la vitesse diffre peu de celle du pas acclr,
i* Le nombre des impulsions concordantes hcessaires pour produire la
rupture est toujours rel et assez petit pour tous les ponts suspendus dj
construits. Il est infrieur la racine carre de la demi-longueur des
chanes, exprime en mtres.
Il rsulte de l qu'il n'est pas utile de modifier les conditions de stabi-
lit exiges aujourd'hui pour l'tablissement des ponts suspendus.
Il faut seulement empcher d'une manire absolue, et sous des peines
trs-svres, le passage ds troupes sur ces ponts, autrement que par petites
sections dont l'une ne doit s'engager sur le tablier que lorsque la prcdente
en sort l'autre extrmit.
" Suit l'aualyse et l'application des formules aux deux ponts de la Roche-
Bernard et de Beaumont-sur-Sarthe, dont le premier 200 mtres et le se-
cond 100 mtres de porte. Les dures des oscillations sont de i",4o7 et
i", 168; les abaissements maximum des sommets des deux paraboles o,ao4
et o"", 1^5; enfin, le nombre des pas produisant la rupture, 7 et 5.
M. Lamperierre adresse un supplment au Mmoire qu'il avait prcdem-
ment prsent sur les moyens de reconnatre la quantit et la qualit de la
scrtion chez la femme.
Dans cette nouvelle Note, l'auteur signale les modifications qu'il a fait
subir son appareil aspirateur, et indique les applications qu'on en peut
faire divers cas chirurgicaux.
(Renvoi la Commission prcdemment nomme.)
M. Carrire, qui a prsent au concours pour les prix de Mdecine et de
Chirurgie de la fondation Montyon un ouvrage intitul : Le climat de l'Italie
sous le rapport hyginique et mdical, donne, conformment une des con-
ditions poses pour ce concours, l'indication des parties de son travail qu'il
considre comme neuves.
(Renvoi la Commission des prix de Mdecine et de Chirurgie.)
>
**
M. Le Gbay adresse, l'occasion d'une communication rcente de
M. Blanquart-vi-ard, une rclamation de priorit pour l'emploi dujluortire
d'argent dans les oprations photographiques, et indique, comme pice
l'appui, un opuscule imprim dont il a prcdemment adress un exemplaire
l'Acadmie. Des recherches postrieures cette publication l'ayant con-
duit modifier en quelques points son procd, il le dcrit compltement,
et adresse en mme temps quelques spcimens des produits qu'il en a
obtenus.
(Renvoi la Commission nomme pour le Mmoire de M. Blanquart-Evrard.)
#
CORRESPOND AIVCE.
M.TeTHmiSTRE de l'Instruction publique accuse rception d'une copie du
Rapport t'ait l'Acadmie, dans sa sance du 3 juin, sur le travail de
M. de Froberville concernant les races ngres de l'Afrique orientale au sud
de l'Equateur.
M. le Ministre de la Guerre adresse, pour la bibliothque de l'Institut,
un exemplaire du premier volume de l'ouvrage de M. Fournel sur la richesse
minrale de V/lgrie, ouvrage publi aux frais du Gouvernement par le
dpartement de la Guerre, de concert avec le dpartement des Travaux
publics.
M. Dumril prsente, au nom de l'auteur M. Ch.-Lucien Bonaparte, un
exemplaire d'un tableau systmatique des Reptiles et des Amphibies. [Koir
au Bulletin hibliogrnpldque .)
M. Galle adresse ses remercments l'Acadmie qui, dans la sance pu-
blique du 4 mars dernier, lui a dcern le prix d'Astronomie (fondation
Lalande) pour l'anne 1846.
VOYAGE ARONAUTIQUE.
M. Arago rend compte , peu prs en ces termes, du voyage aronau-
tique de MM. Bixio et Barral.
MM. Bixio et Barral avaient conu le projet de s'lever en ballon une
grande hauteur, pour tudier, avec les instruments perfectionns que la
science possde aujourd'hui, une multitude de phnomnes atmosphriques
encore imparfaitement connus. Il s'agissait de dterminer la loi du dcrois-
*
(6)
sment de la temprature avec la hauteur; la loi du dcroissement de l'hu-
midit; de dcider si la composition chimique de l'atmosphre est la mme
partout; de doser l'acide carbonique diverses lvations; de comparer les
effets calorifiques des rayons solaires dans les plus hautes rgions de l'atmo-
sphre avec ces mmes effets observs la surface de la terre ; de constater
s'il arrive en un point donn la mme quantit de rayons calorifiques de
tous les points de l'espace; de rechercher si la lumire rflchie et trans-
mise par les nuages est ou n'est, pas polarise, etc.
fiCS instruments ncessaires pour une expdition aussi intressante avaient
t prpars par M. Regnault avec un soin et une prcision infinis ; jamais
l'amour des sciences ne s'tait manifest avec plus d'abngation. M. Wal-
ferdin avait fourni plusieurs de ses ingnieux thermomtres dversement;
enfin les voyageurs taient pourvus de baromtres trs-exactement gra-
dus, propres faire connatre la hauteur o leurs diverses observations
auraient t tentes.
MM. Bixio et Barrai avaient confi le soin de prparer le ballon et
ses accessoires un arouaute connu par vingt-huit voyages ariens;
toutes les dispositions avaient t faites dans le jardin de l'Observatoire.
L'ascension eut lieu le samedi 29 juin, lo^i'j'^ du malin; le ballon tait
rempli de gaz hydrogne pur, prpar par l'action de l'acide chlorhydrique
sur le fer. D'aprs toutes les prvisions et tous les calculs, les deux physi-
ciens devaient pouvoir s'lever jusqu' la hauteur de 10 laooo mtres.
Au moment du dpart, on put s'apercevoir facilement que plusieurs dispo-
sitions de l'appareil arostatique n'taient pas convenables. Le ballon, sous
l'action des rafales, s'tait dchir en plusieurs points, et l'on avait t oblig
de le raccommoder en toute hte; il tombait une pluie torrentielle. Que
fallait-il faire? Ne pas partir et t le plus prudent; mais MM. Bixio et
Barrai rejetrent bien loin une pareille ide. Us se placrent dans la nacelle
et s'lancrent intrpidement dans les airs, sans mme qu'on et pris le soin
de dterminer avec un peson la puissance ascensionnelle de l'a'rostat. Leur
mouvement de bas en haut fut extrmement rapide : tous les spectateurs
le comparaient celui d'une flche; bientt MM. Bixio et Barrai dispa-
rurent dans les nuages, et c'est au-dessus de ce rideau qui les drobait la
vue des hommes que s'est accompli le drame mouvant qu'il nous reste
raconter.
Le ballon dilat pressait avec une grande force sur les mailles du filet,
qui tait beaucoup trop petit; il s'enfla de haut en bas, descendit sur les
voyageurs dont la nacelle avait t suspendue des cordes trop courtes, et
4^
'
(7)
les couvrit en quelque sorte comme un chapeau. Alors les deux physiciens
se trouvrent dans la position la plus difficile; l'un d'eux, dans ses efforts
pour dgager la corde de la soupape, produisit une ouverture dans le pro- *
longement infrieur du hallon; le gaz hydrogne qui s'chappait presque
la hauteur de leur tte les asphyxia successivement, ce qui occasionna chez
chacun d'eux d'abondants vomissements. En consultant le baromtre,
MM. Bixio et Barrai s'aperurent qu'ils descendaient rapidement; ils cher-
chrent dcouvrir la cause de ce mouvement imprvu, et reconnurent que
le ballon s'tait dchir dans la rgion de son quateur sur une tendue de
prs de 2 mtres. Ils comprirent alors, avec un sang-froid qu'on ne saurait '
trop admirer, que tout ce qu'ils pouvaient esprer, c'tait de sortir la vie ,^
sauve de leur entreprise hardie; ils descendaient avec une vitesse trs- * s
suprieure celle de leur ascension, ce qui n'est pas peu dire. MM. Bixio # .**
et Banal se dbarrassrent de tout ce qui leur restait de lest; ils jetrent
par-dessus le bord de la nacelle des couvertures dont ils s'taient munis pour
se garantir du froid et jusqu' leurs bottes fourres, mais ils ne se sparrent
d'aucun de leurs instruments de recherches. On voit que c'est prcisment
l'inverse de ce que certains journaux ont annonc.
MM. Bixio et Barrai tombrent ii*" i4'" dans une vigne, dont le ter-
rain tait heureusement dtremp, de la commune de Dampmart, prs de
Lagny. FiCS laboureurs et les vignerons accoururent, trouvrent les deux
physiciens se tenant par les jambes afin de neutraliser autant que possible
le mouvement horizontal de la nacelle, et leur prtrent les secours les
plus empresss. Un voyage excut dans de pareilles conditions n'a pu ap-
porter la science qu'un trs-minime contingent, relativement ce qu'il
tait permis d'esprer; toutefois, nous devons dire que nos deux physiciens
ont constat, par des expriences dcisives, que la lumire des nuages n'est ' '^^
pas polarise; que la couche de nuage qu'ils ont traverse avait au moins
3ooo mtres d'paisseur et que, malgr l'existence de ce rideau entre le ciel
et la terre, le dcroissement de la temprature a t trs-peu prs sem-
blable celui qui rsultait du clbre voyage aronautique de Gay-Lussac,
excut par un ciel parfaitement serein. On a dduit, des observations ba-
romtriques compares celles qui ont t faites l'Observatoire de Paris,
que, dans la rgion o le ballon s'est dchir, nos deux voyageurs taient
dj parvenus la hauteur de Sgoo mtres. Un calcul semblable a montr
que la surface suprieure du nuage travers tait 4'200 mtres.
* ( 8 )
MTOROLOGIE. EJfets d'un coup de foudre. (Note de M. Jomard.)
Mercredi 26 juin, 9 heures du soir, la foudre a clat sur la route de
Lozerre Orsay, et frapp un peuplier, lev de 3o 36 xntres, aux trois
quarts de la hauteur. Elle a sillonn l'arbre , en spirale, et fait deux fois le
-^ tour du peuplier. Des clats nombreux ont t enlevs dans une grande lar-
geur (environ i5 25 centimtres), et 5 centimtres de profondeur. Vie sol
^P* est encore jonch d'clats de bois, transports plus de 3o mtres de dis-
'$ ., tance. Il y en a de i^jSo de longueur et de a5 centimtres de largeur.
PHYSIQUE DU GLOBE. Remarques sur quelques circonstances de la dernire,
ruption du Vsuve. (Lettre adresse M. Arago par M. le capitaine de
vaisseau Bailleul, commandant le Jupiter. )
Dans cette plaine, comme dans toutes celles qui avoisinent Naples, la
Tigne a pour tuteurs des arbres, dont la plupart sont des peupliers dits
d'Italie. Les plus voisins de la lave n'out point t altrs" par la chaleur ni
par les vapeurs, et ils ont pouss leurs feuilles comme de coutume; seule-
ment, elles se sont dveloppes un peu plus tard, mme chez ceux qui sont
rests en contact avec la lave.
Mais dans cette plaine se trouvent et l des pins dits parasol; ceux-l
r sont tous morts, mme des distances de plusieurs centaines de mtres.
Ser.iit-ce parce qu'ils ne perdent point leurs feuilles pendant rhi\er, et que
ces feuilles auront respir les vapeurs qui, mme deux mois aprs l'ruption,
se dgageaient encore abondamment de celte grande masse de laves?...
Peut-tre cette question vous offrira-t-elle quelque intrt.
Mais le but de cette Lettre est autre; voici ce qui m'a dtermin vous
l'crire.
" Plus de cinq semaines aprs l'ruption, la superficie mme de ce vaste
plateau de lave tait encore tellement chaude, qu'il tait presque impossible
de s'arrter dessus, mme avec de fortes chaussures. Il y avait des parties,
plus ou moins tendues, o le calorique tait plus abondant encore, sans
(9)
doute cause que les matires qui s'y trouvaient accumules taient moins
conductrices; ces espaces taient, gnralement, d'une couleur blanchtre,
mouchete, si je puis m'exprimer ainsi, de taches jaunes accusant la pr-
sence de matires sulfureuses. Il s'levait parfois de ces localits particulires
de petites trombes, assez puissantes pour agiter et mme dplacer des
scories superposes aux masses granitiques. Lorsque ces trombes avaient
atteint les limites de la lave et qu'elles rencontraient les arbres avoisinants,
elles en agitaient les feuilles et en arrachaient mme, puis l'ciuilibre se
rompait ou, si vous voulez, se rtablissait en rpandant les lments de la
trombe dans l'espace. ^
" Voil ce qui m'a sembl mriter de vous tre signal. >
MTOROLOGIE. Phnomnes d'lectricit atmosphrique observs
P^augirard pendant l'orage du a6 juin. (Extrait d'une Lettre de M. Mne
M. Arago.)
Depuis prs d'un mois, j'avais plac sur mon laboratoire un fil de fer
d'environ 83 mtres de long, afin d'tudier la tension lectrique de l'atmo-
sphre et de rpter quelques expriences de M. Peltier sur la mtorologie.
Mercredi soir, vers les sept heures , c'est--dire au moment o l'orage s'est
fait entendre, je montai au belvdre o se trouve attach mon fil conduc-
teur; mais la pluie tait si abondante et le vent si violent, que je ne pus me
livrer aucunes observations: du reste, pAr une bizarrerie que je ne veux
pas expliquer ici , mes appareils ne me montraient qu'une trs-faible tension
lectrique. C'est alors que, dans le but de fixer l'lectricit, je me hasardai
placer sur mon fil conducteur une pierre d'aimant assez forte; presque au
mme instant, je vis une colonne de feu sortir d'un clair, s'abattre sur l'ai-
mant, se promener comme en langues de feu dans toute la longueur du fil,
et illuminer toute son tendue; puis, l'endroit o le fil se perd dans la
terre, un bruit sourd et profond s'est fait entendre durant quelques secondes.
Ce phnomne s'est rpt cinq reprises diffrentes, et a dur chaque
fois prs d'une demi-minute. Il tait mme tellement visible, que plusieurs
personnes de la maison de mon pre vinrent me supplier de cesser ces exp-
riences, craignant que les rsultats n'en fussent dangereux et regrettables.
A la troisime fois seulement o ce phnomne a paru, on a pu entendre une
lgre dtonation et sentir une faible secousse dans l'appareil; cet branle-
ment a eu lieu surtout dans la partie o le fil se perd dans la terre. Il a
occasionn la chute de plusieurs tuiles du mur o il se trouve fix; il a, en
C. R , i85o, a"" Semestre. (T. \XXI, K 1.) 2
%
( o )
outre, dracin, bris et coup comme par bandes un rosier de trois pieds,
autour duquel j'avais ngligemment enroul la fin de mon fil. Enfin, toutes
les fleurs qui se trouvaient sur le passage du fil conducteur, au moment o
il arrive en terre, ont t dessches dans cei laines parties do leurs tiges.
" Jusqu'au moment du second orage, je ne donnai pas suite mes exp-
riences. Je me retirai dans mon laboratoire et apprtai quelques appareils
qui n'ont malheureusement pas pu me servir; mais vers les neuf heures, je
montai sur mon laboratoire et j accrochai sur la partie moyenne de mon fil
la mme pierre d'aimant qui venait de me servir au belvdre.-Je dois. Mon-
sieur, avant de vous donner la relation des phnomnes qui ont paru cette
fois, vous dire les prcautions que j'ai prises pour attacher cette pierre d'ai-
inant et pour continuer ces expriences, car je prvoyais le danger qu'il
pouvait y avoir dans une semblable tentative. Je me suis muni, pendant
tout le temps de mes observations, d'une longue tringle de fer de 2 mtres,
au bout de laquelle j'avais attach une chane chien rive au toit de mon
laboratoire. A l'aide de cet appareil grossier, j'ai pu me permettre, sans
dangers, diffrentes oprations que je vais dcrire.
Un quart d'heure aprs avoir replac la pierre d'aimant, je remontai
sur mon laboratoire afin de continuer mes recherches, et je vis une aigrette
lumineuse, bleutre, longue d'environ 66 centimtres, qui tait arrte sur
l'aimant, elle ressemblait un fer de lance, long et troit, dont la pointe
tait dirige vers la terre; sa lumire augmentait d'intensit par moments,
et diminuait surtout lorsque la pluie tombait plus fortement. A un de ces
moments mme, je me suis hasard toucher le fil conducteur avec ma
tringle, et j'en ai tir deux ou trois tincelles bleutres qui ne m'ont donn
qu'une faible secousse, et qui aimantrent compltement ma tringle, car,
depuis ce jour, elle attire le fer, etc. Vers les neuf heures et demie, c'est-
-dire au moment o l'orage s'est un peu calm, ce phnomne a paru
s'teindre; plusieurs personnes m'ont alfirm cependant l'avoir vu reparatre
vers les dix heures et demie, lorsqu'un nouvel orage grondait encore sur
Vaugirard, mais j'tais alors absent et ne saurais vous garantir le fait.
Durant le temps o l'aigrette lumineuse donnait le plus de clart, il
s'est produit plusieurs circonstances que je ne dois pas oublier; ainsi, le fil
paraissait comme rouge blanc, et l'endroit o il se perd en terre, les
pailles, les fleurs taient attires lui, et paraissaient aussi lumineuses dans
leurs extrmits suprieures. Les gouttes de pluie qui dcoulaient de l'aimant
semblaient brillantes comme des diamants, jusqu'au moment o elles tom-
baient sur le toit de zinc de mon laboratoire, et faisaient mme entendre
( " )
leur tombe un petit bruit semblable la dcharge de machines lectriques;
aussi, en recueillant une centaine de ces gouttes dans un vase de verre, que
par excs de prcaution j'avais encore isol , il m'a t facile d'en charger
faiblement une petite bouteille de Leyde.
M. DciFOUB, cur de Travant, prs Beaugency (Loiret), adresse quelques
dtails sur le mtore du 5 juin, dont l'apparition lui fut annonce par la
clart qui illumina tout d'un coup sa chambre, et fit plir la lumire prs
de laquelle il travaillait. Il put encore, aprs avoir pris le temps d'ouvrir sa
fentre, suivre dans le ciel une partie du trajet du mtore qui se trouvait,
au moment o il l'aperut, au-dessous de la constellation de Cassiope.
M. Tremblay, professeur de mathmatiques l'Aigle (Orne), annonce
avoir vu, le 24 juin au soir, un mtore lumineux de couleur rougetre qui
se mouvait d'orient en occident , et laissait aprs lui comme une trane
d'tincelles.
M. Arago, l'occasion de ces deux communications, donne, d'aprs un
journal du Midi, quelques renseignements relatifs un mtore lumineux
observ, en plein jour, le 6 juin, par plusieurs habitants de Bretenires
(canton de Genlis, Cle-d'Or).
Vers 1 1*" 15"* du matin, dit un tmoin oculaire, j'tais dans mon jardin
lorsque j'aperus une ligne de feu parfaitement horizontale, et allant du sud
au nord, ou plutt du sud-sud-est au nord-nord-ouest. A la fin de cette
ligne igne, il y eut comme une gerbe de lumire d'un rouge de brique;
puis, quinze ou vingt secondes aprs l'extinction, j'entendis les deux dto-
nations qui ont jet l'alarnie...
C'est aussi vers onze heures environ que, le mme jour, une dtonation
a t entendue sur un grand nombre de points du dpartement de la
Cte-d'Or.
M. Bravais, qui avait obtenu l'autorisation de reprendre temporairement
son second Mmoire sur les systmes de points distribus rgulirement,
prsente de nouveau ce travail, qui est renvoy l'examen de la Commission
dsigne cet effet dans la sance du 6 aot 1849.
M. l'abb Rosdon envoie une suite ses prcdentes communications sur
la fixation d'un premier mridien commun tous les peuples.
( 2 )
M. DuDociT prsente des considrations sur l'nonc d'un thorme d'Eu-
clide.
A 4 heures un quart, l'Acadmie se forme en comit secret.
La sance est Jeve 5 heures et demie. A.
BULLETIN BIBLIOGRAPBIQim.
L'Acadmie a reu, dans la sance du i"" juillet i85o, les ouvrages dont
voici les titres :
Comptes rendus hebdomadaires des sances de l'Acadmie des Sciences;
i" semestre i85o ; n ^5; in-4".
Comptes rendus hebdomadaires des sances de l'Acadmie des Sciences;
2* semestre 1849; to^ XXIX; in-4-
Sances et travaux de l'Acadmie de Reims; anne i849-i85o; n' i3 16;
in-S".
Richesse minrale de l'Algrie, accompagne d'claircissements historiques
et gographiques sur cette partie de l'Afrique septentrionale ; par M. Henri
FouRNEL; tome I", texte. (Publi par ordre du Gouvernement.) Paris, 1849;
in-4.
Procs-verbal d'installation de M. le D*^ Barrier en qualit de chirurgien-
major de r Htel-Dieu, succdant M. le D"' Ptrequin. Lyon, i85o; in-8.
Mmoire sur les systmes forms par des points distribus rgulirement sur
un plan ou dans l'espace; par M. A. BRAVAIS. Paris, i85o; in-4.
Conspectus systematum herpetologi et amphibiologi ; Caroli-Luciani
Bonaparte. Editio allera reformata, i85o; tableau in-fol.
ERRy^TA.
(Sance du 24 juin i85o. )
Page 833, ligne 2, au lieu de MM. Prvost et Desains, lisez MM. de la Pbovostaye et
Desains.
COMPTE RENDU
DES SANCES
DE L'ACADMIE DES SCIENCES.
MirntoJ
>4
SANCE DU LUNDI 8 JUILLET 1850.
PRSIDENCE DE M. DUPERREY.
MEMOIRES ET COMMUNICATIOIMS
DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADMIE.
M. le Secrtaire perptuel annonce la perte que vient de faire 1 Acadmie
dans la personne de M. Raffeneau de Lile, l'un de ses correspondants
pour la Section de Botanique.
M. Gbevreul expose l'extrait d'un premier Mmoire intitul : Recherches
exprimentales sur la peinture l'huile.
Ce Mmoire paratra dans le Recueil des Mmoires de V Acadmie.
M. Ca. DupiN fait hommage l'Acadmie d'un exemplaire de son Rapport
d'inspection sur l'cole nationale des Arts et Mtiers d'Aix , et du Rapport
qu'il a fait, au nom d'une Commission de l'Assemble lgislative, sur une
demande de crdit pour dpenses relatives l'exposition de vondres.
( P^oir au Bulletin bibliographique. )
C. R., i85o, a"" Semestre. (T XXXI, M' 8.) 3
NOMINATIONS.
L'Acadmie procde, par la voie du scrutin, la nomination d'une
Commission charge de dcerner le prix Guvier, prix qui sera accord
l'auteur de l'ouvrage le plus remarquable sur le rgne animal ou sur la
gologie, publi depuis la mort du grand naturaliste jusqu'au i" jan-
vier i85o (i).
MM. Flourens, lie de Beaumont, Milne Edwards, Dumrii et Duvernoy
runissent la majorit des suffrages.
AIMOmES LUS.
PHYSIQUE. Mmoire sur la transmissibilit de la chaleur ; par
MM, Masson et Jamim. (Extrait.)
(Renvoi la Section de Physique.)
Tout le monde connat aujourd'hui les remarquables expriences par
lesquelles M. Melloni dmontra que les sources calorifiques sont composes
de rayons de diffrente nature ayant des proprits spciales , correspon-
dantes celles qui distinguent les lumires de diverse couleur, et que les
substances possdent , par rapport ces chaleurs , une vritable coloration
insensible l'il , mais qui se rvle par la nature et la proportion des
rayons qui les traversent.
Pour tablir ces vrits remarquables, M. Melloni emploie des sources
arbitrairement choisies; les divers rayons qu'elles mettent produisent alors
des actions individuelles diffrentes, de sorte que l'effet produit est la super-
position des actions lmentaires que l'on observerait si l'on tudiait spa-
(i) Il parat convenable de rappeler ici, en peu de mots, l'origine de ce prix, qui sera
dcern, pour la premire fois, en i85i.
La Commission des souscripteurs pour la statue de Georges Cuvier avait offert l'Acadmie
une somme rsultant des fonds de la souscription rests libres, avec l'intention que le produit
en ft affect un prix qui porterait le nom de prix Cuvier et qui serait distribu tous les
trois ans au meilleur ouvrage sur le rgne animal ou sur la gologie. L'Acadmie a accept ce
don et le Gouvernement a autoris la fondation de ce prix qui, dater de i85i, sera dcern
tous les trois ans.
( 5)
rment chaque rayon simple , et il est extrmement difficile de dduire du
rsultat compos les actions lmentaires qui le constituent. Cette mthode
s'applique avec succs dans l'observation des phnomnes qui sont communs,
pour le sens et l'intensit, toutes les vibrations; mais elle devient com-
plique, pnible et dangereuse quand elle s'attaque des actions o la
diversit des chaleurs amne des rsultats ingaux. Elle a pu mettre en
vidence la polarisation de la chaleur et la loi de Malus, mais elle ne peut
faire connatre les plans de polarisation des chaleurs polarises qui ont tra-
vers une lame de quartz, parce qu'ils sont diffrents, ni analyser les ph-
nomnes des lames minces, cause de la dispersion qu'elles produisent.
Aussi M. Melloni, clair par ses premires expriences, a bientt essay
d'analyser les chaleurs mises par le soleil et qui s'talent avec la lumire
dans le spectre. Il reconnut l'existence de vibrations calorifiques obscures,
moins rfrangibles que le rouge, et d'autres qui accompagnent la lumire.
Etudiant alors la transmissibilit de ces diverses chaleurs, travers le verre
et l'eau , il vit que ces substances teignent les rayons obscurs , et qu'elles
laissent passer une trs-grande proportion de chaleur lumineuse, tandis que
les corps noircis analogues au verre noir teignent les chaleurs lumineuses
pour transmettre celles qui sont obscures.
1 II est vident que cette seconde mthode, depuis longtemps pratique
avec succs dans l'tude de la lumire , introduisait dans l'investigation des
phnomnes calorifiques une simplicit remarquable, puisqu'elle permettait
de savoir quelle rfrangibilit appartiennent les chaleurs qui passent ou
non travers les corps, et non-seulement de prouver qu'ils ont des thermo-
colorations diffrentes, mais de savoir quels rayons elles s'appliquent; il
tait ensuite possible, en superposant les actions lmentaires, de conclure
les phnomnes multiples produits par les sources composes, .(j);* . -. .
Cependant M. Melloni n'a pas persist dans cette voie fconde, et,
dans un ouvrage rcemment publi , qui renferme le remarquable ensemble
de ses dcouvertes, il reproduit la srie des raisonnements et des exp-
riences o il a t conduit par sa premire mthode. Nous pensons qu'il est
plus simple, pour arriver au mme but, d'isoler chaque couleur homogne
et d'tudier son action. M. Melloni nous pardonnera d'essayer de le faire et
de suivre une voie qu'il a ouverte par son Mmoire de i844-
Nous pensons, d'ailleurs, qu'il est utile de reprendre ces expriences,
dans le but d'apporter des arguments en faveur de l'une ou de l'autre
des deux thories de la chaleur. L'une, admise depuis longtemps, et que
M. Melloni acceptait dans ses premiers travaux, consiste considrer la cha-
3..
( .6}
leur et la lumire comme des effets de causes diffrentes; et M. Melloni , qui
avait constat les chaleurs sans lumire, croyait avoir produit une lumire
sans chaleur, en faisant passer travers une superposition d'eau et de verre
vert, des radiations que l'on pouvait concentrer par une lentille, et qui,
disait-il, devenant aussi brillantes que le soleil, ne produisaient aucune
action calorifique sensible sur les instruments les plus dlicats. Cependant,
aprs la dcouverte de la polarisation de la chaleur et ses tudes de i844i
conduit par le progrs naturel et continu de ses dcouvertes, M. Melloni
arriva une opinion entirement oppose qu'il dveloppe dans sa Thermo-
chrse , en l'appuyant de raisons auxquelles on ne peut objecter que les
expriences qui lui servaient autrefois la combattre.
S'il est vrai, comme Ampre l'a imagin le premier, que la chaleur el
la lumire soient deux effets diffrents d'une cause unique , il est vident
que ces deux effets doivent varier proporliounellenient dans tous les phno-
mnes, quand on opre sur une vibration unique la fois lumineuse et calo-
rifique; de sorte que, s'il arrivait que les proportions de chaleur et de
lumire qui passent travers un corps ne fussent pas gales, il faudrait
abandonner l'hypothse de l'identit des causes. Or les assertions anciennes
si positives de M. Melloni, et quelques-unes de ses affirmations actuelles,
laissent des doutes dans l'esprit des lecteurs. Ainsi , M. Melloni a autrefois
fait passer un spectre solaire a travers un verre bleu de cobalt qui le parta-
geai t eu bandes allernativernent brillantes et obscures, et annonc que le
spectre calorifique ne prsente aucune alternative semblable. Revenant siu-
le mme sujet dans sa Thermochrse , il renouvelle cette assertion, que les
proportions de chaleur et de lumire qui traversent les verres colors ne
sont pas proportionnelles, et cherche expliquer par une action de l'il ce
phnomne dont la cause lui parat plus physiologique que physique.
D'autre part, les nombres que nous trouvons dans le Mmoire de i844,
prouvent, il est vrai, que le verre et l'eau sont traverss par une grande pro^
portion de chaleur lumineuse, sans tablir, d'une manire positive, que la
transmission soit absolue pour la chaleur comme elle l'est pour la lumire;
ils montrent , au contraire , qu'une paisseur de i4 millimtres d'eau laisse
passer les ^ de la chaleur rouge, et, coup sr, elle laisse passer plus de
lumire.
Voulant donc reprendre ces travaux , nous avons, avec l'assistance d'un
artiste aussi minent que modeste, M. Ruhmkorf, prpar un spectre avec
les plus minutieuses prcautions, et nous avons successivement fait passer
des radiations d'une rfrangibilit donne, travers certaines substances
( I? )
transparentes, choisies parmi celles dont la dialhermanit est la plus in"
gale, telles que le sel gemme, le cristal de roche, l'alun, le verre et l'ean ;
nous avons reconnu qu'elles transmettaient galement et totalement toutes
les chaleurs comprises entre le ronge et le violet extrmes. )<' D'autres crans laissent passer certaines couleurs spares par d'autres
qu'ils teignent, lie chlorure de chrome n'est transparent que pour le rouge
et le vert, un verre violet laisse passer le rouge et le violet; et toujours l'ex-
tinction ou la transmission calorifique suivit les mmes lois.
" Mais le verre bleu de cobalt tait plus intressant tudier, d'abord
parce qu'il fut employ par M. Melloni, ensuite parce qu'il partage le
spectre en bandes brillantes et obscures; nous avons retrouv les mmes
bandes pour la chaleur.
Ce ne sont l que des expriences de sens; mais nous avons pu heureu-
sement mesurer la fois les rapports des chaleurs et des lumires trans-
mises.
Un cran immobile, perc d'une fente troite, laissf.it arriver une por-
tion du spectre sur une pile trs-mince; celle-ci, monte sur une rgle
mobile, tait amene dans le trajet db faisceau , et servait trouver la pro-
portion de chaleur transmise; on l'loignait ensuite, et le rayon, continuant
sa route, tombait sur des appareils qui permettaient de mesurer le rapport
des intensits de la. lumire. Cette double mesure, effectue dans un nombre
( i8 )
considrable de cas , nous a montr que les rapports des quantits de lumire
et de chaleur transmises aux quantits directes taient toujours identiques.
Quand un rayon de lumire homogne traverse une mme substance
prise sous des paisseurs variables, l'intensit est reprsente l'mergence
par la formule I = M*, formule qui doit aussi s'appliquer la chaleur. Nos
expriences, excutes sur trois lames de verre jaune dont les paisseurs
taient i, 2 et 3 , ont vrifi galement bien, et avec la mme valeur de M,
la loi prcdente.
Mais si la lumire incidente tait compose de plusieurs couleurs in-
galement transmissibles, le faisceau mergent serait reprsent par une
formule
I = M^-M"'-f-M"^
Il serait altr dans sa composition et suivrait une loi d'extinction que l'ex-
prience ne pourrait pas faire connatre ; c'est ce qui rsulte des expriences
calorifiques de M. Melloni.
A ces expriences, nous avons cru devoir en ajouter quelques autres d'un
ordre diffrent et d'une dlicatesse plus grande , dont le but spcial est de
montrer que les vitesses et les longueurs d'onde de la chaleur sont iden-
tiques celles de la lumire qui a la mme rfrangibilil, expriences qui
confirment celles de MM. Fizeau et Foucault.
Nous avons polaris la lumire la sortie du prisme, nous l'avons fait
passer travers des quartz de diffrente paisseur ou des dissolutions
sucres, et nous avons toujours vu le plan de polarisation de la chaleur et
de la lumire dvi dans le mme sens et d'une mme quantit.
Trois lames minces de -i-, ^ et i longueur d'onde, prsentrent les
mmes interfrences pour les deux ordres de phnomnes : la premire
donnait une polarisation circulaire; la deuxime une polarisation rectiligne
dans un plan dvi de 90 degrs; la troisime laissait le rayon mergent pola-
ris comme le rayon incident.
La conclusion de ces expriences peut s'exprimer gnralement : dans
tous les phnomnes produits par une radiation d'une rfrangibilit unique
la fois calorifique et lumineuse, les rapports des quantits de chaleur et de
lumire, aprs et avant l'action, sont identiques.
Toutes les modifications vibratoires constates dans la lumire se re-
trouvent avec la mme intensit et la mme valeur numrique pour la
chaleur.
Celte proportionnalit constante des effets suffit pour nous faire admettre
l'identit des causes. "
( '9 )
PHYSIQUE. Mmoire sur la polarisation de la chaleur par rfraction
simple; par MM. F. de l\ Phovostaye et P. Desains.
(Renvoi la Section de Physique,)
Dans un prcdent travail insr aux Annales de Chimie et de Phy-
sique, 3* srie, tome XXVII, nous avons tudi la rflexion sur le verre de
la chaleur naturelle ou polarise, et nous avons reconnu que les formules
indiques par Fresnel comme reprsentant les proportions de lumire r-
flchies, donnent, quand il s'agit de la chaleur, des rsultats vrifis par
l'exprience d'une manire tout aussi parfaite. Nous nous sommes propos
d'tendre ces recherches au cas de la rfraction, et de donner ainsi la
thorie une nouvelle et plus ample confirmation. Nous avons donc cherch
en dduire mathmatiquement la proportion de la chaleur transmise
travers une ou plusieurs lames de verre sous une inclinaison quelconque, et
nous avons ensuite vrifi les formules auxquelles nous sommes parvenus
par de nombreuses observations. Elles confirment nos premiers rsultats et
les compltent, car le phnomne dont il s'agit ici dpend tout la fois de
la rflexion et de la rfraction.
Nous indiquerons d'abord les rsultats du calcul.
Concevons qu'un faisceau de chaleur polarise dans le plan d'incidence
et d'intensit gale l'unit, tombe, sous l'angle i, sur un systme de lames
faces parallles, et reprsentons par n le nombre de surfaces (double du
nombre des lames), par R la fraction . ,,. { ; on arrive dmontrer que
la quantit totale rflchie est . _ . , et la quantit transmise
, ^-- Les mmes formules s'appliquent au cas o la chaleur est po-
I -t-(rt i)R rr -1 r
larise perpendiculairement au plan d'incidence pourvu qu' R = . ;/_, ,'
on substitue R' = ''^"^, '.~ v
tang' ('+')
.. Pour la vrification exprimentale , il fallait se mettre l'abri de l'in-
fluence de l'absorption que la chaleur prouve toujours dans les milieux
diathermanes. Nous y sommes parvenus en prenant diverses prcautions
qu'on trouvera indiques dans notre Mmoire. Nous nou bornons ici
citer quelques rsultats.
( ao )
Chaleur polarise dans le plan d'incidence
Sons l'angle 60
Sous l'angle 70.
Avc I lame..
2 lames.
3 lames.
4 lames.
I lame. .
2 lames.
3 lames.
INTENSIT OBSEKVK
du rayun transmis.
0,706
0,542
0,439
0,396
0,541
0,370
0,282
INTENSITE CALCULEE.
Chaleur polarise perpendiculairement au plan d'incidence.
Sous l'angle 70" Avec 3 lames.
> I lame..
Sous l'angle 75 \ 2 lames.
f 3 lames.
0,775
0,803
0,676
o,58i
0,705
0,544
0,444
0,374
0,544
0,374
0,285
0,788
o,8o
0,675
o,58i
" L'accord est tel , que nous pouvons regarder nos formules comme
pleinement vrifies par l'exprience. Nous allons donc examiner quelques-
unes des consquences auxquelles e;lles peuvent conduire.
Thorme de M. Arago sur l'galit des quantits de lumire polarises contenues dans le
rayon rflchi et dans le rayon rfract.
M. Arago a dmontr exprimentalement que, lorsque de la lumire
naturelle tombe sur une lame de verre faces parallles, le rayon transmis
et le rayon rflchi contiennent, l'un et l'autre, des quantits gales de lu-
mire polarises dans des plans rectangulaires. D'autre part, dans les
Traits de Physique , on cherche prouver thoriquement la mme propo-
sition en la dduisant des formules de Fresnel; mais on l'a fait seulement
pour le cas o l'on considre la rflexion et la rfraction produites par une
seule surface. Or M. Brewster, dans les Transactions philosophiques
de i83o, page i45, affirme que la preuve exprimentale donne par
M. Arago est ncessairement inexacte, attendu que si la proposition est vraie
pour une surface, elle ne saurait tre vraie pour une lame. Nous trouvons,
au contraire, par nos formules, que, lorsque de la lumire naturelle vient
{ ^I )
tomber sur une pile de glaces , la quantit de lumire polarise contenue
dans les rayons transmis est gale la quantit de lumire polarise con-
tenue dans les rayons rflchis. Dans les deux cas , elle a pour expression
|w(R R^) - i! T
[i+(-i)R][H-(-i)R']'
Rotation du plan de polarisation produite par une pile de glaces lorsqu'on fait tomber sur
elle de la lumire ou de la chaleur primitivement polarises.
Relativement cette rotation, noua tablissons que, toutes choses
gales d'ailleurs, le plan de polarisation du rayon rflchi se rapproche d'au-
tant plus lentement, et que le plan de polarisation du rayon transmis s'loigne
d'autant plus vite du plan d'incidence, que la pile contient un plus grand
nombre de glaces. ,
Proportion de lumire ou de chaleur contenue dans le rayon rflchi et dans le rayon
transmis.
Nous arrivons aux propositions suivantes :
>' 1. Quand la pile se rduit une seule glace, la proportion de lumire
ou de chaleur polarise dans le rayon transmis va en croissant jusqu'
l'angle i = 90 compt partir de la normale. En appelant X l'indice de
rfraction, elle est alors
2". Cette proportion est toujours la mme pour i = 90, quel que soit
le nombre des lames.
3. Ds qu'on emploie une pile forme de plusieurs lames, la propor-
tion de chaleur polarise dans le rayon transmis a un vritable maximum.
!a lames, a lieu pour
3 lames,
10 lames,
4' Quand on augmente le nombre des lames , l'angle pour lequel a
lieu la proportion polarise maxima se rapproche de plus en plus de l'angle
de polarisation complte, et le maximum se rapproche de plus en plus de
l'unit.
Piles de glaces parallles et croises.
" Quand de la chaleur naturelle tombe sur une pile de glaces, plus ou
moins incline sur l'axe du faisceau , le rayon mergent peut tre regard
comme form d'un mlange de chaleur naturelle et de chaleur polarise.
C. R , iSSo.ara'Semeide. (T. XXXI, IN 2.) 4
= 74 4'',
= 64" 52'.
Caa)
Le rapport de cette dernire la chaleur totale peut tre dtermin comme
il suit :
On place derrire la premire pile de glaces , mais une certaine dis-
tance et non en contact avec elle , une seconde pile parfaitement identique
et semblablement incline, puis on donne successivement aux plans de r-
fraction des positions parallles et perpendiculaires entre elles. Dans les
deux cas, on observe les intensits. Leur diffrence , divise par leur somme,
donne le carr du rapport cherch.
De ces recherches, comme de celles que nous avons dj publies sur
ce sujet, il rsulte que les lois de la chaleur rayonnante sont prcisment
celles de la lumire. Bien plus, lorsqu'il s'agit des intensits, les valeurs nu-
mriques sont souvent les mmes dans les deux cas , pourvu qu'on emploie
des rayons de mme origine et de mme rfrangibilit. Ce sont des cons-
quences que nous nous proposons de mettre encore plus en vidence dans
un travail que nous aurons l'honneur de communiquer prochainement
l'Acadmie et qui aura pour objet la rflexion mtallique.
La lecture de la correspondance est renvoye la sance prochaine.
A 4 heures et demie , l'Acadmie se forme en comit secret.
La sance est leve 5 heures trois quarts. F.
( a3 )
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE .
L'Acadmie a reu , dans la sance du i" juillet t85o,les ouvrages dont
voici les titres :
Journal des Connaissances mdicales pratiques et de Pharmacologie;
a' srie, tome III; n" 9; juin i85o; in-S".
Bulletin de l'Acadmie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux- Arts de
Belgique; n" 6, tome XVII; in-8.
Bulletin de l'Acadmie royale de Mdecine de Belgique; anne i849-i85o,
tome IX; n 6 et 7; in- 8.
Results of the. . . Rsultats des observations faites l'observatoire royal du
cap de Bonne- Esprance, dans les annes 1829, i83o e< i83i ; parle lvrend
Fearon Fallows; rduites sous la direction de M. G.-B. Airy, astronome
royal. (Extrait du XIX* volume des Mmoires de la Socit royale astrono-
mique.) Iu-4.
On the. . . Sur l'vent des Marsouins; Note de M. F. Simpson. (Extrait
des Transactions philosophiques de la Socit rojale de Londres; anne 1848;
Impartie.) Broch. in-4.
The seventeenth. . . Djor-septime Bapport sur les travaux de la Socit
royale polytechnique de Cornouailles {anne 1849). Falmouth ; in-8''.
Monatsbericht. . . Comptes rendus mensuels des sances de l'Acadmie royale
des Scierices de Prusse; fvrier i85o; in- 8.
Annali dlie scienze. . . Annales des Sciences mathmatiques et physiques;
par M. Barnabe Tortolini; juin i85o; in-8.
Astronomische. . . Nouvelles astronomiques de M. Sghumacber; n 720.
Gazette mdicale de Paris; n 26.
Gazette des Hpitaux; p 75 77.
L'Abeille mdicale; n i3; i" juillet i85o; in-8*'.
Magasin pittoresque; tome XVIII; 26* livraison.
Fj Acadmie a reu, dans la sance du 8 juillet i85o, les ouvrages dont
voici les titres :
Comptes rendus hebdomadaires des sances de l'Acadmie des Sciences;
a*"' semestre i85o ; n i ; in-4''.
Annales de Chimie et de Physique, par MM. Gay-Lussac, Arago, Ghe-
( =4 )
vREUL, Dumas, Pelouze, Boussingault et Regnault; 3 srie, t. XXIX;
juillet i85o; in-8.
Rapport d'inspection sur l'Ecole nationale des Arts et Mtiers d'Aix, adress
M. le Ministre de l'Agriculture et du Commerce; par M. Ch. Dupin;
I feuille I; in-8.
Rapport fait au nom de la Commission charge d'examiner le projet de loi
tendant ouvrir au Ministre de l'Agriculture et du Commerce un crdit de
5o ooo francs, pour dpenses relatives l'exposition de Londres; par le mme ;
1 feuille in-S".
Socit nationale et centrale d' Agriculture. Bulletin des sances, Compte
rendu mensuel, rdig par M. Payen, secrtaire perptuel; i^ srie; tome VI;
n I ; in-8.
Histoire naturelle des drogues simples, ou cours d'histoire naturelle profess
l'cole de Pharmacie de Paris; par M. N.-J.-B.-G. GuiBOURT; 4* dition;
tome m ; in-S".
Mimosa pudica, L. Mmoire physiologique et organographique sur la sensi-
tive et les plantes dites sommeillantes; par M. FE. (Extrait des Mmoires de
la Socit d'Histoire naturelle de Strasbourg; tome IV.) Strasbourg, 1849;
broch. in-4'*.
Cours 'd'conomie rurale, profess l'Institut agricole de Hohenheim ; par
M, GOERITZ. (Traduit de l'allemand par M. JuLES RiEFFEL.) Paris, i85o;
a volumes in-8.
Encyclopdie moderne. Dictionnaire abrg des Sciences, des Lettres et des
Arts, etc., nouvelle dition, publie par MM. DiDOT frres, sous la direc-
tion deM. L. Renier; Soi" et 3o2* livraisons; in-8''.
Lettre de M. Sabin Berthelot, consul de France Sainte-Croix de T-
nriffe, M. le chevalier Matthieu Bonafous, sur l'ducation des vers soie
aux les Canaries; i feuille in-8.
Annales forestires ; 2* srie, tome IV, n6; juin i85o; in-8".
Journal de Chimie mdicale, de Pharmacie et de Toxicologie ; n 7; juil-
let i85o; in- 8.
COMPTE RENDU
DES SANCES
DE L'ACADMIE DES SCIENCES.
8ao'
SANCE DU LUNDI 15 JUILLET 1850.
PRSIDENCE DE M. DUPERREY.
ftlEMOIRES ET COMMUNICATIONS
DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADMIE.
PHYSIOLOGIE. Obsetvations sur une Lettre de M. Charpentier; par
M. DE GaSPARIN.
u Le Compte rendu da 24 juin contient une Lettre de M. Charpentier, de
Valenciennes, qui dit que les faits que je mentionne dans ma Note sur le
rgime des mineurs belges sont en pleine contradiction avec ses propres ob-
servations; s'il avait cette pense, il a.trs-bien fait de consulter M. Boisseau,
directeur d'un des charbonnages de Charleroi, qui ne fait que confirmer la
plupart de mes assertions, et n'est en dsaccord avec moi que sur trois points
dont il sera facile de dmontrer le peu d'importance dans la question qui noHS
occupe.
> M. Boisseau a sans doute consult ses souvenirs ; de mon ct , aprs
une premire enqute, j'avais pri M. Henri Goffart, directeur des forges et
chaibonnages de Montceau et Sambre, de prendre des renseignements exacts;
il a entendu sparment un grand nombre d'ouvriers, et le rgime que j'ai
indiqu n'est que le rsultat de cette double et minutieuse enqute. Il tait
C. R., l85o, a"" Semestre. (T XXXI, N" 3.) 5
C 26 )
impossible que l'un et l'autre de ces directeurs ne se rencontrassent pas sur
les points principaux,
>) Nous diffrons du Rapport de M. Boisseau, i en ce que, selon lui , l'ou-
vrier prendrait chaque jour pour lo i5 centimes d'eau-de-vie de ge-
nivre; 2 qu'il boirait chaque jour i litre de bire; 3 qu'il apprterait
deux ou trois fois par semaine ses lgumes du soir avec de la viande de
porc, outre les repas de viande des dimanches sur lesquels nous sommes
d'accord.
1. Les ouvriers que nous avons entendus ont dclar qu'ils ne prenaient
dans la semaine ni bire, ni liqueur /erinente. Mais, en admettant qu'ils
prissent de l'eau-de-vie de genivre, cela n'ajouterait rien la partie azote
de la nourriture, et cette boisson agirait au contraire dans le mme sens que
le caf, en retardant l'expulsion des matires azotes, ainsi que le prouvent
les expriences de Boker, et la faible consommation d'aliments que font les
ivrognes qui disent que le vin les nourrit. Ainsi, pas la moindre contradiction
entre mes conclusions et le fait contest de l'usage constant et gnral de
leau-de-vie.
1. Selon M. Boisseau , les ouvriers boiraient chaque jour i litre de bire.
Nous avons dit que ceux que nous avons entendus avaient dclar qu'ils n'en
prenaient point dans la semaine, mais seulement le dimanche. Mais, quant
ceux qui en useraient, ils ajouteraient o^'', 48 d'azote leur rgime, si leur
bire valait celle de Strasbourg analyse par M. Poinsot, d'aprs M. Payen,
page 475 de sa Chimie industrielle. Le demi-gramme d'azote ajout au r-
gime ne changerait en rien les conclusions de ma Note.
)i 3". Les ouvriers de notre enqute ont dclar qu'il n'y avait que quelques
ouvriers privilgis qui mangeassent de la viande un autre jour que le di-
manche. M. Boisseau avoue que les ouvriers ont des positions pcuniaires
trs-varies qui ne leur permettent pas de suivre le mme rgime. Il est pos-
sible que ceux qu'il a consults fussent dans ces positions privilgies ; les
ntres n'y taient pas. Il n'en resterait pas moins acquis qu'un grand nombre
d'ouvriers vivent et travaillent en ne mangeant de la viande qu'une fois par
semaine; ce qui suffirait pour prouver ma thse. Mais d'ailleurs nous diff-
rons moins encore que l'on ne pense. En effet, il ne s'agit pas clans la se-
maine de viande de boucherie, mais seulement de lard employ trois fois
pour accommoder les lgumes. Or, que l'on se serve de bire et de lard , on
n'ajoute presque rien aux principes azots des aliments, et, par consquent,
au chiffre nonc pour le rsultat du rgime des mineurs de Charleroi.
Aucune de ces diffrences n'infirme donc les conclusions de ma Note,
( ^7 )
et les deux enqutes concordent sur tout le reste d'une manire remar-
quable.
Telles sont les pleines contradictions qui ont si fortement mu l'auteur
de la Lettre de Valenciennes. Si, au lieu de juger mon travail par l'extrait
insr dans un journal quotidien, il et lu mes Notes originales, il aurait vu
d'abord que je ne conseille nullement l'abandon du rgime animal, et que je
ne cite celui de Charleroi que comme une exception remarquable. Mais,
pour donner chaque ouvrier 66 dcagrammes de viande par jour, sans
compter le reste, comme aux ouvriers anglais du chemin de fer de Rouen, il
faudrait leur donner le mme salaire el se charger de nourrir leur famille.
Il ne faut pas les blmer d'avoir trouv une autre solution.
Qu'ensuite l'auteur de la Lettre trouve que le travail des mines altre la
sant, je n'y contredis point : mais l n'est pas la question. Il faudrait com-
parer la sant de ces ouvriers sous des rgimes diffrents, et ne pas nous
dire que la vie des mineurs de Charleroi est plus longue que celle des mineurs
de Mons, de Lige et d'Anzin, parce qu'ils descendent la mine dans des
couffats au lieu de descendre par des chelles. Le fait est que quand ils
viennent Charleroi et qu'ils n'ont plus la fatigue des chelles, ils ne peu-
vent soutenir la tche des ouvriers de Charleroi.
Enfin , avant d'accuser mon travail d'tre contradictoire avec les prin-
cipes de MM. Liebig et Magendie, il faudrait savoir ce que ces principes ont
de commun et d'oppos entre eux, et ne pas confondre celui qui s'appuie sur
les principes de M. Liebig et le soutient avec celui qui ies attaque et les
infirme.
M. Arago fait hommage l'Acadmie d'un exemplaire de son loge histo-
lique de Carnot. [Voir au Bulletin bibliographique. )
M.PiOBERT^ prsente l'Acadmie une Note imprime contenant diverses
considrations mises depuis plusieurs annes aux examens de l'cole d'ap-
plication de l'Artillerie et du Gnie , relativement la forme la plus avan-
tageuse donner aux triangles dans les levers. Cette question a t souleve
de nouveau, et trois Mmoires ont t adresss rcemment l'Acadmie
sur ce sujet ; mais la discussion ne parat porter que sur une solution unique ,
que Cagnoli (i) d'abord, et ensuite quelques auteurs modernes, ont cru
pouvoir dduire d'un thorme donn par Bouguer (2) pour le cas o l'on
(i) Trigonomtrie; traduction de Chompr , 2*= dition. Paris, 1808, page 198.
(2) La Figure de la Terre. Paris, 1749 P^g^ ^7-
5..
(a8)
n'a qu'un seul ct calculer; tandis qu'il existe des solutions varies, sui-
vant les conditions de minimum auxquelles on veut satisfaire. La prsente
Note pourra jeter quelque lumire sur cette discussion, et dans l'examen de
ces divers Mmoires.
Communication de M. Duperrev.
M. NiCARD adresse TAcadmie des Sciences , au nom de la famille de
M. de Blainville , la suite du texte et des planches de Ostographie, dont
les premires livraisons avaient t prcdemment offertes par M. de Blain-
ville, notre illustre et trs-regrettable confrre.
RAPPORTS.
LECTROPHYSIOLOGIE. Rapport sur les Mmoires relatifs aux phnomnes
lectrophj'siologiques prsents l'Acadmie par M. E. dd Rois-Rethono
(de Berlin).
- (Commissaires, MM. Magendie, Becquerel, Despretz, Rayer,
Pouillet rapporteur.)
On peut distinguer dans l'lectrophysiologie trois ordres de phno-
mnes : ,
1. Ceux qui se manifestent dans les poissons lectriques;
%. Ceux qui rsultent d'une cause extrieure connue, comme la
commotion due l'tincelle, la bouteille de Leyde, au courant de la
pile, etc;
Nous les appellerons phnomnes des courants extrieurs;
n 3. Ceux qui rsultent de causes inconnues et dans lesquels on peut
constater cependant tous les caractres lectri(jues ;
Nous les appellerons phnomnes des courants organiques.
Cette classification n'a rien de dfinitif; elle est videmment transitoire,
nous ne l'employons que pour viter la confusion. Quand les courants que
nous appelons ici courants organiques auront t mieux tudis, quand leurs
causes, aujourd'hui inconnues ou trs-imparfaitement connues, auront t
analyses ou seulement circonscrites avec plus de soin , il sera possible d'-
tablir des distinctions rationnelles. Eu attendant, il ne peut y avoir aucun in-
convnient les comprendre sous une dnomination commune, surtout en
faisant la rserve trs-explicite que cette dnomination de courants orga-
niques ne prjuge rien sur la cause qui les produit; c'est l'exprience et la
( 29 )
discussion qui doivent apprendre si cette cause est organique ou inorga-
nique, si elle est intrieure ou extrieure, et dans ce dernier cas, les ph-
nomnes correspondants repasseraient parmi ceux du second ordre.
On sait, au reste, que Nobili a employ l'expression de courant propre
de la grenouille; que M. Matteucci a employ celle de courant musculaire;
que M. du Bois-Reymond a employ celles de lois du courant musculaire ,
lois du courant nerveux, etc.
Nous nous servirons aussi de ces expressions comme de Texpression
plus gnrale de courants organiques , qui les embrasse toutes; mais ce seia
toujours sous la rserve expresse que nous venons de faire ici ds le com-
mencement pour tre dispenss de la reproduire chaque occasion.
" Les Mmoires que M. du Bois-Reymond a prsents l'Acadmie ne
se rapportent qu'indirectement aux poissons lectriques; ainsi nous laisserons
de ct ces phnomnes pour nous occuper exclusivement des deux autres
branches de l'lectrophysiologie.
I. Phnomnes des courantt extrieurs.
La commotion lectrique est le premier phnomne qui ait manifest
l'action de l'lectricit sur les corps vivants. Les physiciens ne furent pas
longtemps reconnatre que la commotion peut prendre tous* les degrs
d'nergie, qu'elle peut tre assez forte pour tuer comme la foudre, ou assez-
faible pour donner des contractions ou des sensations peine perceptibles.
La pile de Volta, suivant sa force, reproduisit tous les effets que Ton avait
obtenus, soit des corps simplement lectriss, soit des batteries les plus puis-
santes; pour reparatre sous une autre forme et dans des conditions diff-
rentes, le phnomne n'en conservait pas moins toute sa complication pri-
mitive: seulement la science put esprer que, mise en possession de moyens
nouveaux , elle parviendrait un jour pntrer plus avant dans cette action
singulire, et qu'elle dcouvrirait enfin les modifications que les forces
lectriques impriment aux forces organiques pour dterminer le mouvement
irrsistible et instantan qui constitue la commotion.
Nous ne devons pas retracer ici l'historique de toutes les opinions qui
ont t mises sur ce sujet , ni mme de toutes les expriences qui ont l
tentes ; mais il importe de rappeler en peu de mots les faits principaux qui
rentrent dans les recherches que nous avons examiner et qui tendent les
clairer.
^. l'origine du galvanisme, et en oprant sur la grenouille que nous ap-
pellerons galvanique, pour indiquer qu'elle est prpare la manire de
( 3o ) . "
Galvani, Volta fut un des premiers qui saisit dans les conlractions (juelques
faits importants; savoir :
1. Que la contraction est presque certaine par le courant direct, c'est-
-dire par celui qui traverse les nerfs dans le sens de leur ramification, et
qu'elle n'a presque jamais lieu par le courant inverse, c'est--dire par celui
qui, traversant les nerfs en sens contraire de leur ramification, se propage
vers la colonne vertbrale;
2. Que la contraction qui se manifeste au premier instant du passage
du courant cesse d'avoir lieu pendant que le courant continue avec la mme
intensit, et que, quelquefois, elle se manifeste au moment o, le circuit
tant rompu, le courant cesse de passer;
j> 3.. Que la grenouille galvanique devient toujours insensible au cou-
rant, soit direct, soit inverse, qui l'a traverse pendant vingt-cinq ou trente
minutes; mais qu'elle reste Irs-sensible au courant contraire, et qu'elle
peut aussi recouvrer sa sensibilit si , au lieu d tre soumise au courant
contraire, elle est abandonne au repos pendant quelques instants : de l le
nom ^ alternatives voltianes ou d'alternatives voltaques, donn ce ph-
nomne.
" En i8oo, M. Le Hot reconnut que si le courant direct dtermine la
contraction- au moment o il s'tablit , c'est au courant inverse qu'il appar-
tient de la donner au moment o l'on supprime les communications pour
rompre le circuit; qu'il en est de mme de la saveur qui rsulte d'un seul
lment, c'est--dire qu'elle se manifeste \a. fermeture du circuit si le cou-
rant va de la langue au mtal, et lors de sa rupture le courant va au con-
traire du mtal la langue.
En i8i6, M. Bellingeri , en confirmant les rsultats relatifs aux contrac-
tions, y ajoute cette circonstance importante dj entrevue par Pfaff, Crve
et quelques autres physiciens, savoir : que les contractions se produisent avec
la mme rgularit et la mme force lorsque , au lieu de faire passer le cou-
rant direct du nerf au muscle et le courant inverse du muscle au nerf, on se
borne faire passer ces courants dans une certaine longueur du nerf seul
aprs l'avoir isol; s'il s'agit du courant direct, il se propage alors de l'ex-
trmit du nerf la plus voisine de la colonne vertbrale l'extrmit la plus
voisine du muscle; s'il s'agit du courant inverse, son fil positif au contraire
est mis en contact avec la portion du nerf la plus voisine du muscle, et son
fil ngatif en contact avec la portion la plus rapproche des vertbres.
" En 1827, M. Marianini, par des expriences ingnieusement diriges,
avait t conduit noncer cette proposition : que le courant direct dter-
(3. ) -
mine une contraction au moment o il s'taJjUt et une sensation au moment
o il cesse, et que le courant inverse produit dans un ordre inverse ces deux
phnomnes de contraction et de sensation ; mais, jusqu' prsent, les exp-
riences des autres physiciens ne paraissent pas confirmer cette loi dans toute
sa rigueur. Il est difficile de remplir toutes les conditions qui sont ncessaires
la constance des rsultats.
En 1829, Nobili a constat que les grenouilles galvaniques, doues d'une
grande vigueur, prouvent des contractions peu prs gales au moment
de la fermeture du circuit, soit que le courant soit direct ou inverse, et
que c'est seulement quand elles ont t un peu affaiblies que la loi observe
par M. Ijc Hot se manifeste avec rgularit. Il a constat un second fait
fondamental : c'est qu'en agissant sur les nerfs seuls et isols, au moyen de
l'un et l'autre courant direct ou inverse, pourvu qu'il ait une certaine in-
tensit, on peut dterminer des contractions ttaniques ou un ttanos lec-
trique analogue peut-tre, quant l'effet, au ttanos ordinaire , sous la seule
condition d'tablir et de rompre le circuit, coup sur coup, des priodes
assez rapproches; d'o il rsulte, comme il le dit, que le courant con-
" tinu tend hbter les nerfs, et le courant discontinu les exciter.
" En i844 MM. Longet et Matteucci, en isolant la racine antrieure
des ners rachidiens, sur le cheval, le chien, le lapin et la grenouille, pour
en soumettre la plus grande longueur possible au courant direct et au cou-
rant inverse, annoncent que les rsultats qu'ils ont obtenus sont exactement
opposs ceux que donnent les nerfs mixtes, c'est--dire que dans la racine
spinale antrieure , les contractions n'ont lieu qu'au commencement du cou-
rant inverse et la ruptnre du courant direct.
> En 18445 M. Matteucci avait conclu d'abord de quelques expriences
intressantes, que sous l'influence du courant direct un nerf perd plus tt la
sensibilit que sous l'influence du courant inverse de mme force ; revenant
plus tard, en 1846, sur ce premier rsultat, et aprs y avoir appliqu des
mthodes mcaniques d'exprimentation que nous n'avons pas examiner,
il est conduit cette proposition gnrale :
" Que le courant lectrique circulant dans les nerfs mixtes d'un animal
" vivant ou rcemment tu fait varier l'excitabilit de ce nerf; si le cou-
" rant est direct, l'excitabilit est diminue et dtruite, tandis que cette
excitabilit est conserve et augmente par le passage du courant inverse.
> En 1847, ^- Matteucci, continuant ses expriences sur les actions com-
pares du courant direct et du courant inverse, donne pour consquence de
ses dernires recherches, ce rsultat digne d'attention, savoir: qu'en spa-
( 30
rant les deux membres de la grenouille galvanique et en les disposant de telle
sorte, que le nerf de l'un soit travers par le courant direct et celui de
I autre par le courant inverse fourni par une pile de Faraday de i5
20 lments, le premier devient insensible, conformment l'observation
de Volta, aprs vingt-cinq ou trente minutes; alors si l'on continue faire
passer encore le courant pendant quelques minutes , pour rompre ensuite
le circuit, il arrive qu'au moment de la rupture le membre qui tait tra-
vers par le courant inverse, au lieu d'tre insensible, entre l'instant dans
une contraction ttanique qui est suspendue si l'on fait passer de nouveau
le courant dans le mme sens , mais qui persiste pendant plusieurs minutes
si l'on maintient la rupture du circuit.
;> Telle est la srie des rsultats qui semblent les plus importants pour ce
qui regarde l'action de l'lectricit extrieure sur la nature organique. Nous
ne voulons pas dire qu'ils sont tous incontestables, car il y en a qui pa-
raissent contradictoires; mais plusieurs reposent sur des expriences dont
l'exactitude a t vrifie par divers observateurs. Quant aux autres, des re-
cherches ultrieures ne manqueront pas de les confirmer ou de les rduire
ce qu'ils ont d'essentiellement vrai.
Il tait ncessaire de rapprocher ces faits sans lesquels on ne pourrait
pas se rendre compte de ceux qui se rapportent ce que nous avons appel
les courants organiques et dont nous allons maintenant nous occuper.
II. Phnomes des courants organiques.
1) Tout le monde connat aujourd'hui le nom de Galvani et le nom de
Volta; tout le monde sait aussi la discussion mmorable souleve, il y a plus
d'un demi-sicle, entre ces deux illustres fondateurs de la science qui est de-
venue l'lectromagntisme.
>' La question tait celle-ci : les contractions de la grenouille galvanique
sont-elles dues une lectricit propre ou une lectricit extrieure et
trangre? Galvani soutenait l'lectricit propre, Volta soutenait l'lectricit
trangre; et, chose admirable, bien faite pour donner de la prudence et
de la rserve ceux qui cherchent la vrit, mme ceux qui la cherchent
avec l'esprit le plus pntrant, et la conviction la plus vive, ces deux opi-
nions, en apparence exclusives et contradictoires, n'taient probablement
l'une et l'autre qu'un mlange d'erreur et de vrit.
Dans certains cas, la contraction rsulte d'une lectricit trangre
comme le voulait Volta; mais cette lectricit n'a pas la source qu'il lui
assignait. Dans d'autres cas, la contraction rsulte peut-tre d'une lectricit
( 33 )
propre, couiinc le voulait Galvani; mais la source en reste inconnue, et
nous verrons plus loin li?s notions que l'on a lecueillies cet gard.
n Cependant l'opinion de Volta prvalut pendant de longues annes; ou
ne s'tonnera pas dans l'avenir qu'en prsence de la pile vollaque et de ses
effets, l'opinion de GalvanL, jusque-l strile, ait t nglige, qu'elle soit
tombe dans l'abandon et presque dans l'oubli; son temps n'tait pas venu,
non-seulement elle ne s'tait donne force et ajjpui par aucune dcouverte,
mais elle avait t maintenue dans l'impuissance de justifier elle-mme sa
prtention en produisant ses preuves.
Il fallait pour cela que l'action lectromagntique ft connue, que le
multiplicateur ft invent et qu'il ft ensuite perfectionn par le principe
de compensation.
Alors Nobili , l'auteur de ce perfectionnement ingnieux qui donne au
galvanomtre une sensibilit comparable la sensibilit organique, eut
peine achev son nouvel appareil, qu'il en fit une application des plus
heureuses.
>' Il voulut savoir si son galvanomtre, plus fidle dans ses impressions
que la grenouille galvanique elle-mme, serait aussi mobile pour accuser la
prsence des forces lectriques les plus faibles. C'est dans cette comparai-
son de deux appareils , d'une structure si dissemblable, soumis cependant
une loi commune, s'agitant l'un et l'autre sous l'influence du mme moteur,
que Nobili constata un fait nouveau qui devait faire revivre l'opinion de
Galvani.
Le Mmoire de Nobili est dat de Reggio, le 3 novembre 1827, il fut
bientt suivi d'un autre portant la date du 1" novembre 1829; ces deux
Mmoires doivent tre compts parmi les plus remarquables qui aient paru
sur ce sujet, tant par les vrits nouvelles qu'ils contiennent, que par la pr-
cision avec laquelle elles sont exposes. Sans en faire une analyse complte,
nous en tirerons les faits gnraux qui suivent : tu rjf r,!
1. La grenouille galvanique a un courant propre dirig des muscles
aux nerfs ou des pieds la tte;
2- En disposant la suite l'une de l'autre, dans le mme ordre, plu-
sieurs grenouilles galvaniques, on obtient une pile dont la tension va crois-
sant avec le nombre des lments, comme le dmontrent les dviations
croissantes de l'aiguille du galvanomtre;
3". On constate la prsence des faibles courants trangers et leur di-
rection en les faisant passer seulement par une portion Ubre du nerf de la
grenouille; les contractions qu'elle prouve accusent le courant direct ou
C. R., f85o, a> Semestre. (T. XXXI, K 5.) 6 .
(34)
inverse, suivant qu'elles ont lieu la rupture ou la fermeture du circuit.
Nous rappelons cette dernire observation pour faire voir avec quel
soin Nobili avait lui-mme indiqu l'usafre de la grenouille que M. Mat-
teucci a appele plus tard grenouille galvanoscopique , aprs en avoir per-
fectionn la prparation, et que M. du Bois-Reymond appelle ensuite gre-
nouille rhoscopique. Nous prfrons cette dernire dnomination , parce
qu'elle se confond moins avec celle de grenouille galvanique que nous avons
adopte pour dsigner la grenouille prpare la manire de Galvani.
Aprs ces recherches d'tin si haut intrt, dues la rare sagacit de
Nobili, viennent dans l'ordre des dates celles de M. Matteucci, qui se sont
portes en mme temps et sur le sujet qui nous occupe et sur les poissons
lectriques; mais, comme nous l'avons dj indiqu, nous n'avons pas ici
nous occuper de ces dernires.
M. Matteucci, dans une priode de dix annes, partir de i838, a pu-
bli dans divers recueils un grand nombre de Mmoires o l'on remarque
de louables et persvrants efforts pour arriver enfin des conclusions gn-
rales sur les phnomnes d'lectricit propre qui se manifestent dans les
animaux sang chaud et sang froid.
Il a le double mrite d'avoir institu cet gard une foule d'expriences
qui seront consultes avec intrt, et d'avoir contribu grandement attirer
l'attention sur ces phnomnes remarquables. Parmi les conclusions diverses
qu'il a formules comme consquence de ses travaux et qui sont plus parti-
culirement rapportes dans ses Mmoires de 1841, 1842, i843, et dans
son Trait des phnomnes lectrophysiologiques publi en i844> il y en a
deux surtout qui semblent tre l'expression la plus fidle des faits nouveaux
auxquels il a t conduit, savoir:
1". Que dans tous les animaux sang froid et sang chauJ , ou vivants
ou rcemment privs de la vie, il y a uu courant lectrique musculaire
dirig dans le muscle lui-mme, de son intrieur sa surface;
2. Que la grenouille rhoscopique entre en contraction lorsque son
nerf est mis en contact avec le muscle d'une autre grenouille ou avec celui
d'un lapin, et que l'on dtermine dans le muscle dont il s'agit une contrac-
tion prononce, soit l'aide d'un courant extrieur, soit par des actions
mcaniques.
C'est ce dernier phnomne qui a reu plus tard le nom de phnomne
de la contraction induite.
> ' Mais la premire de ces propositions soulve immdiatement la ques-
tion de savoir si le courant musculaire de M. Matteucci est autre chose que-
(35)
le courant propre dcouvert par Nobili; aprs des efforts ritrs, il ne pa-
rat pas que M. Matteucci soit parvenu tablir entre ces deux courants
des caractres distinctifs parfaitement dfinis.
Pour ce qui regarde la seconde proposition, celle de la contraction
induite, elle constate un fait nouveau et important, mais il parat regret-
table que M. Matteucci n'ait pas accept la consquence qui lui avait t
suggre ce sujet par notre confrre M. Becquerel, et que M. Matteucci
a pris soin de consigner lui-mme la suite de son Mmoire {Annales de
Chimie et de Physique, 3* srie, tome VI, page 39). Celte ide aurait sans
doute conduit M. Matteucci des observations plus fcondes que les dis-
cussions auxquelles il s'est livr pour expliquer la contraction induite.
Nous arrivons enfin aux recherches de M. du Bois-Reymond qui com-
mencent au mois de janvier i843 {Annales de Poggendorjf) , et qui se sont
continues avec succs jusqu'aux dernires communications qu'il vient de
faire l'Acadmie.
Nous essayerons aussi, en ce qui le regarde, de rsumer les principales
propositions auxquelles il est parvenu par diverses sries d'expriences, qui,
si nous en jugeons par celles qui ont t faites sous nos yeux , portent au
plus haut degr le caractre de prcision que peut leur donner l'habilet du
physicien, jointe l'habilet du physiologiste.
Nous esprons n'avoir rien nglig d'essentiel en prsentant sous la
forme suivante les lois tablies par M. du Bois-Reymond :
n 1. Les nerfs, aprs leur section et pendant leur vitalit, c'est--dire
pendant tout le temps qu'ils sont aptes exciter des contractions muscu-
laires ou transmettre des impressions, donnent naissance un courant qui
est sensible au galvanomtre, et qui, hors du nerf, est dirig de la surface
ou de la section longitudinale la section transversale.
L'intensit de ce courant est dpendante de la position et de la distance
des points par lesquels le nerf est introduit dans le circuit du galvanomtre :
elle est nulle quand ces points sont symtriques par rapport Yquateur du
tronon nerveux, considr comme cylindrique; elle est maximum, au
contraire, quand l'un des points de contact tant sur l'quateur, l'autre se
trouve au centre de l'une des bases du cylindre, c'est--dire au centre des
sections transversales.
2. Les muscles de tous les animaux , pendant tout le temps qu'ils sont
aptes se contracter sous des influences quelconques, manifestent un cou-
rant analogue celui des nerfs et soumis aux mmes lois, tant pour la direc-
tion que pour l'intensit.
6.,
(36)
>' Sur quoi il faut remarquer que certains muscles, tels, par exemple,
que le gastrocnmien et le triceps de la grenouille, offrent des sections trans-
versales naturelles, l o les faisceaux musculaires vont aboutir au tendon,
les aponvroses musculaires n'tant alors que des revtements de ces sections
transversales naturelles.
3. En comparant les divers muscles entre eux , on observe que le.courant
est d'autant plus intense que le muscle est destin exercer une action m-
canique plus grande, soit que cette action doive tre volontaire ou involon-
taire: ainsi les faisceaux du cur, qui ne sont pas soumis l'empire de la
volont, manifestent un courant nergique comme les muscles destins la
vie de relation, qui tous sont faits pour obir la volont; tandis que les
faisceaux musculaires des intestins montrent un courant trs-faible comme
n'ayant exercer (|ue de faibles actions mcaniques.
4- Lorsqu'on observe au galvanomtre le courant produit par le
muscle gastrocnmien d'ime grenouille, et que, par un moyen extrieur
quelconque, lectrique ou non lectrique, on dtermine dans le muscle des
contractions rptes, on voit qu' l'instiint l'intensit du courant ordinaire
et naturel auquel il avait donn naissance prouve une diminution d'intensit
des plus remarquables.
Il en rsulte que la contraction musculaire, quelle qu'en puisse ti*e la
cause, ne s'accomplit pas sans qu'il survienne un changement considrable
dans la circulation lectrique intrieure.
" La grenouille rhoscopique, mise en contact par son nerf et sous les
cowditions requises, avec ce muscle ttanis, prouve elle-mme des con-
tractions correspondantes qui rsultent de ces diminutions d'intensit; on la
voit s'agiter convulsivement si le muscle avec lequel son nerf est mis en
contact est lui-mme dans un tat de convulsion, et si, au contraire, les
contractions de ce muscle sont espaces et successives, la grenouille rliosco-
pique les compte en quelque sorte et les mesure par ses mouvements
espacs et successifs, toujours correspondants.
1) Ce fait fondamental donne une explication directe de la contraction
induite de M. Matteucci.
n fia grenouille rhoscopique, qui a seulement son nerf introduit dans le
circuit, prsente les mmes phnomnes.
>** 5. f/orsqu'on observe au galvanomtre le courant produit par un
tronon nerveux qui n'entre, par exemple, dans le circuit qiiu par la
moiti de sa longueur, touchant d'un ct par sa section transversale, et
de l'autre par les points de son quateur, et que l'on vient exercer des
( ^7 )
actions diverses sur l'exlrmit de la moiti libre qui est en dehors du cir-
OBiit, on voit qu' l'instant le courant ordinaire et naturel auquel il avait
donn naissance prouve une diminution d'intensit , analogue celle qui se
montre dans le muscle l'instant de la contraction.
IjCS actions que ion exerce sur l'extrmit libre du tronon nerveux
peuvent tre, soit un courant direct ou inverse, soit une cautrisation, soit
-une intoxication, soit un froissement mcanique.
U en rsulte que les actions locales qui se transmettraient, soit au
muscle, soit au centre nerveux, si le nerf n'tait pas dtach de l'un et do
l'autre, semblent efficaces pour modifier l'tat lectrique du nerf dans les
portions mmes qui n'en sont pas directement affectes.
6". Aprs avoir coup, la hauteur du bassin, l'un des nerfs sciati-
qnes d'une grenouille entire et vivante, on la dispose de telle sorte, que,
par chacune de ses extrmits infrieures, elle entre dans le circuit du {;al-
vanomtre et le ferme, aucun phnomne lectrique n'apparat. On fait
absorber en haut l'azotate de strychnine, le ttanos se manifeste, et se ma-
nifeste seulement dans le membre infrieur dont le nerf n'a pas t coup;
l'instant l'aiguille du galvanomtre accuse un courant qui est, en dehors,
dirig du membre contract celui qui ne lest pas, et (jui est par cons-
quent un coiirant direct dans le membre contract.
Tel est l'aperu que nous pouvons donner ici des principaux rsultats
de M. du Bois-Reymond. - ..
" Chacune de ces propositions n'est, comme nous l'avons dit , que l'-
nonc gnral d'un grand nombre d'expriences comparatives excutes et
coordonnes avec soin. M. du Bois-Reymond a rpt devant nous toutes
celles de ces expriences qui nous ont paru les plus capitales, et il s'est em-
press d'y introduire, selon nos dsirs, toutes les modifications qui nous
sont venues l'esprit.
>' On comprendra sans peine tout ce qn'il a fallu de zle, de sagacit, de
profondes mditations pour pntrer aussi avant dans un sujet presque neuf,
o il fallait en quelque sorte crer les moyens d'observalions, les procds
d'exprience et les expriences elles-mmes.
iM. du Bois-Reymond avait pour point de dpart les rsultats de
Nobili et ceux de M. Matleucci, antrieurs i843, et que nous avons rap-
ports pliis haut. D'aprs cela, on peut se faire une ide des progrs consi-
drables qu'il a fait faire cette partie naissante de l'lectrophysiologie et
en mme temps de l'excellente direction exprimentale qu'il lui a imprime.
n Jusqu'ici nous ayons restreint les travaux de M. du Bois -Raymond
( 38 )
exclusivement aux expriences qu'il a faites sur les animaux et aux lois qu'il
en a dduites; mais nous avons parler encore d'une autre observation qui
mrite une attention particulire.
Tout le monde comprend que nous voulons parler du courant qui
semble se manifester dans le corps humain, dou de toute la plnitude de
la vie, au moment o l'on contracte les muscles du bras par la puissance
de la volont. .
Ce fait nouveau, dcouvert par' M. du Bois-Reymond , n'est ni moins
positif, ni moins bien constat que les prcdents; ajoutons, de plus, qu'il
n'est pas moins gnral, en ce sens, que la premire personne venue, quand
on lui aura expliqu comment elle doit s'y prendre, produira sans aucun
doute une dviation plus ou moins marque sur l'aiguille du galvanomtre ;
toutefois l'intensit de l'effet parat dpendre sinon de la puissance de la
volont, du moins de l'intensit de la contraction (t).
Nous donnons ce fait une place part pour deux motifs : parce qu'il
soulve une grande question et parce qu'il a t l'objet principal des com-
munications que M. du Bois-Reymond a faites l'Acadmie. Dans sa pre-
mire Note, on lit, en effet, ces paroles : L'objet de cette Note est de faire
connatre l'Acadmie la srie des expriences qui a fini par me conduire
la dcouverte du dveloppement d'un courant lectrique dans les
muscles d'un homme vivant l'instant de la contraction.
La grande question que le fait soulve est donc celle-ci : Dans l'homme
vivant se dveloppe-t-il, en effet, un courant lectrique dans les muscles
l'instant de la contraction?
Nous venons de dire que la production d'un courant n'est plus contes-
table, que ce courant est dmontr par le galvanomtre avec non moins
d'vidence que ceux qui se manifestent quand, sous les conditions requises,
on introduit des muscles ou des nerfs dans le circuit. C'est dj un point
fondamental, mais ce n'est pas tout; il reste savoir si ce courant, dont le
galvanomtre accuse la prsence , est, en effet, dvelopp dans les muscles,
et s'il est le rsultat ncessaire de leur contraction.
(i) Dans une de nos sances, l'un des Commissaires (M. Becquerel) a dsir que l'exp-
ience ft tente de la manire suivante, savoir : que le bras ft contract hors du circuit et
que, vingt ou trente secondes aprs la fin de la contraction, les deux bras fussent introduits
dans le circuit, sans contraction nouvelle. Alors l'aiguille du galvanomtre a encore prouv
une dviation dans le sens ordinaire, mais moins grande que si le bras et t actuellement
contract. Ce fait semble indiquer que si le courant se manifeste au moment o la contraction
eommence, il ne cesse pas cependant au moment o la contraction cesse.
(39)
Or, il y a l ample matire controverse; nous n'avons pas l'esprance
de trancher la question, nous essayerons seulement de la discuter et d'en
marquer les lments douteux.
Pour simplifier cet examen, pour marcher par degr des phnomnes
les plus simples aux phnomnes les plus compliqus, nous devons com-
mencer par jeter un coup d'il sur les courants organiques en gnral,
afin de dmler, autant que nous le pourrons, ce qu'il y a de connu et
d'inconnu dans leur origine et dans leur cause.
) Nous avons rappel que le courant propre de la grenouille avait t
soutenu par Galvani et combattu par Volta. On tait d'accord sur le fait, on
admettait de part et d'autre la contraction simple de la grenouille , c'est--
dire celle qui se produit au contact du nerf et de certains points du muscle;
mais, tandis que Galvani donnait ce fait comme une preuve du courant
propre , Volta l'expliquait par l'htrognit des lments mis en contact
et par \a force lectromotrice qui , dans sa thorie, devait en tre la cons-
quence.
Cependant les progrs de la science, surtout depuis la dcouverte de
l'lectromagntisme, ont peu peu mis en lumire une force nouvelle, soup-
onne autrefois par Fabroni et par d'autres physiciens, qui est capable aussi
de dvelopper de l'lectricit et de faire natre des courants; cette force est
Vactisn chimique. Aussitt que son efficacit a t bien reconnue , il est
arriv qu'elle a fait invasion dans le vaste domaine que le gnie de Volta
avait attribu la force lectromotrice, et que, de proche en proche, elle
en a pris possession en vritable souveraine.
>> La force lectromotrice, telle du moins qu'on l'admettait d'abord, a
donc disparu peu prs compltement, et avec elle a disparu aussi l'expli-
cation que Volta avait donne de la contraction simple de Galvani.
Mais en scrutant son tour l'action chimique elle-mme, arrive-t-on
cette conclusion : Qu'elle est la seule cause capable de produire des courants
lectriques? Cette question est depuis longtemps rsolue , et rsolue nga-
tivement. En laissant de ct l'lectricit ordinaire dveloppe par le frot-
tement et la pression, il y a deux grandes classes de phnomnes qui
chappent videmment l'action chimique, savoir: les phnomnes lec-
triques que prsentent les cristaux analogues la tourmaline , et les phna-
raues thermo-lectriques.
Ija science, au point o elle est arrive, pourrait-elle affirmer qu'elle a
fait le dnombrement rigoureux et sans appel de toutes les causes diverses
( 4o )
qui doaaent naissance un dveloppement d'lectricit; pourrait-elle affir-
mer que tout courant lectrique procde essentiellement de l'une des origines
qui sont aujourJ'liui connues et constates? Nous ne le pensons pas. Sur quoi
porterait, en effet, un tel jugement? Les causes actuelles sont diverses et
restent sans explications; nous savons qu'elles sont efficaces, mais nous ne
savons pas pourquoi elles sont efficaces; nous prsumons qu'il y a entre elles
une certaine dpendance, mais nous ne savons ni en quoi elle consiste, ni
mme en quoi elle peut consister; nous sommes frapps de leur diversit,
mais nous ignorons jusqu'au principe qui doit sans doute les enchaner l'une
l'autre. Or, dans cette ignorance presque absolue, comment pourrions-
nous affirmer que ce principe primitif ne se manifestera jamais sous des
formes nouvelles et avec des apparences qui nous auraient chapp jusqu
ce jour.
Nos efforts doivent donc avoir un double but : distinguer les phno-
mnes analogues et rechercher leurs lois pour marquer, autant que nous le
pourrons, le caractre de la cause qui les produit; chercher des phno-
mnes nouveaux pour dcouvrir des causes nouvelles ou pour pntrer plus
profondment dans la connaissance des causes connues.
Le phnomne que nous avons rapport plus haut, si habilement ob-
serv par Nobili, bien qu'il ne soit pas nouveau tous gards, n'en con-
stitue pas moins, sous ce rapport, une dcouverte des plus importantes.
n Premirement parce qu'il fait connatre, pour la premire fois, ce fait
fondamental, que la grenouille galvanique donne un courant capable de
dvier l'aiguille aimante, courant rgulier, d'une direction constante et d-
pendant de la sensibilit organique, dans ce sens, du moins, qu'il en suit
ou qu'il en marque toutes les phases, s'accroissant quaud elle s'accrot, et
s'teignant quand elle s'teint.
Secondement parce que la cause d'un tel courant, au lieu de ressortir
avec vidence du mode d'exprimentation, semble se cacher dans les pro-
fondeurs de la nature organique elle-mme.
.. En effet, Nobili a indiqu en passant que le courant propre pourrait
bien avoir une origine thermo-lectrique, mais il ne l'a pas dmontr, et, il
faut le dire, aucun physicien n'a essay de le dmontrer, tant les analogies
semblent peu favorables cette opinion.
Aprs Nobili, on a pens que le courant propre devait son origine
des actions chimiques; mais, jusqu' prsent, cette opinion ne parat pas
avoir reu une justification complte. L'action chimique a son critrium in-
r ^' )
faillible; quand on l'invoque, on est tenn dmontrer snr qnoi elle s'exerce
et ce qu'elle fait. Or, dans le sujet qui nous occupe, personne n'a signal ni
les lments qui se combinent , ni les produits qui se forment.
11 II y a mme sur ce point une distinction ncessaire : si le courant
propre est le rsultat d'une action chimique, n'est-il pas important de savoir
si c'est une action chimique intrieure ou extrieure? C'est--dire, si c'est
une simple raction de^^ lments organiques constitutifs les uns sur les
antres, sans influence ni concours d'aucun agent pondrable tranger, ou si
c'est une.aciion exerce sur le corps organique par les milieux extrieurs
qui sont en contact avec lui. ,
" Dans ce dernier cas, la grenouille galvanique, ou le corps organis en
gnral , serait simplement analogue un couple zinc et cuivre qui ne pos-
sde pas en lui-mme la puissance de dvelopper de l'lectricit , et qui
doit, pour recevoir cette puissance, tre mis en contact avec un acide ou
un autre milieu conducteur capable de se combiner avec lui.
Dans le premier c'as , au contraire , le corps organis possderait par
lui-mme la puissance de faire natre des courants; il la possderait, soit
par sa nature, soit par sa structure, soit par la raction chimique de ses
lments propres et constitutifs.
C'est ainsi que nous sommes forcment ramens au dbat primitif qui
eut lieu entre Galvani etVolta; le terrain n'est plus le mme, les arguments
et les preuves ont chang de caractre, mais au fond c'est la mme pense.
Il faut remarquer, de plus, que celte distinction ne s'applique pas
seulement aux phnomnes qui nous occupent ici, mais qu'elle s'applique
encore aux poissons lectriques eux-mmes, c'est--dire, en gnral, tous
les phnomnes lectrophysiologiques qui ne sont pas le rsultat vident
d'une lectricit dont la source est au dehors, et que l'on fait artificielle-
inent passer dans les corps organiss.
L'lectrophysiologie est peine naissante, elle touche des phao-
mnes infiniment complexes qui semblent tre l'un des liens qui unissent 'a
nature inorganique avec la nature organique, elle ne peut pas avoir moins
que les autres sciences exprimentales l'obligation imprieuse d'explorer,
avec les soins les plus mthodiques et les plus rflchis, le terrain sur lequel
elle se propose d'difier.
" C'est pour cela que nous insistons sur cette premire et vieille ques-
tion : les courants qui se manifestent dans les tissus l'tat de vie ou de
survie ont-ils une cause extrieure ou intrieure, une cause connue ou in-
connue?
C. K., i85o, a"' Semestre. {T. XXXI, M" 3 )
(40
Il est regretter que cette question n'ait pas t aborde d'une manire
explicite par les exprimentateurs dont nous avons rapport Is rsultats ;
ils auraient sans doute imagin des expriences allant droit au but et propres
lever tous les doutes.
Voici cependant ce que nous pouvons tin-r de leurs expriences, bien
qu'elles n'aient pas t faites cette fin.
> M. Matteucci, poursuivant l'ide de Nobili, et la perfectionnant, a con-
struit des piles par la simple juxtaposition des lments organiques entre eux,
sans aucun intermdiaire, les deux lments extrmes tant seuls en contact
avec des liquides conducteurs ; or les dviations produites par ces piles
semblent indiquer que si les couranls taient dus une action chimique
extrieure, il faudrait que, quand les lments organiques se touchent entre
eux, l'action chimique ft la mme que quand ils touchent le liquide con-
ducteur, qui est d'une nature si diffrente.
M. du Bois-Reymond ayant dmontr que les nerfs donnent aussi nais-
sance des courants dont il a tabli les lois , il faudrait que l'action du
liquide conducteur avec lequel il les met en contact ft la mme sur la
substance des nerfs que sur la substance des muscles; et, comme d'ailleurs on
peut faire des piles avec les nerfs comme avec les muscles, il faudrait de
plus que les sections transversales et longitudinales des nerfs eussent entre
elles une action chimique pareille celle qu'elles exercent sur le liquide
conducteur.
Nous regrettons de n'avoir pas demand M. du Bois-Reymond de
faire sous nos yeux l'exprience suivante que probablement il a eu occasion
de faire dans le cours de ses recherches : un nerf sur lequel on a fait une
ligature conserve encore une conductibilit suffisante, on peut l'introduire
dans le circuit du galvanomtre de deux manires, soit en y comprenant
la ligature elle-mme, soit en la laissant en dehors, mais toujours en rem*
plissant la condition qu'il touche d'un ct par sa section transversale et de
l'autre par sa section longitudinale; or, s'il arrive que dans le premier cas
il ne donne rien, et que dans le second cas il donne son courant ordinaire,
il paratrait difficile d attribuer le courant une action chimique extrieure,
car l'on serait sans doute fort embarrass d'expliquer alors pourquoi elle
s'exerce dans le second cas et ne s'exerce pas dans le premier.
>' Beaucoup d'autres expriences peuvent tre tentes dans la mme
voie.
' Dans l'tat actuel des choses, la Commission n'a pas t iinaniinc pour
tirer une conclusion dfinitive; elle se borne dire seulement que l'en-
(43 )
semble des phnomnes porte regarder comme extrmement probable que
ces courants organiques ne sont pas l'effet (i'une action chimique extrieure,
mais il serait bon d'eu donner des preuves plus incontestables que celles
qui ont t produites jusqu' ce jour.
En supposant cette premire question rsolue dans le sens o elle
semble devoir l'tre, il s'en prsente une seconde qui n'est pas ventuelle
pour tout le monde, et qui a dj t l'objet de beaucoup de discussions,
c'est celle-ci : les courants dont il s'agit tirent-ils leur origine d'une action
chimique intrieure, ou de la nature mme et de la structure des tissus
soumis des forces particulires.''
Rien n'est plus vident que la varit prodigieuse des phnomnes chi-
miques qui s'accomplissent dans un tre organis chacun des instants de
son existence. Parmi ces phnomnes il y en a qui cessent immdiatement
avec la vie, il y en a d'autres qui persistent sous 1 influence de forces dont
nous sommes loin d'^ivoir une parfaite connaissance; ceux-ci, considrs
comme simples phnomnes chimiques, donnent-ils la raison pleine et
entire soit de la contractilit qui reste aux muscles, soit de la sensibilit
qui reste aux nerfs, soit des autres proprits qui survivent encore, pendant
un temps plus ou moins long, suivant le rang que les animaux occupent
dans l'chelle des tres.
Il nous semble qu'en rpondant affirmativement et qu'en acceptant cette
explication comme suffisante, on ferait descendre au rang des causes occultes
et insaisissables l'action chimique qui est si nette et si prcise, on lui ferait
perdre son caractre essentiel qu'elle tient exclusivement de l'analyse posi-
tive de ses effets.
n Mais si l'on ne peut pas dire aujourd'hui que les actions chimiques qui
succdent la vie rendent compte de toutes les proprits organiques per-'
' sistautes, peut-on dire au moins qu'elles expliquent les phnomnes lec-
triques qui se manifestent au galvanomtre, et qui vont en s'affaiblissant avec
les restes de la vitalit? Sur ne point, les opinions sont partages : personne,
sans doute, ne conteste que les actions chimiques dont il s'agit ne doivent
tre accompagnes d'un dgagement d'lectricit; mais les uns, se contentant
de cette apprciation gnrale, regardent comme trs-probable, sinon comme
certain, que cette lectricit est la cause des courants organiques; les autres
y font plus de difficults, ils restent en suspens, ils attendent que ces
actions chimiques aient t tudies et analyses de plus prs, et, en atten-
dant , iU doutent plus ou moins que l'on parvienne par cette voie expliquer
7-'
( 44 )
compltement la direction , l'intensit et tous les autres caractres des cou-
rants organiques.
Il y a donc l une seconde question rsoudre, question gunifc
dans laquelle il ne faut pas perdre de vue qu'il n'y a pas seulement cher-
cher la ciiuse des courants que l'on observe dans les nerfs et dans 1rs
muscles, mais qui! y a en outre deux phnomnes expliquer, savoir :
l'affaiblissement intermittent qu'prouve le courant musculaire pendant la
contraction du muscle, et la modification qu'prouve le courant nerveux
pendant l'excitation du nerf.
>' Nous devons, de plus, faire une remarque d'une autre nature: les lois
donnes par M. du Bois-Reymond se rapportent, en {jnral, soit des
lambeaux de muscles et de nerfs adhrents un tre dont la vie est dou-
loureuse, soit des portions dtaches dont la sparation est assez rcente
pour qu'elles conservent encore quelque chose de ce que l'on appelle la
sensibilit organique. Mais les coups du scalpel sont-ils sans influence?
La mutilation elle-mme n'enlre-t-elle pour rien dans les phnomnes
que l'on observe? Les liquides exsuds, altrs, transports par endosmose
ou autrement, n'y prennent-ils aucune part? Ces questions mritent un
srieux examen; il faut les discuter et les rsoudre avant de conclure du
fragment l'ensemble, de la partie au tout. Ici, l'induction seule est im-
puissante, il faut des preuves, des preuves positives pour tre autoris
tendre au systme musculaire entier, et surtout au systme nerveux consi-
dr dans toute son intgrit, ce qui se manifeste dans une portion de nerf
prise part, et qui vient de subir l'action des ciseaux.
" Ainsi, en rsum, notre opinion sur la cause des courants organiques rn
gnral est la suivante : celte cause est inconnue.
" 1. Il est probable que ces courants ne rsultent pas d'une action chi-
mique extrieure;
2. Il n'est pas dmontr qu'ils rsultent d'une action chimique int-
rieure; c'est l une question rsoudre, et, suivant qu'elle recevra une
solution positive ou ngative , les consquences ultrieures prendront des
caractres trs-diffrents.
>i Revenons maintenant au courant qui semble i-sulter de la contraction
du bras.
Voici les lments de la discussion :
1. Si, d'aprs les expriences mentionnes da is la sixime proposition
(des faits observs par M. du Bois-Reymond), une grenouille ne donne pas
(45)
de courant sensible, c'est que ses membres infrieurs tendent produire
(les courants gaux et opposs;
1. Lorsque, ayant coup l'un des nerfs sciatiques pour paralyser un
des membres, on dtermine dans l'autre des contractions ttaniques, l'inten-
it de sou courant diminue conformment la quatrime proposition ;
alors le courant du membre paralys ou condamn au repos devient pr-
dominant, et le galvanomtre le rend visible avec la direction qu'en effet il
doit avoir, c'est--dire qu'il est direct dans le membre ttanis;
') 3. Lorsqu'on fait entrer les deux bras dans le circuit du galvanomtre,
on n'observe d'aboi'd que des effets accidentels, dpendants sans doute de
l'tat cutan des doigts qui touchent aux conducteurs; quand ces effets
irrguliers sont apaiss, et que l'aiguille du galvanomtre est devenue
immobile, on dtermine la contraction volontaire de l'un des bras, alors
l'aiguille du galvanomtre est l'instant dvie, sa dviation accusant tou-
jours un courant inverse, c'est--dire dirig, dans le bras contract, de la
main vers l'paule.
n Or, si l'on examine ces trois dernires propositions pour en saisir l'en-
chanement, on prouve d'abord une difficult qui est celle-ci : entre la
deuxime proposition et la troisime, il y a une certaine analogie; l c'est
une jambe qui se contracte artificiellement, ici un bras qui se contracte
volontairement : mais pourquoi le courant est-il direct dans le premier cas,
et inverse dans le second? C'est l un point important; il est regretter que
M. du Bois-Reymoud, qui a pris soin de signaler lui-mme cette diff-
rence, cette inversion constante dans le sens du courant, n'ait pas senti la
ncessit d'en expliquer la raison : tant que cette explication ne sera pas
donne, on pourra contester qu'il y ait une liaison ncessaire ou mme une
liaison quelconque entre la troisime exprience et la deuxime.
" D'aprs les principes de M. du Bois-Reyniond , l'effet d'une contrac-
tion soutenue n'est pas de faire natre un courant, mais d'affaiblir et de
suspendre par intermittence un courant qui prexistait; il faut donc un
courant prexistant, ou plutt il en faut deux qui soient gaux et opposs,
el qui se neutralisent, puisque l'aiguille du galvanomtre est au zro; l'un
doit se trouver essentiellement dans le bras qui va se contracter, et c'est lui
que la contraction affaiblira; l'autre, par raison de symtrie, doit se
trouver dans l'autre bras, et c'est lui que la contraction rendra prdomi-
nant. Ainsi, le courant que l'on observe au moment de la contraction, n'est
pas dvelopp dans le bras contract; il est , au contraire, prcxistaiit dans-
( 46 )
le bras au repos, et il se montre par cela seul qu'il cesse d'tre compltement
neutralis.
Si la question doit, en effet, tre pose en ces termes, il nous semble
que, pour assimiler celte exprience aux prcdentes, il ne reste plus
qu'une condition remplir, c'est de dmontrer nettement que les muscles
du bras de l'homme , sur lesquels s'exerce la contraction , si on les considre
dans leur tat naturel, sont disposs de telle sorte qu'ils donnent naissance
nn courant direct continu, allant de l'paule la main, et qu'ils donnent
ce courant d'aprs les lois des sections longitudinales et transversales. Cette
condition est indispensable ; tant qu'elle ne sera pas remplie, les expriences
ne peuvent tre assimiles, ou ne peut pas et l'on ne doit pas regarder la
troisime proposition comme tant une consquence de la deuxime.
Mais admettons, pour un instant, que cette premire difficult soit
leve, que la forme des muscles du bras qui entrent ici en jeu, que leur
structure, leur enlacement, leur disposition absolue et relative conduisent
la conclusion voulue, c'est--dire qu'il suffise d'y appliquer les lois du cou-
rant musculaire , pour faire voir qu'en composant les directions et les inten-
sits, l'on obtient pour rsultat final un courant continu dirig de l'paule
la main; toute la question serait-elle rsolue? faudrait-il regarder comme
certain que la troisime exprience est identique la deuxime, et qu'elle
s'explique rigoureusement par la mme cause? Nous ne le pensons pas, il
y aurait encore des doutes dpendants de la diversit des conditions et de la
complication du problme : mais le moment n'est pas venu de les faire res-
sortir et d'en discuter la valeur.
t> En dfinitive, le courant qui semble appartenir la contraction mus-
culaire de l'homme vivant est un phnomne des plus curieux. Tout en ap-
plaudissant cette dcouverte de M. du Bois-Reymond, tout en accordant
qu'elle a peut-tre des liaisons intimes avec les autres phnomnes lectro-
physiologiques dont il a si habilement tudi les lois, nous n'admettons pas
que ces liaisons soient aujourd'hui dmontres d'une manire concluante.
Nous ne terminerons pas ce Rapport sans faire une rflexion qui nous
est inspire par le dsir d'encourager M. du Bois-Reymond s'attacher de
plus en plus aux mthodes rigoureuses qui l'ont conduit constater tant de
faits nouveaux. Il nous a t impossible de ne pas remarquer quelques mots
qui se trouvent au commencement de son premier Mmoire , et par lesquels
il annonce que ses recherches aboutissent une thorie positive de l'agent
" nerveux et de la puissance motrice des muscles.
( 47 )
Gependaat le texte de ses communications n'aborde la discussion d'au-
cune thorie, il ne contient que dos faits dont nous avons essay d'apprcier
l'exactitude et l'importance.
La thorie annonce par les paroles que nous venons de rappeler reste
donc compltement en dehors de notre examen; nous ne pouvons la con-
sidrer que comme un point de vue particulier, une ide abstraite, une
pense d'avenir porte devant l'Acadmie.
" Il parat assez naturel que M. du Bois-Reymond conoive en lui-mme
de grandes esprances sur la fcondit de la carrire nouvelle dans laquelle
il est venu son tour chercher la vrit, et dont lia dj explor les premiers
abords avec des succs dignes d'loges. Grce aux moyens d'observation qu'il
a imagins, il a su y trouver des faits d'une certaine espce qui ajoutent beau-
coup la richesse de la science ; mais rien ne dmontre, jusqu' prsent , que
l'on doive y trouver.des faits d'une autre espce , c'est--dire des vrits
qui expliquent l'agent nerveux et la puissance motrice des muscles. Si uti
jour, dans l'avenir, aprs de longues et laborieuses recherches, ces vrits
plus complexes viennent sortir en effet du creuset svre de l'exprience, il
sera permis de dire que la science a fait un grand pas de plus.
En attendant, vos Commissaires ont vu avec le plus vif intrt les exp-
rences de M. du Bois-Reymond, ils ont reconnu la parfaite exactitude de
toutes celles qui ont t faites devant eux, ils ajoutent qu'ils esprent beau-
coup des recherches de plus en plus rigoureuses qui seront poursuivies dans
cette voie.
Pour conclusion, ils proposent l'Acadmie de remercier M. du Bois-
Reymond , et de le fliciter des diverses sries de faits qu'il a dmontrs par
l'exprience.
liCs conclusions de ce Rapport sont adoptes.
iXOMEVA'nONS.
M. le Ministre de l'Iivstrcctioji publique invite l'Acadmie nommer les
deux Membres qui, au terme de la loi du i8 juin i85o, devront faire partie
de la Commission forme auprs du Ministre de l'Agriculture et du Com-
merce pour s'occuper des questions relatives la cration d'une caisse des
retraites.
Ij'Acadmie procde, par la voie du scrutin, cette nomination.
MM. Mathieu et I>upin runissent la majorit des suffrages.
( 48)
IEMOIRES LUS.
MINKALOGIE. Mmoire sur l'nieri d'Asie Mineure, dans ses rapports
gologique, minralogique et commercial , et sur les minraux associs
avec l'ineri; par M. J. Laurence Smith.
(Gorainissaires, MM. Gorclier, lie de Beaumont, Dufrnoy.)
Des diverses substances minrales employes dans les arts, l'meri est
une de celles qui ont offert le moins de facilit pour l'examen golofjique,
cl sur lesquelles, par suite, il nous reste le plus apprendre cet gard,
[/tude, en place, de cette substance considre sous le point de vue
scientifique et pratique, devant ainsi offrir un grand intrt, je profitai de
la position que j'occupais sous le gouvernement turc pour suivre certains
renseignements qui me parvinrent les derniers mois de l'anne iS'i. Avant
cette poque, l'existence de l'meri en Asie Mineure n'avait pas t signale. .
Au commencement de l'anne suivante, j'ai dcouvert eu place, pour la
premire fois, l'meri de l'Asie Mineure. Postrieurement cette poque , j'ai
rencontr plusieurs autres gisements dont il est question dans ce Mmoire.
Les principaux gisements de l'meri en Asie Mineure sont ceux de
Gumuch-dagh et de Kulah. Le premier est une montagne situe prs de
ces intressantes ruines reconnues parle voyageur franais, M. Poujoulat,
comme tant celles de l'ancienne Magnsie sur le Mandre. L'autre, Kulah,
est dans cette partie de l'Asie Mineure appele Catacecawnne ou le pays
brl. J'ai dcrit avec dtail la formation gologique de ces deux endroits,
qui consistent essentiellement en calcaire mtamorphique reposant sur le
schiste micac, gneiss, etc. Le marbre Kulah est profondment altr
la surface par la lave qui a coul anciennement des nombreux cratres qui
dterminent principalement l'aspect de cette rgion. FiCS autres localits nou-
velles o se trouve l'meri sont celles A^Aduhi et de Manser en Asie Mi-
n(^ure, et les les de Samos et de Nicoria.
,r" L'meri est enchss, soit dans la terre qui recouvre la pierre calcaire,
soit dans le roc lui-mme, et il se trouve en blocs depuis la grosseur d'un
pois jusqu' celle de plusieurs milliers de kilogrammes. Les fragments sont
le plus souvent angulaires, quelquefois ronds, et lorsqu'ils affectent cette
dernire forme, ils ne paraisseiit pas l'avoir prise par attrilion. liCS blocs
qui se trouvent dans le sol n'offrent que peu d'intrt pour le gologue ,
parce qu'ils ont pu y tre laisss par la dcomposition de la roche, ou y tre
- - - . . . ( 49 )
transports d'un autre endroit. Cependant on peut difficilpment admettre
cette dernire supposition, d'aprs ce que l'on trouve Gumuch-dagh, car,
ici, ce n'est que sur le sommet, et non pas sur les cts de la montagne
que j'ai trouv l'meri.
Aprs avoir tudi l'meri et les roches qui l'environnent, je suis arriv
la certitude que l'meri a t form et consolid dans la pierre calcaire
dans laquelle on le trouve, et qu'il n'a pas t dtach des roches plus an-
ciennes (comme le granit et le gneiss), puis log dans la pierre calcaire lors
de l'poque de sa formation. Mes raisons pour penser ainsi sont les suivantes:
1. Les recherches les plus minutieuses, faites dans les anciennes roches
de ces localits, dans celles qui sont places sous les calcaires, n'ont pu
me faire dcouvrir le plus petit fragment d'meri; en outre, les blocs
d'meri qui se trouvent dans la pierre calcaire ne sont jamais recouverts de
fragments de roches trangres. Quoique l'on trouve du schiste micac dans
la pierre calcaire Kulahj il n'est jamais en contact avec l'meri , et ne con-
tient aucune trace de corindon. J'insiste sur ce point, parce que, dans mes
chantillons, la matire calcaire qui recouvre l'meri se trouve sous deux
tats "diffrents : tantt c'est la roche originaire, et tantt une concrtion
forme par les infiltrations des eau.x calcaires.
2. La pierre calcaire qui est en contact avec l'meri diffre presque
toujours, par sa composition et sa couleur, de la masse du rocher. A Kulah,
par exemple, oi le marbre qui forme la roche est d'une grande puret
(comme l'analyse l'a prouv), la partie qui est en contact avec l'meri est
d'une couleur jaune fonc, ayant l'appai-ence du fer spathique , et contenant
une grande quantit d'alumine et d'oxyde de fer. L'paisseur de cette couche,
place entre le marbre et l'meri, est trs-variable; mais, ce qu'il y a d'in-
contestable, c'est qu'elle passe petit petit au marbre blanc, de sorte que
leurs cristaux sont enchevtrs les uns dans les autres, et dmontrent ainsi
qu'ils appartiennent la mme roche. i-t-,
" Si ces blocs d'meri avaient t spars d'une roche plus ancienne, puis
enchsss dans le marbre lors de sa formation, il n'y aurait aucune raison
pour que le contact ne soit pas direct et immdiat, sans cette transition du
calcaire Jrro-alumineujc en marbre pur. Ce que nous voyons est exacte-
ment ce qui semble avoir eu lieu, lorsque des minraux ferrugineux et alu-
mineux se forment tt se sparent ensuite de la pierre calcaire, qui n'est pas
encore consolide.
Dans ce Mmoire, nous donnons encore des raisons pour appuyer la
C. R., i85o, 2 SemJ. (T. XXXI, N" 3) 8
( 5o)
supposition que l'meri s'est form dans le calcaire par un procd de spa-
ration.
Dans ma collection , je possde un chantillon qui dmontre ce fait
d'une manire remarquable. C'est un nodule dont le noyau se trouve entour
de deux cercles concentriques. Le noyau se compose d'emeri; le premier
cercle concentrique est du chlorotode, et enfin le cercle extrieur de me-
rilite. Ce dernier minral tait en contact avec la roche. Ces minraux sont
composs peu prs comme il suit :
meri. Mlange de corindon (alumine un peu hydrate) et fer oxydul.
Chlorotode. Silice, 24; alumine, /^o, oxyde de fer, iS; eau, 7.
Einerilite. Silice, 3o; alumine, 5o; chaux, i3; eau, 6.
On voit que si l'on commence par la surface extrieure (direction dans
laquelle nous devons rechercher la consolidation du nodule), la plus grande
partie de la silice est limine en se combinant avec une grande quantit
d'alumine, et un peu de chaux pour former un minral particulier. Ensuite,
le reste 'le la silice se combine avec une autre quantit d'alumine et beau-
coup d'oxyde de fer pour former un autre minral. Enfin , en dernier lieu ,
l'alumine et l'oxyde de fer qui restent cristallisent sparment, leurs attrac-
tions homognes tant plus fortes que leur affinit chimique. Des effets de
cette nature ne sont pas rares, mais ils sont toujours dignes de remarque.
" En terminant les considrations gologiques sur cette substance, et en
ayant gard aux localits dans 1 Asie Mineure et les les environnantes , je
ferai remarquer que, dans l'avenir, lorsqu'on aura tendu les observations
qui ont dj t faites, on trouvera sans doute que l'meri constitue un ca-
ractre gognostique pour certaines formations calcaires de cette partie du
monde, comme les nodules de silice pour les craies d'Europe.
Dans l'tude minralogique de l'meri, j'ai cherch dmontrer qu'il
doit tre considr plutt comme une roche que comme un minral, et qu'il
consiste dans un mlange de corindon et des minraux d'oxyde de fer plus
ou moins constamment associs avec d'autres minraux qui seront dcrits
dans la seconde partie de ce Mmoire >
M. L/vuRENT commence la lecture d'un Mmoire sur les habitudes de quel-
ques animaux nuisibles aux bois des approvisionnements de la marine.
Cette lecture sera continue dans une des prochaines sances.
(5i)
PIGES DONT IL N'A PU TRE DONN COMMUNICATION
DANS LA SANCE DU 8 JUILLET.
!IMOIRES PRSEr\rS
GOLOGIE. Banc de gomon fossile dans Le dpartement du Finistre.
(Note de M. A. Bobierre. )
(Commissaires, MM. Boussingault, Dufrnoy, Payen.)
Il existe dans le dpartement du Finistre, dans la commune de K-
rouan, une anse d'une vaste dimensioii o le flux amne, de temps imm-
morial, des fucus sans cesse accumuls et comprims par les sables qui s'y
trouvent mlangs. Isa disposition de la baie de Teven o s'opre cette accu-
mulation de vgtaux est telle, que les rochers s'opposent l'enlvement des
varechs constamment comprims, et que le retrait de l'eau pourrait, sans
ces obstacles naturels, disperser au fur et mesure de l'accroissement de la
masse. On comprend ce qu'a pu produire, sous de telles influences et sur de
grandes masses de varechs, l'action simultane et longtemps prolonge de
la pression des sables, de l'eau sale et de l'atmosphre; un vritable banc
de combustible s'est form. Les molcules vgtales se soudant de la manire
la plus intime, il en est rsult une masse homogne, texture feuillete,
mais cependant trs-cohrente, susceptible de prendre le poli et dont l'en-
semble occupe une longueur de i 5oo mtres environ. On peut, sans exa-
gration, valuer looooo hectolitres la quantit de cette singulire sub-
stance qui s'avance dans la mer jusqu' 800 mtres environ, et dont ls
grandes mares permettent d'apprcier l'norme dveloppement.
Je ferai remarquer, en passant, qu'il est impossible de douter de l'ori-
gine de la substance que j'ai l'honneur de prsenter l'Acadmie, car, ainsi
que dans les houilles, certaines empreintes y accusent de la manire la plus
tranche la forme du vgtal qui a donn naissance la masse, et, ce
sujet, mes observations concordent avec celles de M. Vincent, pharmacien
de la marine Brest, et qui a t mme d'tudier cette intressante
. formation.
La composition du gomon fossile est la suivante :
( 52 )
Matire organique 83 , 3
{ de sodium
chlorures < de magnsium
, (de calcium ,
Sels solubles dans l'eau ( > 8,o
ide potasse
de soude
de magnsie
Carbonate de chaux et d magnsie 1,7
Alumine et oxyde de fer 3 ,0
Silice 4"
100,0
Azote , 18 pour 100.
La proportion d'azote que l'analyse dcle dans cette substance est de
beaucoup suprieure celle de toutes les tourbes connues, et explique con-
curremment avec la prsence des sels solubles les proprits fertilisantes du
gomon fossile. Cette quantit d'azote est plus considrable ici que dans la
plupart des poudrettes, o elle n'est que de 16 pour 100 environ.
Chaque anne on extrait dans les marais de Montoire (Loire-Infrieure)
3ooooo hectolitres de tourbe destins falsifier dans l'Ouest les rsidus de
raffinerie employs comme engrais; cette tourbe renferme 5 6 pour 100
d'azote, c'est peu prs le tiers de ce que j'ai toujours trouv dans le
gomon fossile, dont la texture reprsente , en somme, l'engrais si fertilisant
employ l'tat de gomon vert, mais qui a ici subi une condensation des
plus commodes pour les besoins de l'agriculture.
Examine au point de vue industriel, cette substance intressante m'a
donn les rsultats suivants :
La calcination avec la litharge accuse un poids de carbone pur qui
s'lve 28 pour 100 de la matire, ce qui correspond une puissance calo-
rifique de 2022. D'aprs tes calcids antrieurement faits, la tourbe ordinaire
dtine 1 5oo et le bois sch l'air, 2945.
n 100 parties de matire sche m'ont donn les chiffres ci-dessous repro-
duits :
Eau ammoniacale contenjant un dixime de goudron. ... 38
Charbon d'un beau noir bleutre Sa
Gaz trs-clairant. ..;... lo
too
L'eau ammoniacale donne une quantit de sulfate d'ammoniaque qui
correspond 4 pour 100 du gomon employ. On en obtiendrait une plus
( 53 )
forte proportion en ajoutant un peu de chaux la substance soumise la
calcination.
Dcant et distill, le liquide goudronneux, qui reprsente 5 pour loo
du gomon , donne un hydrate de mthylne analogue l'esprit de bois, et
une quantit de parassine beaucoup plus forte que celle qu'on obtient par la
distillation des tourbes ordinaires.
Le rsidu charbonneux retenant environ 6 pour loo d'azote contient,
pour loo parties,:
Carbone 66,2
l de soude \ . ...^ '
Sels solubles 'dpotasse > i5,i
( de magnsie )
Carbonate de chaux et de
magnsie 3,5
Alumine et oxyde de fer. ., . 5,2 ' : ,
Silice lo.o
100,0
Comme le prouvent ces chiffres, le gomon fossile pourrait tre exploit
avec un avantage rel. Il renferme, en effet, tous les lments au moyen des-
quels sa carbonisation pourrait tre opre conomiquement par l'emploi
des gaz carbons. Son ammoniaque serait condense avec profit au moyen d'a-
cide sulfurique, et la parassine spare du goudron et de l'hydrate de m-
thylne a aujourd'hui, comme on sait, un dbouch des plus avantageux
comme matire clairante.
Quant au rsidu charbonneux, il en est peu qui soient plus convenables
comme matire absorbante, pour tre additionne de corps fertilisants
propres activer la vgtation. A l'action propre de ces corps viendrait
s'ajouter, en pareil cas, l'influence des sels solubles que contient ce rsidu
lui-mme. .
PHYSIQUE. Note sur la rotation que l'esscTwe de trbenthine et le sirop
de sucre font prouver au plan de polarisation d'un rayon calorifique qui
les traverse; par MM. F. de laProvostae et P. Desains (i).
(Renvoi la Section de Physique.)
Dans un Mmoire imprim au tome XI des Annales de Chimie et de
(i) Note adresse sous pli cachet dans la sance du 24 juin i85o, ouverte dans la sance
du 1 5 juillet i85o sur la demande des auteurs.
(54)
Physique, 3* srie, M. Biot rappelle des expriences par lesquelles il avait,
conjointement avec M. Melloni, prouv que les proprits rotatoires du
>' cristal de roche s'exercent aussi sur les rayons calorifiques et lenr impri-
ment des dviations de mme sens qu'aux rayons lumineux. Puis il
ajoute : Nous n'avons pas essay si la mme proprit de modifier les flux
calorifiques existerait pour les liquides qui exercent un pouvoir rotatoire
> sur la lumire polarise, et il y aurait beaucoup d'intrt constater
l'identit ou la dissemblance de l'action dans ce dernier cas o elle est
puremetit molculaire. "
Nous avons cherch rsoudre la question qu'avait ainsi pose, depuis
plusieurs annes, l'illustre acadmicien dont nous venons de citer les paroles,
et nous avons reconnu que , dans la transmission travers l'essence de
trbenthine ou les solutions de sucre, les rayons de chaleur polariss
prouvent des rotations soumises aux lois qui rgissent celles que les rayons
lumineux prouvent dans les mmes circonstances.
'< Nous avons opr sur les rayons solaires de rfrangibilit dtermine,
savoir les rayons qui accompagnent le rouge extrme et ceux qui accom-
pagnent le vert tirant au bleu.
Nous les avons polariss en leur faisant traverser une spath d'Is-
lande.
Puis nous les avons transmis travers des colonnes d'essence de tr-
benthine de longueur o^joS, o, i, o, i5; ou bien travers une colonne
d'eau sucre de o^joS de longueur, mais diffrents degrs de saturation.
Enfin, ils taient transmis travers nn nouveau spath analyseur.
I. Avec l'essence, la rotation tait proportionnelle la longueur de la
colonne traverse.
' Avec le sirop de sucre, elle tait proportionnelle au degr de concen-
tration.
.' Pour les rayons verts, la rotation est sensiblement la mme que pour
les rayons lumineux correspondants. Pour les rayons rouges extrmes, elle
est un peu moins forte , ce qui tient ce que le flux calorifique est ml de
rayons obscurs de moindre rfrangibilit que le rouge et qui abaissent , par
consquent, l'action rotatoire que le liquide exerce sur le flux dont ils font
partie.
Quant aux mthodes employes pour dterminer la rotation , il n'est
pas ncessaire de les dvelopper ici. Nous ferons remarquer seulement que si
l'on observe les indications de l'appareil thermoscopique pour deux posi-
tions rectangulaires du spath analyseur , il suffira de diviser chacune d'elles
( 55 )
par leur somme pour avoir le carr du cosinus de l'angle que la section du
spath fait, dans la position qui correspond cette dviation, avec le plan de
polarisation dvi par le liquide actif.
CHIMIE APPLIQUE. Recherches sur les lois de l'hjdraulicit et de la
solidification du mortier; par M. H. de Villeneuvb.
(Commissaires, MM. Berthier, lie de Beaumont, Regnualt.)
Grce aux admirables travaux de M. Vicat, on connat les principales
proprits des mortiers. La rsistance l'action de l'eau des ptes dont la
chaux est le liant est dsigne sous le nom Alijdraulicit. Cette proprit est,
d'aprs M. Vicat, communique la chaux par une certaine combinaison de
silice et d'alumine. Cette combinaison s'tablit de deux manires, ou direc-
tement et immdiatement par la cuisson des calcaires argilifres, ou d'une
manire indirecte et progressive par l'action des pouzzolanes sur la chaux.
" La cuisson des carbonates calcaires contenant de o 6 pour loo
d'argile, fournit les chaux grasses. Si la teneur en argile s'lve de 6
xZ pour loo, les calcaires produisent des chaux de plus en plus hydrau-
liques. De i3 a7 pour lOO d'argile on obtient les chaux limites; les ciments
rsultent de la cuisson du calcaire contenant de 27 43 pour 100 d'argile.
Enfin, les marnes et les argiles, soumises une chaleur convenablement
mnage, produisent des pouzzolanes d'autant plus nergiques que les
argiles sont plus pures.
" D'aprs les connaissances actuelles, il y aurait discontinuit entre les
chaux hydrauliques et les ciments. Les caractres tranchs de ces deux
ordres de produits sont spars par les chaux limites qui, ne pouvant ni se
dliter en poussire et former une pte lorsqu'on les humecte comme la
chaux, ni prendre une cohsion durable lorsqu'on gche leur poussire
broye, doivent tre rejetes comme nuisibles aux mortiers.
Les incuits de chaux grasse et de chaux hydraulique provenant de car-
bonates incompltement dcomposs ont t signals, pour la premire
fois, par M. Minard, et prsentent des proprits analogues celles des
chaux hmites.
" A ct de ces notions viennent se placer nos observations nouvelles.
Tous les calcaires cuits [)rouvent, lorsqu'on les humecte, une augmen-
tation de volume due la solidification de l'eau; il y a dlitement de la
chaux. La combinaison avec l'eau se fait avec d'autant plus d'nergie, de
rapidit, de chaleur, et une absorption d'eau d'autant plus grande, que la
( 56 )
chaux est moins hydraulique. Lorsqu'on fait agir l'eau sur les calcaires cuits,
dans les circonstances ordinaires, le gonflement des chaux limites peut n'en
dliter qu'une portion et diviser seulement la masse en grumeaux.
Dans les ciments le gonflement ne produit que des gerures. Nous
avons trouv que si l'on humecte les chaux limites et les ciments une tem-
prature leve, si on les soumet mme un couraat de vapeur d'eau, le
gonflement et le dlitemeat se produisent comme pour les chaux hydrau-
liques, et les produits obtenus jouissent de proprits analogues celles des
chaux doues de la plus haute dose d'hydraulicit.
" Mais, lorsqu'au lieu de favoriser l'action de l'eau, nous la ralenlissous
soit par refroidissement, soit en n'appliquant l'eau que par parties succes-
sives , nous parvenons ralentir, attnuer notre gr le gonflement et le
dveloppement des chaux limites. Les chaux limites soumises ainsi une
aspersion d'eau pralable, ou simplemeat exposes pendant plusieurs jours
l'action hygromtrique de l'atmosphre, peuvent tre broyes ensuite, leur
cohsion persiste; elles se comportent comme de bons ciments. La dsagr-
gation naissait de l'augmentation de volume des molcules de chaux limites
postrieures au gchage et la prise. Cette dsagrgation a t lude lors-
qu'une partie suffisante du gonflement a t obtenue avant le gchage, avant
mme le broyage.
" On voit donc qii'en favorisant l'action de l'eau sur les chaux limites , nous
les utilisons comme chaux hydrauliques suprieures; qu'en faisant agir fai-
blement l'eau sur les chaux limites, on peut les broyer ensuite et les utiliser
comme ciments trs-liants.
Les carbonates incomplets, nomms aussi sous-carbonates et incuits,
donnent naissance des produits analogues aux chaux limites. Lorsqu'on
les humecte faiblement avant broyage, ils agissent la manire de ciments
durables, et ils peuvent tre , en cet tat, employs isolment ou mlangs
avec les chaux hydrauliques.
Lorsqu'on aide l'action de l'eau sur les sous-carbonates par la chaleur,
ils se dlitent et agissent comme chaux. Si la temprature s'lve, alors
l'incuit se comporte comme un mlange de chaux ordinaire et de carbonate
neutre, phnomne pareil l'action dcomposante de l'eau exerce sur les
chaux hydrauliques lorsqu'on attaq ie celles-ci par une grande quantit
d'eau chaude; observation capitale due M. Berlhier.
" En faisant agir l'eau faiblement et avant broyage sur les carbonates cal-
caires incomplets, ou bien en les exposant la vapeur d'eau atmosphrique
avant broyage , nous sommes parvenu obtenir une cohsion persistante ,
. . c 57 ) ; ,
non-seulemeat avec les soiu-carboiuites de chiux hydraulique, mais encore
avec ceux qui proviennent de calcaires chaux grasse.
Nous sommes ainsi amen attribuer les facults hydrauUcantes non
pas seulement l'action de la si,lice et de l'alumine, mais encore rinfluence
de l'acide carbonique et la .plupart des corps ngatifs propres donner,
avec la chaux, des composs insolubles. L'hydraulicit aurait sa source essen-
tielle dans l'insolubilit.
L'acide carbonique produit l'hydraulicit, non-seulement par combi-
naison directe, mais encore par combinaison indirecte, la manire des
pouzzolanes. ; ii
Ainsi le ciment et les chaux hydrauliques, qui, par une longue exposi-
tion l'air, se sont chargs d'acide carbonique, tant de.enus ainsi riches
en lments ngatifs, peuvent tre mls la chaux grasse , et jouer le rle
des pouzzolanes les plus actives. En broyant des mortiers de chaux hydrau-
liques, solidifis depuis quatre ans, nous avons obtenu une vraie pouzzo-
lane, qulfarsait tablir sous l'eau la prise d'un mortier de chaux grasse dans
l'espace de quatorze heures. Ne voit-on pas l le secret de certaines manipu-
lations attribues aux Romains, et de quelques habitudes des constructeurs
du midi de la France?;-'' '''^^"'''>'^>j^^''.*^(^'"*>:i*'l!-'^^r*'
L'acide carbonique est le principe hydraulicant le plus conomique,
mais il n'amne pas la plus haute cohsion dans les mortiers et les ciments.
Une cuisson pousse jusque \evi la scorification fait subir aux calcaires
argileux une nouvelle disposition molculaire qui les rapproche des proprits
des .chaux limites ordinaires. Les grands principes de l'hydratation, favo-
rise par la chaleur ou attnue par l'aspersion incomplte, donnent encore
ici des produits classs dans les chaux hydrauliques ou dans les ciments; mais
ces produits sont alors dous d'une cohsion Irs-remarquable : nous sommes
parvenu ainsi fabriquer ries ciments qui ont pu rayer le marbre.
. n Les produits qui donnent les plus grands rsultats en ce genre , sont ceux
qui proviennent de calcaires argileux, riches en alumine; ce sont ceux qui
prouvent au feu la contraction la plus prononce.
Il rsulte de ce qui prcde, que les produits varis de la cuisson des
calcaires ont chacun une utilit diffrente, et que tous peuvent tre utiliss,
incuits ou brls. - .^ ....:.. /ij. - _
>' Les consquences pratiques de ces observations sont telles, que l'on
pourra maintenant obtenir conomiquement les mortiers hydrauliques dans
presque tous les lieux o gisent des masses calcaires, et mettre profit les
C H. i85o, a"Semej((e. ;T. X\XI, X" 3.) " 9.
( 58 )
produits divers de la cuisson ia{ale, telle qu'elle s'opre dans les foui-s
ordinaires.
Depuis quinze ans nous avons nous-mme contribu fonder des ta-
blissements o l'exprience a sanctionn notre thorie des chaux limites , des
sos-carbonates, des chaux vieillies. 3ooooo mtres cubes de maonnerie
du chemin de fer de Marseille Avignon donnent une clatantesanction
un systme de production des matires hydrauliques. A l'heure qu'il est , les
environs de Marseille offrent i oooooo de mtres cubes de maonnerie tablis
d'aprs un systme devenu populaire dans la contre, et qui permet de con-
struire en maonnerie hydraulique au prix que l'on mettait auparavant la
btisse en chaux grasse.
PHYSIOLOGIE. Nouvelles recherches sur les rapports qui existent entre
la prsence du goitre dans un pajs et la nature gologique du sol.
(Extrait d'une Note de M. Grange.)
(Commission nomme.)
jf Je viens de parcourir une partie du Pimont et spcialement les grandes
valles qui dpendent du mont Vizo et du mont Blanc, et j'ai recueilli pen-
dant ce voyage de nouvelles preuves l'appui des opinions que j'ai non-
ces sur la cause du goitre et du crtinisme. J'ai rapproch mes observations
de celles de la Commission de Turin , sous le rapport de la distribution go-
graphique du goitre et du crtinisme.... M. Sismonda, membre de la Com-
mission et auteur d'une carte gologique du Pimont, a bien voulu me prter
le secours de ses connaissances spciales; nous avons compar ensemble la
carte du goitre et la carte gologique, et nous avons reconnu que le fait que
j'ai signal, la prsence du goitre et du crtinisme sur les terrains magn-
siens, se vrifiait parfaitement en Pimont. Je choisirai la valle d'Aoste pour
donner un exemple de ces phnomnes.
" De Turin Ivre on traverse ces magnifiques plaines couvertes de di-
luvium alpin. A Calmet on rencontre quelques goitreux; ils deviennent plus
nombreux Ivre, qui est la clef de la valle d'Aoste. Dans toute la partie
infrieure du cours de la Doire , on trouve du terrain schisteux recouvert
par des couches de diluvium , et et l des masses de granit. Ces forma-
tions sont domines par des montagnes de calcaires mtamorphiques ; les
personnes affectes de goitre ne sont pas trs-nombreuses. Au del de Bard ,
ou rencontre Ips terrains magnsiens proprement dits, qui ont t soulevs.
( 59 )
par des masses de serpentine, d'amphibole et de schistes talqiieux; tous ces
calcaires sont dolomitiques et sont habits par des populations gravement
frappes par le goitre et le crtinisme. C'est spcialement entre Serres et
Morgex que ces affections font le plus de ravages. Les sources qui alimentent
les populations laissent dposer du tuf, partout on rencontre des cargneules,
et auprs de ces roches des sources qui contiennent une assez grande quan-
tit de sulfate de magnsie pour tre purgatives.
" D'Aosl je suis all au grand Saint-Bernard, et dans cette valle du
Saint-Bernard, j'ai recontr le goitre jusqu'au dernier village. Saint-Remy,
situ sur Une formation de micaschistes, est seul l'abri de cette maladie.
" Dans la valle d'Entremont, cette formation de micaschistes que nous
avons vue succder, Saint-Remy, aux calcaires mtamorphiques, s'-
tend jusqu' Orcires, un niveau de beaucoup infrieur Saint-Remy, ,
et tout cet espace, occup par cinq villages et un grand nombre de hameaux,
est entirement prserv du goitre. A Orcires on voit reparatre les cal-
caires et gypses dolomitiques qui s'tendent de l dans le Valais jusqu'
Merell. Avec eux le goitre commence se montrer, et il est trs-rpandu
entre Saint-Brauchier et Martigny, et dans une partie de la valle de
Bagues. ,>,.,u .yi .> <, ,
PHYSIOLOGIE. Recherches sur les modifications qu'prouve le sang dans
sa composition chimique, lorsque les hommes ou les animaux, d'ailleurs
en sant, sont soumis momentanment des souffrances vives et capables
d'user rapidement l'organisme. ( Mmoire de M. Clment, chef des travaux
chimiques l'Ecole d'Alfort. )
(Commissaires, MM. Magendie, Andral, Pelouze.)
Dans ces travaux, dit l'auteur, je me suis propos un double but,
celui de constater d'abord la modification que devait invilablement
prouver le sang dans le cas indiqu, et en quoi consistait cette modifica-
tion; en second lieu, d'arriver par ce moyen, s'il tait possible, expliquer
les phnomnes de la respiration et de la nutrition.
n J'ai consign, dans deux tableaux joints ma Note, les rsultats que
j'ai obtenus. En jetant les yeux sur ces tableaux, on voit que, sous l'in-
fluence de la douleur, le sang perd partie de sa fibriuo, partie de sou albu-
mine , sans perdre de globules, jj ', :t>7fWU:fm * > " 'Ji
" En partant de ces faits, et en comparant la composition chimique du
sang celle des tissus mous (des muscles en particulier), on est conduit
9--
( 6o )
des considrations loutes nonvelles sur le rle qne jouent, dans les fonctions
de la nutrition et de la respiration, la fibrine et l'albumine. Je n'ai pu donner,
dans ma Note, qu'une indication trs succincte des diverses questions qui se
trouvent ainsi souleves; mais ces indications suffiront, je l'espre, pour
faire jufjer de l'intrt qu'il y aurait suivre ces recherches.
CHIRURGIE. Nouvelle mthode opratoire pour la cure radicale des
hernies inguinales. (Extrait d'une Note de M. Valette. )
(Commissaires, MM Velpeau, Lallemand.)
J'ai eu l'hounenr d'adresser l'Acadmie', sous pli cachet, en mai et
novembre 1849, des observations de cure radicale de hernie inguinale, ob-
tenue par un procd nouveau qui m'appartient. Je ne possde pas encore
des faits assez nombreux pour traiter la question dans tous ses dtails;
mais, en attendant, je prie l'Acadmie de vouloir bien recevoir la commu-
nication de l'opration que j'ai imagine pour gurir une affection qui,
jusqu' prsent, a mis en dfaut la puissance de l'art.
Cette opration consiste , i'' refouler dans toute l'tendue du canal
inguinal, et mme au del, un bouchon tgumentaire; 2 le maintenir en
place pendant un temps suffisant; 3 obtenir, an moyen de la cautri-
sation, des adhrences solides, et dans une grande tendue.
L'auteur donne .une description de l'appareil instrumental, description
que nous ne pouvons reproduire, parce (ju'elle ne serait pas suffisamment
intelligible sans le secours de la figure. Qu'il suffise de dire que, lorsque la
hernie a t rduite et que le chirurgien, l'aide du doigt indicateur, a
pouss dans le canal inguinal une sorte de tampon emprunt aux tguments
voisins, une des pices de l'appareil en quesiion vient se substituer au doigt,
et maintenir le tampon en place en le pressant fortement contre la paroi
antrieure du canal, et prenant son point d'appui sur une seconde \nce
qui reprsente, en quelque sorte, le pouce de l'oprateur. Celte seconde
pice est en mtal, et rapproche volont au moyen de la premire,
qui est en bois. Ctllc-ci est creuse d'un petit canal courbe, dans lequel
joue, comme un trocart dans sa gaine, une aiguille suture qui, ((uand on
l'a fait sortir, s'oppose tout glissement rtrograde du tampon dans le canal.
Ija pice mtallique elle-mme, au lieu d'tre pleine, est vide dans le cen-
tre, de manire permettre l'application d'un caustique destin dterminer
la production d'une escarre.
^ Cette cautrisation, pratique au moyen d'une pte de chlorure de
.,it'" ..'
( 6, )
zine, est faite assez profondment pour que l'escarre comprenne rn pais-
seur la paroi antrieure du canal inguinal, et la portion du bouchon qui
est en contact avec elle.
Lorsque IVscarre est limine, des adhrences trs-fortes se sont ta-
blies entre les parties du bouchon et du canal pargnes par la cautrisa-
tion, fj'appareil est enlev la chute de l'escarre (du septime au dixime
jour); l'ulcration se cicatrice avec rapidit, et du tissu inodulairc vient
enpro ajouter la force des adhrences que l'on cherche obtenir.
J'ai pratiqu, dit M. Valette, cette opration sur cinq malades de mon
service; elle est, je puis l'affirmer,. d'une excution facile, d'une innocuit qui
a tonn les nombreu.\ tmoins qui ont vouln suivre mes oprs; enfin, son
efficacit me parat sre. J'espre pouvoir publier un assez grand nombre
d'observations, pour que la question paraisse rsolue ceux qui les liront.
Jusque-l, ma mthode soulvera probablement bien des prventions, mais
elles tomberont devant le tmoignage des faits. Ce qui s'est pass sous
mes youx nie permet d'annoncer, sans hsitation, que le moment n'est pas
loign o les chirurgiens guriront enfin une affection laquelle on n'op-
pose aujourd'hui que des moyens palliatifs.
CHIRURGIE. De l'application du galvanisme , de la chaleur solaire et du
feu au traitement du cancer et de cei tains ulcres de mauvaise nature.
Emploi de la charpie d'corce de chne; par M. Crusell.
(Commission prcdemment nomme.)
L'auteur, ayant reconnu l'extrme importance qu'il y a obtenir la prompte
cicatrisation des plaies qui restent aprs l'ablation de tumeurs cancreuses,
et ayant essay les divers agents thrapeutiques qu'on recommande dans ce
but, avait remarqu que les liquides ou les graisses qu'on emploie commu-
nment comme vhicules du mdicament, produisent des effets fcheux;
ainsi la dcoction d'corce de chne, dont il imbibait les plumasseaux de
charpie, devait tre suspendue au bout de trs-peu de jours. Il imagina alors
de laisser scher compltement la charpie qu'il avait fait macrer dans c< Ite
dcoction, et de s'en servir ensuite ponr le pansement, sans Phumecler de
nouveau. Il assure tre arriv, par ce moyen, conserver l'tat de plaie
simple, jusqu' la complte cicatrisation, des plaies qui semblaient disposes
prendre, faute de celte prcaution, im mauvais caractre.
( 62 )
CHIMIE APPLIQUE. Du sucie et de sa fabrication; par M. Rousseau.
(Commissaires, MM. Theiiard, Boussingault.)
Ce Mmoire, dont la lecture, commence dans la sance du i" juillet,
ne put, faute de temps, tre reprise dans la sance suivante, est renvoy,
sur la demande de l'auteur, l'examen d'une Commission.
M. PoRRo adresse un supplment son Mmoire sur la mesure des bases
trigonomtriques.
(Renvoi la Commissioii prcdemment nomme.)
M. Duvoir-Leblanc prie l'Acadmie de vouloir bien nommer uue Com-
mission en prsence de laquelle il fera des expriences sur un nouveau sj's-
tme de ventilation, et gnralement sur divers moyens qu'il a imagins pour
maintenir, dans une enceinte, l'air un tat convenable de puret et de
temprature.
(Commissaires, MM. Ghevreul, Pouillet, Regnault.)
M. TiFFEREAU soumet au jugement de l'Acadmie une modification qu'il
a apporte au sablier commun. Au lieu de conserver aux deux ampoules de
verre la forme conique, il leur donne la forme de tubes cylindriques dans
toute la portion qu'occupe le sable lorsque l'ampoule est pleine. Une chelle
gradue, dispose comme celle d'un thermomtre, permet, lorsqu'on met
l'instrument en jeu, de reconnatre chaque instant quelle est peu prs
la quantit de sable tombe, et, par suite, combien il s'est coul de temps
depuis qu'on a retourn le sablier. L auteur pense que cet instrument , qui
est peu coteux, pourrait tre utile dans certaines oprations o l'on a ap-
prcier de petits intervalles de temps, sans tre astreint d'ailleurs ime
grande exactitude; il cite, en particulier, les oprations photographiques.
(Commissaire, M. Largeteau.)
GORRESPOIXDAIViCE
M. le Mi.NisTRE DE l'Instructio.v PUBLIQUE deuiau Ic connatre, aussitt
qu'il se pourra, le jugement qui aura t port par la Commission charge
d'examiner diverses communications de M. Hector Carnot relatives aux in-
fluences exerces par diverses causes, et notamment par la vaccine, sur le
mouvement de la population en France.
( 63 )
M. le Ministre de l'Agriculture et du Commerce demande, pour la biblio-
thque de rinstitiu national agronomique, une collection complte des M-
moires de V Acadmie des Sciences.
Cette demande est renvoye l'examen de la Commission administrative.
ASTRONOMIE. Elments elliptiques de la nouvelle plante {Paithnope);
par M. Goujon.
poque, i85o, mai . 26,43o63, temps moyen de Paris
Anomalie moyenne f l'poque , 287 5']' 27" \ j,
Longitude du prihlie ^.r?^ri' 817 .38.42 \ ^^Iq^^^ ^g^o^"
Longitude du noeud ascendant. ......:... . i25. 3.49 /
Inclinaison. 4 -36.51 , . 4' '
Excentricit 0,0966218 (
, , . -
Longitude du nud ascendant. . laS. 3.5i )
Inclinaison 4 36 . 5 1
Excentricit 0,0966209 ((p = 5<'32'4o",6)
Dure de la rvolution. . .... . . . . . .\<,. . 3""', 82788 /
Cette orbite a t calcule sur les observations faites Naples le 18
mai i85o, ltona le 28 mai et Paris le 9 juin. L'observation moyenne
est exactement reprsente. Une observation faite Paris le 5 juillet est
reprsente 10" en ascension droite, et 1" en dclinaison.
(64)
M. Coeur prie l'Acadmie de voiiloii- bien hter le travail de la Commis-
sion qui a t charge -de faire le Rapport sur une Note relative Xapprd-
ciation des sons musicaux, prsente par lui en septembre 1847-
(Renvoi la Commission nomme.)
M. Dupuis-Delcour adresse, l'occasion de la Note insre dans le Compte
rendu de la sance du i" juillet sur l'ascension aronautique de MM. Bixio
et Baral, des remarques tendant tablir que les accidents qui ont termin
cette expdition d'une manire si brusque et l'ont rendue si prilleuse, ne
sauraient tre icnputs un dfaut de prcautions de sa part, et tiennent
seulement aux circonstances atmosphriques.
!\. Joseph Dobrzki adresse des considrations sur le rle que joue Vlec-
tricit dans la nature.
M. Bracbet envoie deux nouvelles Notes ayant pour titre : l'une, Appli-
cation de l'hliostat la photographie ; l'autre, Application de la tl-
graphie Chappe la phongrapfiie.
M. AuBRE prsente une Note sur un procd qu'il a imagin pour la
photographie sur papier. L'auteur exprimant le dsir que le procd dont
il envoie la description ne soit pas divulgu, sa Note sera considre comme
un simple dpt, et conserve sous pli cachet.
L'Acadmie accepte le dpt de deux paquets cachets parvenus dans la
sance du 8 juillet, et adresss, l'un par MM. F. de lx Provostak et P. De-
sains, l'autre par M. Chatim.
PIGES DE LA SANCE DU 13 JUILLET.
AIAIOIRES PRSENTS.
MCANK^Uii APPLIQUE. Mnoirc sur la stabilit des votes;
par M. J. C\RVALLO. (Extrait par l'auteur.)
(Commissaires, MM. Poncelet, Piobert, Morln.)
Depuis longtemps,- les gomtres se sont occups de la question de la
stabilit des votes. Des formules empiriques, des mihodes graphiques,
des mthodes de calcul ont t donnes par divers auteurs , pour la solution
de cette question. L'application des procds graphiques ou de calcul est si
( 65 )
longue, que, le plus souvent, les constructeurs vitent de s'en servir. Us se
contentent de formules empiriques faisant connatre un petit nombre des
lments de la question, et ne donnant jamais le plus important d'entre eux,
la pression maximum par unit de surface, exerce sur les matriaux em-
ploys dans la construction.
L'tude que nous soumettons au jugement de l'Acadmie a pour objet
la dtermination des formules gnrales qui rsolvent le problme de la sta-
bilit des votes, l'application de ces formules aux votes habituellement
employe dans la pratique, et la construction de Tables donnant, pour
chacune d'elles, les lments qu'il est utile de connatre.
Nous nous sommes propos de rsoudre le problme suivant :
tant donns l'qnation de l'intrados d'une vote cylindrique, le poids
du mtre cube de la pierre employer , la pression par centimtre carr
sous laquelle cette pierre s'crase, le coefficient du frottement de la pierre
sur le lit de mortier; dterminer l'extrados curviligne de manire res-
treindre, autant que possible, le cube de la pierre employe, sous la condi-
tion qu'aucun glissement n'ait lieu, et qu'en aucune des artes des plans de
joint la pression n'excde le dixime de celle qui produit l'crasement.
Imaginons une section de la vote faite par un plan normal aux gnra-
trices du berceau. Il suffira d'tablir les conditions de stabilit du systme de
forces situ dans ce plan, sans s'inquiter des dimensions perpendiculaires
qu'on peut toujours supposer rduites l'unit et symtriquement places
droite et gauche de ce plan. Nous admettrons que les mortiers ont fait prise
assez fortement pour que leur densit soit identifie celle de la pierre dont
ils forment les joints , et que leur adhrence dtermine la valeur du coefficient
du frottement sur les plans de joint.
" Considrons sur cette section la trace de l'un des plans de joint : les vous-
soirs situs au-dessus exercent, sur la surface de ce plan , des pressions dont
la rsultante coupe le joint en un certain point M. Le lieu de tous ces points M
est la courbe des pressions, courbe directrice du cylindre des pressions dont
les artes sont parallles celles du berceau.
" La solution du projslme se trouvera dans l'tude des proprits de
cette courbe.
MDECINE, De l'action fbrifuge de l'alkekenge ou coquerei des vignes;
par M. Gendron.
(Renvoi la Commission prcdemment nomme.)
Les nouvelles observations rapportes dans ce Mmoire tendent cou-
C R., 50, "" Semeilre. (T. XXXI, N S.l 'O
( 66 )
firmer* ce que l'auteur avait avanc dans ses deux prcdentes communica-
tions sur l'emploi avantageux qu'on peut faire des capsules d'alkekenge dans
le traitement des fivres intermittentes. M. Gendron reconnat cependant que
les esprances qu'il avait conues de pouvoir substituer, dans tous les cas,
ce mdicament d'autres fbrifuges plus coteux, ne se sont pas compl-
tement ralises. Aujourd'hui, une longue srie d'expriences lui a permis de
distinguer les circonstances o ce remde est principalement indiqu, et de
mieux dterminer les doses auxquelles il convient de l'administrer; celles
qu'il avait indiques taient d'abord beaucoup trop faibles , et il n'est pas
tonnant que les mdecins qui ont suivi ces indications aient eu signaler
assez frquemment un dfaut de succs.
M. Gendron a tudi l'action des diverses parties de la plante. Les pro-
prits fbrifiiges rsident plus particulirement dans les capsules et les
baies; elles sont plus prononces quand on se sert des fruits qu'on a laisss
mrir sur la tige et y subir un commencement de dessiccation : la rcolte s'en
peut faire en octobre, et, cette poque, le mdicament semble agir plus
nergiquement. Cependant les baies sches une chaleur d'tuve, rduites
en poudre et conserves l'abri de l'air et de la lumire, conservent leurs
proprits d'une anne l'autre. La poudre des capsules isoles est trs-
amre; celle des baies est, de plus, notablement acide. M. Gendron a pu,
sans inconvnient, donner par jour jusqu' 3o grammes de cette poudre eii
deux fois; la dose la plus habituelle d'ailleurs est de lo 12 grammes.
GOMTmu. MiTioire sur la thorie des courbes; par M. Yozot.
(Commissaires, MM. Cauchy,Binet.)
STATISTIQUE. De la population nubile de la France quinze ans
d'intervalle {en 1824 ^t i83g); par M. Hect. Garnot.
(Commission prcdemment nomme.)
MDECINE. De V quilibre du calorique appliqu l'organisation de
l'homme , soit en sant ^ soit en maladie; par M. Wariner.
(Commissaires, MM. Balard, Rayer.)
L'auteur, qui, dans de prcdentes communications, s'tait dj occup
de la mme question dans le cas particulier de la fivre typhode , considre
ici, d'une manire plus gnrale, les effets qui peuvent rsulter d'une l-
vation ou d'un abaissement de la chaleur animale, et de l'utilit que peut
(67 )
avpir, pour l'art de gurir, l'emploi des moyens dont l'effet immdiat est
de ramener au type normal la temprature, soit de tout l'ensemble du
corps, soit d'un organe en particulier.
M. PoRRo adresse , comme deuxime supplment son Mmoire sur un
appareil destin la mesure des bases trigonomtriques , des observations
sur le degr d'exactitude d'une opration faite avec cet appareil.
(Renvoi la Commission prcdemment nomme.)
M. Vallot adresse, de Dijon, un spcimen d'une Renonculace qui vient
d'tre dcouverte dans les environs de cette ville, et dont il n'a trouv la
description ni dans Xa. Flore de la Bourgogne , m dans la Flore de la Cte-
d'Or, ni mme dans la Flore franaise.
Le spcimen, avec la Note qui l'accompagne, est renvoy l'examen d'une
Commission compose de MM. de Jussieu et Brongniart.
M. Lelli soumet au jugement de l'Acadmie un Mmoire crit en italien,
sur le systme du monde en gnral, et en particulier sur notre sjstme
solaire.
M. Largeteau est invit prendre connaissance de ce Mmoire et faire
savoir l'Acadmie s'il est de nature devenir l'objet d'un Rapport.
M. PiOBERT est adjoint la Commission charge d'examiner les communi-
cations de M. Gaucherel et de M. Hossard, sur les meilleures conditions
donner aux triangles godsiques.
CORRESPONDA.^CE
M. le Ministre DE lInstruction publique transmet une circulaire imprime
d'un mtorologiste anglais, M. E.-P.-B. Martin, qui demande des rensei-
gnements sur ce qui a t observ en France pendant l'ouragan des 29, 3o
et 3i mars dernier, ouragan qui a exerc ses ravages dans le sud de l'Angle-
terre et s'est fait aussi sentir sur divers points du continent.
Une Commission, compose de MM. Babinet, Laugier et Mauvais, aura
examiner la question de savoir s'il est possible de recueillir sur ce sujet
assez de renseignements pour en faire l'objet d'un Rapport.
M. BoussiNGAULT Communiqu l'extrait suivant d'une Lettre que lui a
adresse de Quito M. Wisse, en date du 9 mai i85o.
10..
(68)
J'ai l'honneur de vous adresser la relation d'une expdition que nous
sommes alls faire, M. Garcia Moreno et moi, auSanga, volcan des Andes
de l'Equateur.
Ma relation crite est accompagne d'une carte de Riobamba au Sanga,
d'une vue du volcan, et d'une feuille de dtails gologiques.
Les chantillons que j'ai recueillis au volcan vont partir avec un nouvel
envoi de roches que je vais faire. Us n'an-iveront en France probablement
que vers le mois d'octobre prochain.
Je suis toujours rsolu effectuer mon retour par les Andes de la Nou-
velle-Grenade et aller dboucher Cartagena , sur l'Atlantique. Il y a une
petite difficult : le cholra a envahi tout le territoire grenadin, il a remont
tout le Magdalena, il est Neiva, et nous apprendrons bientt qu'il est
Popoyan, o il arrivera en remontant le Cauca. Il est Bogota o il fait
de grands ravages. Ainsi il n'y a plus d'altitude qui l'arrte : on l'attend
Quito.
M. Eue de Beaumoimt fait remarquer, cette occasion , que dj on avait vu
la mme maladie svir sur des populations qui habitent, dans les montagnes
du Tyrol, des lieux dont l'lvation est considrable, quoique bien moindre
que celle de Bogota.
CHIMIE. De faction des bases sur les sels, et en particulier sur les
arsnites ; par M. Alvaro Reynoso.
On admet gnralement que, lorsqu'on traite par une dissolution
alcaline un sel dont l'oxyde est insoluble , cet oxyde se prcipite sans se
redissoudre, moins qu' l'tat de libert il ne soit soluble dans un excs
d'alcali avec lequel le sel qui le renferme a t mis en contact.
En tudiant l'action de la potasse et de la soude sur les arsnites, j'ai
t conduit observer quelques faits, qui, s'ils ne sont pas prcisment con-
traires la rgle gnrale que je viens de citer, prouvent tout au moins que
ce phnomne de prcipitation est quelquefois intimement li la nature
du sel surnageant le prcipit; de telle sorte que, dans certains cas, ce sel
pourra dterminer la dissolubilit de l'oxyde.
Ainsi, par exemple , les oxydes de cuivre, d'urane, de cobalt, de nickel ,
d'argent, de mercure et de sesqui-oxyde de fer, tant insolubles dans la potasse
et dans la soude, quand on verse de la potasse ou de la soude dans les ars-
nites de ces bases, il devrait y avoir simplement prcipitation de l'oxyde
insoluble, et formation d'arsnite de potasse ou de soude, sans qu'un excs
( 69 )
de potasse dt exercer aucune action sur l'oxyde. Cependant j'ai trouv
que les arsnites de tous ces oxydes sont compltement solubles dans la po-
tasse, quoique l'tat de libert ces oxydes y soient insolubles.
L'arsnite de fer est trs-soluble dans la potasse.
>' La dissolution de l'arsnite de cuivre est bleue , et se dcompose au
bout d'un certain temps en protoxyde de cuivre qui se prcipite, tandis que
l'arsnite de potasse passe l'tat d'arsniate.
La dcomposition de la dissolution de l'arsnite de mercure est presque
instantane. La dissolution d'argent est incolore, et se dcompose trs-lente-
ment en prcipitant de l'argent en poudre noire. Cette dissolution ne prci-
pite pas avec le chlorure de sodium; au contraire, le chlorure d'argent,
insoluble dans la potasse , s'y dissout trs-facilement aussitt qu'on ajoute de
l'arsnite de potasse. ... w
1) J'ai profit de ces deux proprits de l'arsnite d'argent pour oprer la
rduction des sels de palladium au moyen de l'argent. Voici comme on fait
l'exprience : on verse, dans la dissolution de l'arsnite d'argent dans de la
potasse, du chlorure de palladium auquel on a ajout d'avance de l'arsnite
de potasse. On ne tarde pas voir se former un prcipit de poudre noire,
qui contient de l'argent et du palladium mtalliques. Le chlorure de platine
est rduit beaucoup plus vite que celui de palladium. Il est remarquer
que, dans ces ractions, l'arsnite d'argent se dcompose plus vite que quand
il est seul. . ;; f^;, ,.,
Les arsnites de cobalt , de nickel et d'urane ne se dissolvent compl-
tement dans la potasse et dans la soude qu' l'tat naissant. Pour cela, il
faut se servir de l'arsnite de potasse avec un grand excs de potasse , et
verser cette dissolution dans un sel soluble de cobalt, de nickel ou d'urane.
>' Ces ractions peuvent facilement se comprendre , en admettant que
l'arsnite de potasse peut former, avec la combinaison de la potasse avec ces
oxydes, un sel double soluble, et que c'est sous cette influence que leur dis-
solution est dtermine. Quand on fait agir la potasse sur un sel insoluble
dont l'oxyde est lui-mme soluble dans un excs de potasse, il ne peut y avoir
de dissolution qu' la condition de la formation d'un sel double soluble. Ainsi,
par exemple , j'ai constat que l'arsnite de plomb est insoluble dans la po-
tasse. La preuve que ces ractions dpendent de la nature du sel form, c'est
que l'arsnite de plomb, insoluble dans la potasse, est compltement soluble
dans la soude.
n Quand on verse de la potasse dans un sel insoluble , elle s'empare d'a-
bord de l'acide , et l'oxyde , mis en libert , restera sans action sur le sel
( 70 )
form, car il est insoluble; mais si l'on y ajoute un excs de potasse, et que
l'oxyde y soit soluble , alors, si la combinaison de cet oxyde avec la potasse
ne peut se combiner au sel surnageant , on aura deux sels solubles en pr-
sence , qui, pouvant former un sel insoluble par leur dcomposition, rg-
nreront les sels primitifs. Cependant ce cas est le plus rare, car l'exprience
a prouv que presque tous les sels de potasse ont la proprit de former un
sel double soluble avec les oxydes solubles dans la potasse.
Pour l'ammoniaque , j'ai constat la dissolution de l'arsnile de sesqui-
oxyde de fer.
1 En rsum, il peut y avoir quatre cas dans l'action d'un excs de potasse
sur les sels insolubles :
>' i". Certains oxydes solubles l'tat de libert dans la potasse , et for-
mant des sels doubles solubles avec tous les sels de potasse , on peut observer
la dissolution en toute circonstance ;
2". D'autres fois , des oxydes solubles dans la potasse, l'tat de libert ,
formeront des sels insolubles dans la potasse quand l'acide sera de nature
ne pas former un sel double soluble avec la combinaison de l'oxyde avec
la potasse;
n 3. D'autres oxydes insolubles, l'tat de libert, dans la potasse,
pourront nanmoins former quelquefois un sel double soluble, et, par
consquent, se dissoudre quand on les mettra en contact avec la potasse
l'tat naissant , en prsence du sel de potasse auquel ils peuvent se combiner.
4- Lorsque l'oxyde est insoluble dans les alcalis, il se prcipite, sans
se redissoudre, quand on traite, par un excs de base alcaline, le sel qui le
renferme. Ce dernier cas se prsente lorsque l'oxyde prcipit ne peut for-
mer un sel double soluble.
MM. Af/vuREL et Jatet demandent (|ue la machine calculer qu'ils ont
soumise au jugement de l'Acadmie soit admise concourir pour le prix de
Mcanique.
(Renvoi la Commission du prix de Mcanique.)
M. DE IVoRiEGA. prsente une Note sur la manire de faire servir les
oiseaux la direction des arostats.
M. J. Samuel exprime le dsir que l'Acadmie intervienne auprs de
l'Administration pour la rorganisation d'un corps (C arostiers .
M. MoREAU DE Saint-Ludgere demande si un Mmoire qu'il avait prsent
au concours pour les prix de Mdecine et de Chirurgie de 1837, et qui n'a
( 7 )
pas t mentionn dans le Rapport de la Commission, peut tre prsent un
nouveau concours.
li'Auteur peut prsenter sur la mme question un nouveau travail, mais
non le premier Mmoire.
M. BousiGUEs adresse des spcimens de photographie sur papier, obtenus
au moyen d'un procd nouveau qui permet d'obtenir directement des
preuves positives. Il adresse, sous pli cachet, la description de ce procd
qu'il croit tre en mesure de porter promptement un plus haut degr de
perfection.
Le dpt de ce paquet cachet est accept.
A 5 heures l'Acadmie se forme en comit secret.
La sance est leve 6 heures. F.
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
li'Acadmiea reu, dans la sance du i5 juillet i85o,les ouvrages dont
voici les titres :
Comptes rendus hebdomadaires des sances de l' Acadmie des Sciences;
a* semestre 1 85o ; n 2 ; m-^.
Institut national de France. Biographie de Lazare-Nicolas-Marguebite
Carnot, Membre de la premire classe de l'Institut de France (Section de
Mcanique);par M. Arago, Secrtaire perptuel de l'Acadmie des Sciences,
lue le lundi 21 aot 1837. (Extrait du tome XXII des Mmoires de l'Aca-
dmie des Sciences.) Paris, i85o; in-4-
Sur la meilleure forme donner aux triangles dans les levers trigonomtri-
ques; par M. PiOBERT; \ feuille in-8.
Etudes sur les irrigations de la Campine et les travaux analogues de la
Sologne et d'autres parties de la France; par M. Herv Mangon. Paris,
i85o; un vol. in-8.
Muse d'anatomie de la Facult de Mdecine de Strasbourg. Histoire des
polypes du larynx; par M. C.-G. Hermann. Strasbourg, i85o; in-fol.
Bulletin de l'Acadmie nationale de Mdecine; tome XV, n 19; i5 juil-
let i85o;iQ.8.
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1 oo ^* r- (j; !> o Cien t)COPOtO OcOo O W) 00 ^*
PI PI C;t - CO en CO r^^)-'0 CO r^ r- c^ro m o pi co o r-co "-d- - co o
o^'Oiomioioint^mioioioin v:^o >n 'X '-O '~ t> vo "-a lo a5 ai Cl o - a:^ r^ co t^oo vo v^x c^oo oo o oo o^m m ct->*vj- c^ c^ a~.oo pi
~_,-PJM~Plpl-.-.~---PI-~PlPIP!Pl-- ~pl
++++++++++++++++++++++++++++++ +++
+
vH- - PI m c^vt- PI m o PI ^ttoo m ^rt- PI r^xi - ^^^^d-oo popioopin v^c^pi ^
PO PI o - a;r^-ooo v:i-va- oo co ai O^sj-co vjj-co oo oioo O". pi c^co pi o ^* oo - oo Oi
-coco o > ~comco a.v^^o '~*to t r^co cico o pico oooco "^^ PI ai
5t^<^'^'nmnioto>oniomm ^*>o iotocoo^^o)<^. J'en tais ici de ma Lettre, lorsque M. le docteur Fiarrey est venu me
communiquer une autre observai ion qu'il a faite avec beaucoup de soin
avaut-hier lundi 8 juillet g^i'5'^ du soir. Les points de repre qu'il avait
pris trs-exactement donnent, pour la trajectoire apparente du bolide,
. ( Ascension droite . 118 3o'
^ (Distance au ple nord. . . 37
, ,. . . ( Ascension droite. 64 3o'
Point de disparition ..< ^. .1 .
"^ ( Distance au ple nord . . . 29
Dure de l'apparition, trois secondes. clat du bolide beaucoup plus
vif que celui de Jupiter.
Enfin les journaux de Toulouse d'aujourd'hui annoncent que le
I. 22 juin vers 1 1 heures du matin, par un trs-beau temps, on entendit
Ovido (Espagne) un bruit trange dans une rgion de dix lieues, et l'on
.1 vit daiis l'air une espce de trombe de feu. On crut d'abord que c'tait
" l'effet d'un tremblement de terre ou bien de quelque phnomne lec-
trique ; mais plus tard on apprit que ce fait singulier tait le rsultat
d'un arolithe tomb dans la direction de Proaza , trois lieues d'Ovido
et huit de Gison. Dans cette dernire ville, on pensa que c'taient des
.' coups de cunon tirs sur mer par quelque btiment.
AIMOIRES LUS.
ZOOLOGIE. Recherches et rsultats d'observations de murs des animaux
nuisibles aux grands approvisionnements de bois de marine; par
M. L. Laurent (de Toulon). (Extrait par l'auteur. )
(Renvoi la Section d'Anatomie et de Zoologie. )
1. TiCs espces de Tarets que j'ai observes Toulon, Rochefort,
fjrient, Brest et au Havre, sont le Taret naval, le Taret d'Adanson , le
Taret bipalmul de la Mditerrane, et 4'espce dcrite et figure par
Sellius sous le nom de Teredo marina.
( 75 )
Ces observations, jointes celles que j'ai pu faire Nantes et Paris,
me permettront de prsenter des dterminations nouvelles l'gard du
genre Taret.qui confirmeront les tudes dj faites par M. de Blainville.
" 2". Mes ludes, pendant peu prs tous les mois de l'anne, sur le
laret naval , m'ont conduit considrer celte espce comme ovovivipare et
hermaphrodite se suffisant elle-mme. Les documents bibliographiques
et iconographiques, et des communications qui m'ont t faites par M. de
Blainville, me portent considrer comme tant aussi ovovivipares et her-
maphrodites, le Taret bipalmid, le Taret nucivore et le Taret dcrit par
Sellius. Je suis donc trs-port croire que la majorit des espces de Tarets
est ovovivipare et hermaphrodite , mais je ne puis encore me prononcer sur
ce point l'gard du Taret d'Adanson.
3. Les tudes ovologiques et embryologiques que j'ai faites principa-
lement sur le T^ret naval, en les comparant celles faites sur les ufs et
les embryons de l'Hutre commune {Ostrea edulis) , confirment ce qu'on
sait dj de l'ovologie et de l'embryologie des Mollusques acphales.
" J'ai d m'attacher bien dterminer les particularits de murs qui
permettent de considrer les ufs , les spermatozodes et les embryons in-
cubs, comme compltement inoffensifs l'gard des bois. C'est ce que j'ai
fait, et il m'a t facile de constater que les produits de la gnration des
Tarets dans ces trois tats ne peuvent, en aucune manire, exciter la solli-
citude des agents chargs de la surveillance des grands approvisionnements
de bois dans des fosses d'immersion, approvisionnements constamment pr-
servs des attaques de ces animaux qui ne peuventjamais pntrer dans ces
fosses.
4- H n'en serait pas de mme l'gard des fosses d'immersion semi-
naturelles, dans lesquelles les Tarets, l'tat de jeunes ou de larves, ont pu
s'introduire, attaquer les bois et se reproduire mme prs des portes des
cluses. Mais nous avons vu que la rpression de leurs ravages est prompte ,
puisqu'on possde les moyens de les tuer en remplissant ces fosses d'eau
douce, et'en l'y laissant sjourner quelques jours. L'eau douce pure eu
abondance suffit seule pour tuer les ufs, s'ils taient pondus, les sperma-
tozodes , s'ils taient jaculs, et les larves ou les jeunes Tarets encore libres
qui s'introduisent dans ces fosses, et enfin les Tarets adultes qui ont dj
attaqu les bois placs prs de l'embouchure de ces fosses semi-naturelles.
Les agents del surveillance et de la conservation des bois de la marine
sont donc parvenus, depuis plusieurs annes, instituer et pratiquer avec
succs les deux mthodes les plus importantes pour la conservation des
II..
( 76 )
bois, soit dans l'eau douce (Rochefort), soit dans l'eau plus ou moins sau-
mtre (Toulon et Brest). Ces deux mthodes, disons-nous, sont les plus
importantes, puisque Tune est prventive, compltement et constamment,
et l'autre rpressive promptement et toujours efficacement.
Le perfectionnement des mthodes de conservation des grands appro-
visionnements de bois, obtenu dans les trois premiers grands ports militaires,
est en voie d'application Lorient et Cherbourg, o l'on a recours encore
l'envasement.
La partie de l'hisloire naturelle des murs des Tarets, dont la connais-
sance est, au point de vue pratique , la plus importante pour MM. les ing-
nieurs, nous a paru devoir tre, et est en effet, la dtermination exacte de
l'tat dans lequel les Tarets s'introduisent d'abord dans les fosses d'immersion
et ensuite dans les bois.
MM. les ingnieurs, conservant toujours les traditions du clbre
Duhamel du Monseau, pensaient, d'aprs lui, i" que les Tarets jettent
leur fiai j ou pondent des ufs pendant la belle saison seulement; i" que
lejraides Tarets nest d'abord qu'une glaire trs-dlie ; 3 que cette glaire
ou le frai dpos sur les bois finit parclore, et que les Tarets s'introduisent
alors dans les bois. Or le frai (ufs et sperme) n'a jamais t observ par
MM. les ingnieurs , ni mme par M. Sganzin, directeur des travaux hydrau-
liques Lorient , qui a tent vainement de le dcouvrir en observant la
loupe. Nous n'avons jamais vu nous-mme aucun individu des trois espces
que nous avons observes le plus frquemment pondre des ufs ni jaculer
du sperme, et nous avons vu , au contraire, si souvent et si constamment tous
les individus placs dans des vases o ils vivaient trs-longtemps, expulser
leurs petits l'tat de larves , que nous avons d tre conduit naturellement
penser que le Taret naval , dont tous les individus que nous ouvrions , mme
quelquefois dans un trs-jeune ge , contenaient en mme temps des ufs
dans l'ovaire et des embryons plus ou moins avancs dans leur dveloppe-
ment , que nous avons d penser, disons-nous,, que le Taret naval tait
ovovivipare et hermaphrodite se suffisant lui-mme. Nous avons cru en-
suite pouvoir induire de ces observations, dont les rsultats taient constants,
que les deux autres espces (le Taret bipalmul et le Taret nucivore), dont
on a vu et figur des individus pleins d'embryons , devaient aussi tre ovo-
vivipares et hermaphrodites suffisants. Mais, nous le rptons ici dessein,
.nous n'avons jamais vu les nombreux individus de l'espce Taret d'Adansou
que nous avons observ, pondre des ufs ni jaculer du sperme, ni contenir
des embryons divers degrs de dveloppement
. ( 77 )
Fje point le plus intressant et le plus curieux de la vie des Tarets, est
le moment o le petit, sous la forme d'une larve, pourvue d'une couronne
de cils natatoires (comme les petites Hutres) et d'un long pied (qui manque
toujours dans les larves d'Hutre), aprs avoir nag dans les vases et souvent
en s'levant du fond la surface de l'eau et descendant de nouveau pour re-
monter encore , aprs avoir ainsi manuvr pendant environ vingt-quatre
heures, vient marcher avec son pied linguiforme trs-long, soit au fond,
soit sur les parois des vases, pour y chercher le bois dans lequel il doit p-
ntrer. Aprs s'tre promen, la manire des Chenilles arpenteuses, pen-
dant quelque temps la surface de petits morceaux de bois choisis pour se
prter nos observations microscopiques , nous les avons vus se placer dans
les sinuosits de la priphrie, surtout dans les sillons qu'offre la surface des
rayons mdullaires du bois entre les couches formes par les faisceaux
ligneux. .---i-f ^;,v.-'Ti>-T'';cfi)'i' <.--
Le jeune Taret, dont la coquille bivalve es sphrode, trs-lisse et jau-
ntre, se niche sans peine dans les sillons, et, par la pression qu'il exerce
en se mouvant de droite gauche et vice versa, produit facilement un petit
godet pour y loger la moiti de son corps. Ce godet est le pi*emier commen-
cement du trou etdu canal qu'il doit creuser dans l'paisseur du bois. >
" Aussitt nich dans ce godet, le jeune Taret se recouvre d'une couche
de substance muqueuse qui se condense, brunit un peu, et offre au centre
un et quelquefois deux petits trous pour le passage des deux siphons. Cette
premire couche, qui le lendemain et surtout le troisime jour devient cal-
caire, est le commencement du tube de l'animal. On ne peut voir ce qui se
passe au-dessous, cause de son opacit. Mais en sacrifiant et dtachant du
bois les jeunes Tarets , le deuxime et le troisime jour, on reconnat que
l'animal scrte avec une trs-grande promptitude une nouvelle coquille
i)lanche sons une forme tout fait semblable celle de l'adulte.
Celte nouvelle coquille, toute parseme de stries dentelures trs-fines,
dborde promptenient la coquille embryonnaire. L'apparition de la nouvelle
coquille concide si exactement avec la trbration du bois et la formation
rapide d'un trou relativement profond, qu'on doit la considrer videmment
comme l'instrument principal de ta perforation. D'ailleurs, le jeune Taret
mange les molcules du bois rp et en rend les fces. Pendant que la nou-
velle coquille fonctionne et grandit trs-rapidement, la coquille embryon-
naire adhrente la face externe et postrieure de la nouvelle, s'use et dis-
parat graduellement de haut en bas (c'est--dire du dos vers le ventre), soit
par absorption, soit par l'effet des frottements ritrs contre les parois du.
( 78 )
trou fait dans le bois , frottements qui rsultent des mouvements des deux
valves qui agissent chacune comme une rpe fine sur la priphrie du bois
sans cesse ramolli par l'eau. A cette poque, il serait impossible de recueillir
un suc acide fourni par l'animal pour faciliter la perforation. Il est gale-
ment impossible de constater la prsence du drap marin qui recouvre la
coquille trbrante.
" Le petit tube calcaire a la forme d'un cne sommet mousse, et perc
d'un seul ou de deux trous pour l'accs de l'eau et le passage des siphons.
Au milieu de ce trou du sommet du tube, se voit l'extrmit blanche de
chaque palette, qui n'existe que rudimentairement.
" Je mets sous les yeux de l'Acadmie les prparations l'appui des faits
que je viens d'exposer. Les parties et les formes que je viens de dcrire sont
toutes visibles la loupe.
L'accroissement des jeunes Tarets est trs-rapide dans l'espce Teredo
navalis. Et, chose extraordinaire, j'en ai observ plusieurs qui, quoique
encore trs-petits, contenaient dj des embryons en petit nombre et assez
bien dvelopps.
>' En raison de cette prcocit et de cette grande force de reproduction
du Teredo navalis, soutenue pendant toute l'anne soit Toulon, soit
Brest, on se croit autoris regarder cette espce comme la plus nuisible.
Conclusions.
1. En attendant que la question de la sexualit et celle des modes de
reproduction soient dfinitivement rsolues pour toutes les espces de Tarets
et mme aprs cette solution, le point le plus important dans l'tude des
murs de ces animaux nuisibles est et sera probablement toujotu'S la con-
naissance des habitudes des jeunes Tarets l'tat de larve, et celle de leur
introduction dans les fosses et dans les bois.
2. Cette connaissance nous semble devoir tre considre comme de-
vant servir lgitimer la prfrence qu'on donne aux agents naturels (eau,
sol, air), pour la conservation des grands approvisionnements de bois de
marine.
CHIRURGIE. De l'ablation ou de la destruction des loupes et tumeurs
analogues sans opration sanglante; par M. A. Legr;vnd. (Extrait par
l'auteur.)
(Commissaires, MM. Velpeau, Lallemand.)
Deux faits que j'ai eu l'occasion d'observer m'ont inspir ce Mmoire,
Le premier remonte au mois d'octobre iSSg, et m'a t fourni par ma pra-
( 79 )
tique. Je fus mis en demeure , par une personne de la socit , de lui enlever
plusieurs loupes qu'elle avait sur la tte , sans avoir recours aucune opra-
tion sanglante! J'y russis. J'avais oubli celte affaire, quand, le 22
avril 1844, j'eus constater le dcs de M"* de L... , qui venait d'tre enle-
ve, l'ge de 4"* ans, par un rysiple de la face et du cuir chevelu. Cette
maladie lui tait survenue, alors qu'elle tait pleine de vie et de sant,
la suite de l'ablation de deux loupes, pratique l'aide du bistouri. Ce cruel
vnement me rappela ce que j'avais fait en iSSg, et je crus de ce moment
qu'il tait de mon devoir de rechercher les occasions de faire de nouvelles
applications de la mthode que j'avais institue, et de rassembler les faits
analogues celui que je viens d'indiquer.
1 Je commencerai par dcrire ici le procd que j'emploie. Il consiste
diviser la peau dans toute son paisseur, comme on le ferait avec le bistouri,
par l'application linaire, et plusieurs fois rpte, d'une solution aussi con-
centre que possible de potasse pure, agent qui dtruit toute vitalit dan>
les tissus qu'il atteint. En rptant la cautrisation, toujours sur les mmes
points, l'escarre linaire qu'on obtient gagne en profondeur, et il arrive un
moment o l'on peut saisir la loupe avec une pince et l'enlever. La solution
de continuit se referme comme celle faite par l'instrument tranchant, et
l'on obtient une cicatrice qui ne diffre en rien de celle qui succde la
plaie produite par le bistouri. Si le kyste est trop fortement adhrent, s'il
est multiple, si la tumeur n'est pas renferme dans un kyste, on dtruit les
produits morbides par des cautrisations successives et pratiques sous la
peau. Danse procd comme dans l'ancien, il faut compltement enlever
ou entirement dtruire la membrane propre de ces tumeurs, ou autrement
on s'expose une rechute. J'ai dj eu l'occasion d'appliquer trente-deux
fois cette mthode, et il ne s'est jamais produit aucun phnomne qui pt
faire craindre la venue de l'rysiple , si facilement mortel quand il se
dveloppe sur le cuir chevelu, la face ou dans leur voisinage.
J'ai cru devoir complter la tche que j'avais entreprise, en me livrant
quelques recherches sur la nature intime de ces tumeurs, dont la prsence
constitue presque toujours une difformit , est souvent une incommodit ,
et peut la rigueur (ainsi que j'en ai cit un exemple), mais dans des cas
fort rares, constituer un danger. Pour les recherches microscopiques, je me
suis adjoint M. le docteur Mandl, que 1 Acadmie connat, et voici le r-
sultat de l'examen que nous avons fait de deux loupes, provenant l'une du
cuir chevelu, et la seconde sigeant sur le front. Celle-ci prsentait une en-
veloppe dure, d'une transparence corne, dans laquelle on apercevait de
(8o)
petits points blanchtres dissmins par groupes. En exanninant sous le mi-
croscope de petites tranches Yninces de cette enveloppe, nous avons re-
connu qu'elle tait forme par des lamelles d epithlium. Quant aux petits
points blanchtres, ils nous ont prsent l'aspect de corps granuleux, obscurs
et paraissant forms de graisse.
" fi'intrieur de cette loupe tait rempli d'une matire ayant la consis-
tance du miel, et qui, examine au microscope, nous a prsent les l-
ments suivants : i des cristaux de cholestrine en abondance; a de petites
gouttelettes et des granules.de nature graisseuse; 3 des corps irrguliers gra-
nuleux, jauntres ou noirtres, de nature aussi probablement graisseuse ;
4 des lamelles pithliales, dont quelques-unes seulement taient pourvues
de noyaux, mais la plupart en taient prives; 5 des globules divers
degrs de dveloppement, depuis le globule allong et termin en pointe;
6 des membranes pourvues de noyaux de globules et de fibres. La masse
remplissant le kyste prsentait, dans quelques endroits, de petits corps de
consistance plus solide, mais dont les lments taient identiques aux pr-
cdents.
" De l'ensemble de ces faits, nous avons cru pouvoir conclure que la
tumeur situe sur le front provenait de la transformation pathologique d^une
glande sbace, et que la prsence de tous les lments de dveloppement
que nous venons d'numrer indiquait assez qu'on avait affaire un tissu
en voie d'accroissement; opinion qui concide avec le fait observ, puisque,
depuis quelques mois, la loupe faisait des progrs sinon rapides, du moins
apprciables.
fja loupe que nous avions examine prcdemment nous avait, au con-
traire, paru provenir de la transformation pathologique d'ufi follicule
pileux. On y trouvait aussi tous les lments que nous venons de signaler
pour la loupe situe sur le front, tous, moins la cholestrine cependant.
L'enveloppe ne renfermait pas ces points blanchtres signals plus haut,
mais elle tait pourvue d'un derme solide, et, au fond du sac, ou retrouvait
encore les traces du germe pileux {pulpe du poil).
Mettant profit les recherches des micrographes sur la structure intime
de la peau, j'ai cherch donner une thorie de ce genre de produit patho-
logique. Il reconnat, pour cause la plus directe, une oblitration acciden-
telle du col de la glande sbace ou du follicule pileux, ou bien, il est la
consquence d'une altration des humeurs scrtes par la membrane
interne de ces organes. Mais , chose assez singulire et que je crois cependant
avoir dmontre par des faits, c'est que cette altration peut dpendre
( 8. )
d'une influence congnitale, de sorte que les loupes constitueraient, dans
certains cas, une malade hrditaire. J'ai pu complter mon travail par
l'analyse chimique d'une de ces tumeurs, analyse que je dois l'obligeance
de M. Dumas, aujourd'hui ministre de l'Agriculture et du Commerce.
Voici le rsultat de cette analyse :
6'
La loupe humide pesait. . 7 ,o3o
Aprs avoir t dessche au bain-marie, une temprature
de 100 degrs , elle ne pesait plus que 3, 170
La perte en eau a donc t de .,...'.. ... . .'. . 3, 860
Ou bien en dcimales : matire solide. ......".....'. 4^, 10
Eau 54 , 90
Poids total de la loupe 100 , 00
La dessiccation n'est ici mentionneque pour mmoire, car la loupe ne
nous a point t remise dans un tat permettant une exprience rigoureuse
de dessiccation , qui aurait d tre faite dans le vide une tetnprature de
lao i4o degrs centigrades.
Les 3^% 170 de la matire dessche ont t puiss par l'alcool absolu,
auquel ils ont cdo^^iaS (soit 89 pour 100) de matire grasse, jauntre,
solide la temprature ordinaire, mais facilement fusible.
La loupe puise par l'alcool n'a cd qu'une trace peine perceptible
de matire Tther bouillant.
)' Nous avons voulu nous assurer que , dans le rsidu des oprations que
nous venons d'indiquer, il ne se trouvait pas de matires grasses l'tat de
savon. Dans ce but , nous avons fait bouillir le tout avec de l'eau acidule par
l'acide chlorhydrique. Aprs cette opration, l'eau acidule a t vapore
siccit au bain-marie ; elle a laiss un lger rsida de matires extractives.
FjH portion de matire insoluble a t traite par l'alcool et l'ther auxquels
elle n'a cd qu'une trs-petite quantit de matire extractive jauntre sans
aucune apparence de matire grasse. Nous pouvons donc affirmer que la
loupe analyse ne contenait ni savon, ni graisse saponifie. Le rsidu solide
qui tait rest aprs les premires oprations que nous venons d'exposer,
s'est dissous compltement, mais non sans difficult, dans les acides chlorhy-
drique et nitrique. La dissolution s'est opre en quarante-huit heures envi-
ron dans l'acide chlorhydrique concentr froid; cette dissolution offre la
couleur violette riche qui caractrise les dissolutions d'albumine , de casine
et de fibrine dans ce liquide. Il rsulte de ce qui prcde, que l'on doit con-
sidrer cette loupe comme tant compose essentiellement de fibrine souil-
C R., i85o, a" Semertre. (T, XXXI, N 4.) I^
( 8a )
le par 4 pour loo de son poids de matire grasse. La matire minrale n'a
pas t recherche.
On a voulu s'assurer si la matire soUde ne renfermait pas de matire
susceptible de se transformer en glatine. On a donc fait bouillir celte
matire solide avec de l'eau pendant deux heures environ; le liquide filtr
ne s'est pas pris en gele aprs dix-huit heures de repos. On a ensuite con-
centr le liquide en le faisant bouillir pendant deux heures encore sur la
matire solide. Mais ce second liquide, concentr et filtr , n'a pas prsent
plus que le premier des traces de glatine. Il tait lgrement opalin et
tenait une petite quantit de matire en dissolution. Ce liquide tait prci-
pit parle sublim, le tannin, le protonitrate de mercure (ce dernier pr-
cipit tait trs-abondant); mais l'alcool, les acides sulfurique, nitrique,
chlorhydrique, actique, le prussiate jaune rendu acide, ne le prcipi-
taient pas.
M. Dumas termine cette analyse en regrettant de ne pas avoir eu plu-
sieurs loupes sa disposition. Il aurait voulu , en effet, pouvoir s'assurer de la
prsence ou de l'absence de l'albumine ou du casum, en un mot, des
matires albuminodes que la chaleur coagule pendant la dessiccation au
bain-marie. La recherche des sels et de leur nature serait aussi sans doute
d'un grand intrt.
CHIMIE. Mmoire sur un nouveau mode de dosage de l'tain;
par M. Ch. Mne.
(Commissaires, MM. Pelouze, Bussy.)
Jusqu' prsent, dans les analyses chimiques, on a toujours dos l'tain
l'tat d'acide stannique. La difficult ou plutt le soin minutieux que l'on doit
mettre dans ces manipulations, le temps qu'il faut employer sa prparation,
ses lavages, sa dessiccation, et en mme temps l'inexactitude invitable
de ce procd, font souvent un obstacle et un empchement aux analyses
de ce mtal.
M'tant servi avec succs d'une autre mthode de dosage, j'ai cru qu'il
tait de mon devoir d'en faire part l'Acadmie, et de la soumettre
l'examen des chimistes. Cette mthode nouvelle est fonde sur l'emploi d'une
liqueur titre, c'est assez dire, je pense, qu'elle est d'une simplicit, d'une
rapidit et d'une exactitude que l'on ne pouvait atteindre dans l'autre
procd.
fje principe sur lequel j'ai tabli mon dosage d'tain est bas sur la
(83)
proprit que possde le protochlorure d'tain d'enlever le chlore tout
corps capable d'en cder. Si donc on vient verser une dissolution de per-
chlorure de fer, sel color en jaune rouge, dans du protochlorure d'tain,
sel tout fait incolore, le sel de fer lui cdera i quivalent de chlore pour
le faire passer l'tat de perchlorure, sel incolore, et restera dans la liqueur
l'tat de protochlorure, sel, lui aussi, incolore, >"
Fe'GP + SnCl = 2(FeCI) + SnCl?.
La dcoloration du sel de fer devra donc avoir lieu tant que le sel d'tain
aura besoin de chlorure; mais, sitt que le protochlorure se sera complte-
ment chang en perchlorure, la moindre goutte de la dissolution du sel de
fer colorera vivement la liqueur d'essai , et marquera la fin de l'opration.
Que la dissolution du perchlorure de fer soit titre, et l'on connatra tout de
suite la quantit d'tain qne l'on cherche.
Cette mthode d'analyse est dj si usite et si rpandue dans les labo-
ratoires, que je dois me dispenser de donner ici d'autres dtails que ceux
ncessaires l'analyse mme de l'tain.
Pour cela, on introduit dans un matras d'environ ~ litre, i 2 grammes
de matire analyser avec un mlange de i partie d'acide nitrique et 6 d'a-
cide chlorhydrique; on attaque vivement par une courte biillition, ou
mieux jusqu'au moment o la liqueur devient colore en jaune et sent for-
tement le chlore. L'tain, dans ce moment, se trouve dissous l'tat de per-
chlorure. C'est alors que l'on ajoute du zinc dans le ballon , jusqu' ce que la
liqueur devienne claire, incolore et limpide. Le zinc, en se dissolvant, fait
passer tout l'tain au minimum, c'est- dire qu'il le prcipite l'tat mtal-
lique, mais que l'acide chlorhydrique en excs le redissout immdiatement
et le conserve dans la liqueur d'essai l'tat de protochlorure. A cet instant,
avec une burette gradue on verse la dissolution titre du protochlorure de
fer jusqu' coloration fixe, et l'on dtermine par un simple calcul la pro-
portion d'tain que l'on voulait trouver.
" Il est utile d'ajouter la liqueur essayer une certaine quantit d'eau,
surtout quand on opre sur des alliages qui contiennent du cuivre.
" Quand l'analyse que l'on excute porte sur un mlange d'tain et de
mtaux, comme le cuivre, le plomb, etc. , c est- -dire de matires inatta-
quables ou du moins fort peu attaquables par l'acide chlorhydrique, le
zinc, comme prcdemment, dcolore la liqueur et les prcipite tous l'tat
mtallique, leurs particules se runissent au fond du vase et n'empchent
nullement l'oprateur de saisir le moment de la coloration finale. Quand,
12..
(84)
au contraire, ce sont des mtaux attaquables par l'acide chlorhydrique,
comme le fer, etc., ils restent dans la liqueur l'tat de protochlorure et
ne gnent en aucune faon, puisque leurs affinits pour le chlore sont
mpindres que celle de l'tain et du protochlorure de fer.
>' L'arsenic seul fait exception la rgle; aussi est-il ncessaire de faire
prcder la matire d'essai d'une opration prliminaire. Il suffit, quand
l'tain se trouve alli ce mtal , de le chauffer assez fort quelque temps
dans un creuset brasqu; l'arsenic alors se volatilise, et l'tain, rest seul
avec les autres mtaux fixes, se dissout dans un mlange d'acide, comme je
l'ai indiqu prcdemment.
Enfin, les bases terreuses, comme la chaux, la baryte, l'alumine , ne
mettent aucun obstacle au procd que j'indique.
Avant de terminer tout ce qui est relatif au dosage de l'tain, j'indi-
querai un procd commode et court pour se procurer le perchlorure de fer;
jl est important, en effet, de ne pas se servir d'un sel qui contienne la plus
petite trace d'acide azotique libre, car autrement, dans l'analyse des alliages
d'tain, il agirait sur les autres mtaux, les oxyderait, et causerait invita-
blement des erreurs. Pour fabriquer le perchlorure de fer, je me suis servi
avantageusement du peroxyde de fer, et mieux du colcotar que je faisais
bouillir environ lo minutes avec de l'acide chlorhydrique pur, et que je fil-
trais immdiatement.
" Cette liqueur ne s'altre pas et peut se conserver indfiniment. Le per-
chlorure de fer peut cristalliser par le refroidissement et la concentration ;
mais la perte que l'on prouve , les produits variables et accidentels que l'on
forme, et surtout l'inutilit de ce soin, me font ne pas conseiller l'emploi
de ce sel en cristaux.
Pour titrer une dissolution de perchlorure de fer, il est presque inutile
de dire qu'on doit peser exactement i gramme d'tain, voir en nombre de
divisions sur la burette ce qu'il faut pour le perchlorurer, et le comparer
par le calcul aux rsultats de l'analyse.
n Du reste, l'emploi de ces modes de dosage est dj si simple et si fami-
lier aux chimistes, que je ne dois pas me permettre ici de donner de plus
amples dtails.
(85)
MDECINE. De l'utilit de l'corce de /'Adansonia digitata dans les
fivres intermittentes ; par M. Simon Pierre. (Extrait par l'auteur.)
(Commissaires, MM. Serres, Andral, Rayer.)
Il y a deux annes environ que M. le docteur Duchassaing , mdecin
la Guadeloupe, communiqua l'Acadmie le rsultat de ses expriences sur
l'utilit de l'corce de \ Adansonia dans les fivres d'accs. L'usage de cette
corce lui fut enseign par les ngres, qui l'emploient habituellement pour
combattre les fivres paludennes.
Une certaine quantit de ce mdicament me fut confie par M. Nalalis
Guillot, afin de commencer une srie d'expriences sur des malades. Ces
expriences ont t tentes, depuis deux ans, en Bourgogne, dans une loca-
lit o la fivre est endmique, ainsi qu' l'Htel-Dieu de Paris, dans ces
derniers temps. Les rsultats ont t de nature me permettre d'appeler
l'attention de l'Acadmie sur un mdicament dont l'utilit me semble
incortestable.
Ayant choisi, pour l'administration, des fivres graves , dont plusieurs
avaient persist, malgr l'emploi du sulfate de quinine, j'ai vu mes malades
gurir, et ces gurisons ont t durables.
>> liC nombre des observations recueillies par moi est de sept. Elles eussent
t plus multiplies, si j'avais eu ma disposition une quantit suffisante
de l'corce dont je suis dpourvu en ce moment.
Dans toutes les circonstances o j'ai employ ce mdicament liouvau ,
les accs de fivre taient parfaitement c aractriss et de types divers. Des
malades, les uns vivaient en Bourgogne, les autres venaient d'Afrique, un
dernier venait de La Rochelle; l'un d'eux enfin tait uu mdecin dont l'af-
fection remontait plusieurs mois. Aucun des individus atteints ne prsentait
de ces fivres lgres susceptibles de gurir par le repos au lit.
" L'corce A' Adansonia leur fut administre la dose de 3o grammes en
dcoction dans i litre d'eau; trois doses semblables ont suffi, dans la plu-
part des cas, pour faire disparatre la maladie.
La saveur de celte dcoction n'est nullement dsagrable, et l'action du
mdicament n'est accompagne d'aucun des inconvnients qui peuvent tre
la consquence de l'action du sulfale de quinine.
h' Adansonia digitata est une plante commune au Sngal, o Adansoii ,
qui la dcrivit, la vit employer aux usages que j'indique. Rien ue serait plus
facile que de se procurer de nouvelles corces; et, en considrant le prix.
( 86 )
lev des prparations de quinquina, d'une part, ainsi que les dpenses que le
traitement des fivres intermittentes impose au trsor public; en considrant,
d'autre part , la difficuh que l'on prouve aujourd'hui se procurer du
sulfate de quinine, mme falsifi, on peut croire que l'Acadmie rendrait
un immense service aux populations , en fixant son attention sur les faits que
je prsente, et en provoquant l'introduction en France d'une quantit suf-
fisante d'corces propres servir des exprience plus tendues que celles
dont j'ai l'honneur d'exposer ici les rsultats.
A la suite de cette communication, M. Bussy annonce que l'attention
de l'Administration est dj fixe sur la question que vient de soulever
M. Pierre. Sur les instances de l'cole de Pharmacie de Paris, M. le Ministre
de l'A^riculture et du Commerce a fait venir de nos tablissements du S-
ngal plusieurs centaines de kilogrammes du baobab {Adansonia digitata),
pour tre soumis des essais chimiques et thrapeutiques. M. Bussy s'em-
pressera d'en mettre la disposition des praticiens et des chimistes qui dsi-
reront faire des expriences avec celte substance.
]VIMOIRS PRSENTS.
HYDRAULIQUE. Expriences sur les lois de l'coulement de Veau
travers les orifices rectangulaires verticaux grandes dimensions,
entreprises Metz pendant les trois derniers mois de i8a8 et pendant
les annes 1829, i83r et i834; par i\T. le colonel Lesbros (i). (Extrait
par l'auteur.)
Ces expriences forment deux catgories distinctes relatives, 1 une aux
orifices limits la partie suprieure, l'autre aux orifices dcouverts ou en
dversoir.
Orifices limits la partie suprieure. On s'est beaucoup occup
jusqu' prsent de l'coulement de l'eau se prcipitant librement dans l'air
travers ces orifices, mais dans des conditions qui ne sont pas toujours
celles de la pratique. En effet, les pertuis en usage sont presque toujours
ouverts dans des cloisons plus ou moins paisses, et au lieu d'tre tout fait
(i) Ce travail est adress par M.Jle Ministre de la GcERfee, qui invite l'Acadmie le faire
examiner par une Commission et demande qu'il lui soit adress copie du Rapport dont ce
trava il aura t l'objet.
(87)
isols des parois du rservoir, ils en sont souvent trs-rapprochs, et sont
accompagns , dans l'intrieifr de ce rservoii-, de murs en aile plus ou moins
longs, plus ou moins vass, circonstances qui toutes modifient les lois de
l'coulement. Les auteurs admettaient gnralement que le coefficient par
lequel il fallait multiplier la dpense thorique pour obtenir la dpense
relle, augmentait mesure que la distance entre les bords des orifices et
les parois correspondantes du rservoir diminuait. Mais quelles taient les
lois de cette augmentation dans chaque cas particulier et pour touti^s les
dispositions qui se rencontrent dans la pratique? On tait dans la plus com-
plte ignorance cet gard, et par consquent il tait impossible de calculer
le produit de l'coulement sans s'exposer commettre des erreurs qui pou-
vaient s'lever, pour certains dispositifs et certaines charges, jusqu' ^ et
mme ^ de la valeur relle de ce produit.
Pour dterminer ces lois , j'ai fait onze cents expriences sur des orifices
dont la hauteur a vari depuis 5 millimtres jusqu' 4oo, et la largeur depuis
ao jusqu' 600, avec dix-neuf dispositifs diffrents choisis parmi ceux qui
sont le plus gnralement usits. Au moyen des rsultats obtenus, j'ai con-
struit une Table qui donne, pour chaque ouverture et pour toutes les charges
de liquide sur son sommet, depuis zro jusqu' .3 mtres, les coefficients de
la dpense correspondants aux divers dispositifs. Cette Table est appli-
cable, soit directement, soit par interpolation, tous les pertuis quelles que
soient leurs dimensions, mme ceux, d'ailleurs fort rares, dont le plus long
ct serait plac dans le sens vertical. Eu effet , l'exprience a dmontr que:
i". Ces coefficients ne dpendent que du plus petit intervalle qui s-
pare les bords opposs de l'orifice et restent les mmes, toutes choses gales
d'ailleurs, quelle que soit l'autre dimension de l'ouverture, pourvu qu'elle
n'excde pas environ vingt fois la premire , condition que remplissent
ordinairement les pertuis de la pratique;
2. Pour les orifices dont les cts contigus sont ingaux, les coefficients
de la formule qui tient compte de la hauteur de l'ouverture, sont, galit
de charge sur le sommet, les mmes quand la plus grande dimension est
verticale que lorsqu'elle est horizontale.
Comme il s'tait prsent quelques doutes l'occasion du lever que
j'avais fait en 1827, de la veine fluide jaillissant par un orifice carr de o",20
de ct en mince paroi plane, et entirement isol du fond et des faces du
rservoir, sous une charge de i'",68 sur le centre, j'ai de nouveau lev cette
veine, mais en prenant la fois le contour entier des sections, afin d'viter
toute cause d'erreur. Il rsulte de cette opration , plusieurs fois rpte ,
( 88 )
que, contrairement aux ides reues, la vitesse thorique dne la charge sur
le centre de gravit de la section contracte* est de y^ de sa valeur plus
faible que la vitesse moyenne dans cette section. Pour le mme orifice comme
pour celui de o,20 de largeur sur o,o5 de hauteur, sous une charge de
i,5i sur le centre, daus le cas o leur base est au niveau du fond du rser-
voir et leurs bords verticaux ne sont loigns que de o,02 des faces lat-
rales de ce rservoir, la vitesse thorique est encore de yi-^ de sa valeur plus
petite que la vitesse moyenne dans la section contracte. Pour un orifice de
o,6o de hauteur sur o,02 de base en mince paroi plane, sous une charge
do i^jS.' sur le centre, la vitesse thorique est , au contraire , de -j^ de sa
valeur plus forte que la vitesse moyenne dans la section contracte.
>' Les pertuis sont trs-souvent prolongs au dehors du rservoir par des
canaux rectangulaires dcouverts, d'une trop petite longueur pour que le
rgime des eaux puisse y devenir uniforme. On admettait, d'aprs Bossut ,
que, dans ce cas, la dpense des orifices tait la mme que si le canal n'exis-
tait pas. Pour vrifier ce fait, j'ai excut cinq cent vingt-six expriences avec
treize dispositifs diffrents, sur les mmes orifices que j'avais dj soumis
^ l'preuve sans canal additionnel, afin que les rsultats obtenus dans les deux
cas fussent exactement comparables. Ces observations on fait voir que le
canal, except pour les Irs-forles charges et dans quelques cas seulement,
fait toujours diminuer notablement la dpense, et que, pour les trs-faibles
charges et certains dispositifs, il la rduit environ les f de ce qu'elle serait
si^ l'orifice dbouchait librement dans l'air. L'influence du canal est trs-sen-
sible, mme lorsqu'il est trs-court et fortement inclin l'horizon ; ainsi , le
produit d'un orifice carr de 0^,20 de ct, sous une charge de o'",ai sur le
centre, dans le cas o sa base est au niveau du fond du rservoir et ses bords
sont loigns de o'",oa des faces latrales de ce rservoir, diminue brusque-
ment de Yj (Je sa valeur, lorsqu'on adapte cet orifice un canal de o,74 ^^
longueur, inclin environ 3 de base sur i de hauteur.
" On admettait , d'aprs une savante analyse de M. Navier, que le rap-
port de la vitesse relle dans les coursiers qui prolongent les pertuis, celle
qui est due la hauteur de chute, tait constant pour un mme dispositif.
Les nombreuses oprations que j'ai faites pour dterminer cette vitesse en
divers points des canaux que j'ai soumis l'exprience, et dont les rsultats
sont consigns sur les tableaux dtaills et sur les planches, au nombre de
trente-sept, qui accompagnent mon Mmoire, prouvent au contraire que
ce rapport varie d'un point l'autre du canal pour une mme charge de
liquide, avec la charge pour un mme point du canal , enfin avec le dispo-
( 89 )
sitif qui accompagne Torilict', et mme avec les dimensions de cet orifice.
" Diibuat a tabli, pour calcnler la dpense des orifices lorsque la veine
contracte est recouverte par des remous, une formule f|ui, bien que ne
reposant sur aucun rsultat d'observation, a t gnralement adopte. Mais
elle ne comprend pas le cas, qui peut se prsenter souvent , o la veine con-
tracte n'est recouverte qu'en partie, et, applique dans les autres cas
quarante-neuf expriences que j'ai faites sur ce sujet, elle donne des coef-
ficients qui ne suivent aucune marche rgulire, et diffrenf notablement
de la valeuf uni((ue que leur attribue ce clbre hydraulicien. Les coeffi-
cients de la formule ordinaire de la dpense suivent, au contraire, une loi
parfaitement rgulire, en les ordonnant d'aprs les valeurs du rapport des
charges sur le sommet de l'orifice, mesures en aval au point le plus haut
des remous , et en amont, dans l'intrieur du rservoir, en un point o le
liquide soit stagnant. J'ai dduit de mes expriences une Table des coeffi-
cients correspondants aux diverses valeurs de ce rapport, au moyen de la-
quelle on pourra calculer la dpense, soit que les remous recouvrent la veine
en totalit ou en partie, soit qu'ils ne l'atteignent pas. *
Orrfies dcouverts ou en dversoir. Les dversoirs dbouchant libre-
ment dans l'air ont t, jusqu' prsent, l'objet de beaucoup plus d'exp-
riences en grand que les orifices limits la partie suprieure, parce qu'elles
sont, sous tous les rapports, bien plus faciles excuter pour les premiers
que pour les seconds. Cependant l'valuation de leur dpense prsentait au
moins autant de difficults, cause de l'norme diffrence des rsultats
trouvs par les divers observateurs, dans des circonstances que l'on croyait
identiques. Les expriences que j'ai faites, au nombre de deux cent six, sur
des dversoirs dont la largeur a vari de 20 millimtres 600, avec treize
dispositifs diffrents, choisis parmi ceux qui sont le plus en usage, ont sin-
gulirement clairci la question. Elles ont dmontr que : 1 les faces lat-
rales du rservoir ont de l'influence sur la dpense tant que sa largeur n'ex-
cde pas environ dix fois celle du dversoir, tandis que, d'aprs quelques
auteurs, cette influence serait nulle, et, d'aprs d'autres, elle cesserait de se
faire sentir lorsque la seconde largeur est infrieure un quart de la pre-
mire ; "i? le fond du rservoir, selon qu'il est plus ou moins rapproch de
la base du dversoir, fait, suivant le cas, augmenter ou diminuer la dpense;
3" les obstacles placs par certains exprimentateurs en amont des orifices,
pour amortir la vitesse du courant, modifient sensiblement les lois de l'cou-
lement. En tenant compte de ces faits nouveaux, de la manire dont les
charges de liquide ont t mesures et de la disposition des appareils qui ont
C. B., i85o, a" Semestre. (T. XXXI, N 4. ) l3
( 90 )
servi aux observations, la diffrence entre les rsultats obtenus par les divers
auteurs s'explique parfaitement, et toute incertitude cesse. J'ai dduit de mes
exprieaces uue Table qui doane, pour toutes les charges totales sur la base
des dversoirs, depuis i jusqu' 3o centimtres, et mme, dans quelques
cas, jusqu' i mtre, les coefficients de la formule ordinaire de la dpense
correspondants aux divers dispositifs.
Pour calculer la dpense des dversoirs prolongs par des canaux rec-
tangulaires dcouverts d'une petite longueur, o le rgime des eaux ne peut
parvenir Y uniformit , on n'avait d'autre rgle que celle que Dubuat a
tablie pour les canaux o ce rgime est, au contraire, unijbrme, et qui est
videmment inapplicable au cas dont il s'agit. Afin de combler cette lacune,
d'autant plus fcheuse qu'elle se rapporte des dispositions trs-frquemment
usites, j'ai fait cent six expriences sur huit dispositifs diffrents, et j'en ai
dduit une Table analogue la prcdente, qui donne les coefficients ap-
pliquer la formule ordinaire de la dpense thorique pour avoir la dpense
effective. J'ai aussi dtermin la vitesse relle du liquide en divers points des
canaux; les rsultats des oprations sont indiqus sur les tableaux dtaills
et sur les planches de l'atlas annex mon Mmoire.
Il n'a t fait sur les dversoirs incomplets ou en partie noys qu'une
seule observation, d'aprs laquelle Dubuat, qui en est l'auteur, a tabli ime
formule pour valuer la dpense en pareil cas. Mais, applique quarante
et une expriences que j'ai faites sur cet objet, elle prsente les anomalies
les plus choquantes. C'est pourquoi je propose de lui en substituer une autre
tout aussi simple, et qui satisfait avec beaucoup d'exactitude tous les r-
sultats que j'ai obtenus. J'ai dress une Table des coefficients de cette der-
nire formule pour toutes les valeurs du rapport de la portion de la veine
qui n'est pas noye la charge totale, depuis 0,00 1 jusqu' i.
Les formules servant valuer la dpense des dversoirs supposent,
gnralement , que la charge totale sur la base de l'orifice est mesure exclu-
sivement en un point o le liquide est parfaitement stagnant. Mais la dter-
mination directe de cette charge est souvent trs-difficile et quelquefois
mme impossible, soit cause des obstacles que prsentent les locahts, soit
parce que le fluide, avant son arrive dans la sphre d'activit du dversoir,
est anim d'une vitesse dont, en ralit, la hauteur gnratrice est inconnue.
La charge moyenne dans le plan de cet orifice est, au contraire, en gnral
facile relever; c'est pourquoi j'ai tabli, au moyen ds rsultats de mes
expriences et de celles des autres observateurs, des formules d'interpo-
lation qui, liant cette dernire charge la charge totale dont il s'agit, per-
( 9' )
metlent de dterminer celle-ci en fonction de l'autre, et, par suite, de cal-
culer la dpense effective.
Le travail de M. Lesbros sera examin par une Commission compose de
MM. Arago , Poncelet, Regnault, Piobert et Morin.
CHIRURGIE. Maladie de la conjonctive connue sous le nom r/'ophthalmie
gyptienne; par M. Heinbich.
(Commissaires, MM. Roux, Velpeau.)
VOYAGES SCIENTIFIQUES. Exploration du volcan de Sanga [Rpublique
de l'Equateur) ; par MM. Wisse et Garcia-Mcreno.
(Commissaires, MM. Arago, Dupferrey, Boiissingault. )
CORRESPONDA.NCE.
LECTRICIT ANIMALE. Troisime rponse M. Matteuci; par M. Emile du
Bois-Reymoivd (de Berlin).
u Dans une Lettre imprime dans les Comptes rendus ( t. XXX , p. 479)>
M. Matteucci a rclam la p^yorit de plusieurs dcouvertes d'lectricit
animale que je venais de communiquer l'Acadmie. Dans deux rponses
celte Lettre, successivement insres dans les Comptes rendus (t. XXX,
p. 5i2 et 563), je crois avoir prouv, de la manire la plus vidente et en
m etayant de documents irrcusables, que les rclamations de M. Matteucci
sont dnues de fondement. Ce n'est donc pas sans quelque surprise que j'ai
vu M. Matteucci, peu de tenips aprs, reproduire toutes ses assertions dans
une longue FiCttre qu'il ne s'est pas content de voir insre dans les Comptes
rendus (t. XXX, p. 699), mais qu'il a fait en outre imprimer Florence.
Dans celte Lettre, M. Matteucci dit, au sujet de la discussion qui s'est leve
entre lui et moi, quilfia pas eu l'intention de l'exciter; que trs-volontiers
il l'aurait vite; et que, si cette discussion n'avait pas t porte devant
l'ycadmie, il n'aurait pas os l'en entretenir; quand, bien au contraire,
tout le monde sait que c'est M. Matteucci, et non pas moi, qui est l'instiga-
teur de ce dbat. M. Matteucci dit aussi qu'il ne sait comment qualifier le
sens du dernier paragraphe de ma deuxime rponse, paragraphe dans lequel
je conclus simplement, de ce qui a prcd, que, si M. Matteucci a dans son
portefeuille des expriences indites sur l'influence de la contraction sur le
i3..
(90
courant musculaire, mes publications sur ce sujet, qui datent de i843, se-
ront indubitablement antrieures ses futures publications sur le mme
sujet. En y mettant la meilleure volont du monde, je ne vois pas, en effet,
mme aprs y avoir t rendu attentif par M. Matteucci, ce qu'il y a dVrt-
(junljjiahle dans une conclusion aussi logique. Dans sa Lettre, comme je
viens de le dire, M. Matteucci commence par reproduire ses premires as-
senions que j'ai dj rfutes. Il s'attache ensuite prouver que la loi du
courant musculaire, telle que je l'ai formule, est inexacte; que l'identit du
courant muscidaii-e et du soi-disant courant propre de la grenouille, que
j'ai proclame avant M. Cima et lui-mme, n'est qu'hypothtique; que la
variation ngative du courant musculaire dans l'acte de la contraction, telle
que je la dmontre sur l'hommu et sur la grenouille, est une chimre ; enfin,
que mes mthodes d'investigation sont de tout point vicieuses. A tout cela
qu'ai-je rpondre? sinon que je ne sais trop quelle occasion iVl. Matteucci
a pu avoir de connatre les mthodes qu'il condamne, mais qu'il parat s'en
faire une trange ide; que les faits dont il persiste nier l'exactitude ont
eu pour tmoins dsormais tout ce que l'Allemagne et la France comptent de
savants les plus illustres. Je ne me sens donc pas l'obligation de com-
battre ici, par des dveloppements qui paratraient oiseux presque tout
le reste des savants, les doutes que M. Matteucci peut conserver l'-
gard de mes rsultats. Il n'en est pas ainsi relativement un autre point
de la Lettre de M. Matteucci. J'ai ni, dit-il, et je nie toujours ce fait (le
" fait du courant dvelopp par la contraction du bras), parce que, en fai-
" sant usage du galvanomtre, j'ai obtenu, comme le plus grand nombre
" des observateurs, ou des rsultats incertains, ou des rsultats sans aucun
rapport avec le degr de la contraction et le nombre des lments qui se
>i contractent. Parmi ces observateurs dont les rsultats sont incertains ou
>' en contradiction entre eux, il faut citer M. du Bois-Reymond lui-mme
" qui, dans la communication du i8 mai 1849, P.ai'le du dveloppement
dans la contraction d'un courant inverse, et qui , dans celle du 25 mars
" i85o, dit qu'en oprant sur la grenouille ttanise, il trouve un courant
n direct. Il parat que l'apparente contradiction releve par M. Matteucci
a encore arrt d'autres personnes que lui; j'ai donc eu tort de ne pas parer,
par quelques mots d'explication, au malentendu qui pouvait en rsulter.
Mais je suis tonn que M. Matteucci ait pu trouver, pour sa part , la moindre
difficult dans ce sujet. M. Matteucci, aprs l'avoir ni bien des fois, dit
s'tre convaincu, en i845, de la production, dans tous les animaux, d'un
phnomne semblable au courant de la grenouille. Il doit donc trs-bien
(93)
savoir que ce courant affecte , dans les membres de diffrents animaux, des
directions contraires, de manire tre inverse dans les uns et direct dans
les autres. J'avais dj^ publi ce fait dans mon Mmoire de i843, et j'en
avais donn la vritable explication. Le soi-disant courant propre n'est autre
chose, en effet, qu'un embranchement de la rsultante de tous les courants
qui, dans tous les muscles du membre, circulent incessamment entre leurs
coupes longitudinales et leurs coupes transversales naturelles. La direction
de cette rsultante, dans un assemblage de muscles aussi compliqu que
celui d'un membre, ne peut tre dtermine que par exprience. Mais, s'il
est impossible de prvoir cette direction par thorie, il n'y a, d'autre part,
aucune raison valable pour qu'elle ne varie pas d'une espce l'autre avec
la forme des muscles et leur mode de groupement. Or la variation d'inten-
sit du courant dans la contraction tant toujours ngative, rien n'empche
non plus, par consquent, que le courant qui rsulte de cette variation dans
un circuit o les courants de deux membres se balanaient l'tat de repos
soit, pour le membre contract, direct dans (me espce comme dans la gre-
nouille, et inverse dans une autre comme dans l'homme. J'en viens mainte-
nant au second point de la Lettre. M. Matteucci, comme on l'a vu, nie le fait
de la variation ngative du courant musculaire dans la contraction. Tou'e-
fois, par une contradiction moins facile expliquer peut-tre qne celle dont
je viens de donner la clef, M. Matteucci rclame, en mme temps, la
priorit de la dcouverte qu'il considre comme illusoire. Je n'ai pas fait
erreur, dit-il , en affirmant avoir dmontr l'influence de la contraction et
de l'tat ttanique sur le courant de la grenouille, car, dans mon Mmoire
" publi dans la Bibliothque universelle, mai i838, j'ai dit positivement
>' que le courant cesse ou s'affaiblit sous l'influence des contractions tta-
niques excites par la noix vomique ou auiremeut, et que les signes de
ce courant reparaissent lorsque les contractions ttaniques sont passes.
Les expriences analogues celles dont parle M. du Bois- Raymond dans
sa Note du aS mars 1 85o ont t publies cinq ans avant les siennes.
Voici le passage cit de la Bibliothque universelle , nouvelle srie,
tome XV, page 164 : " L'influence du ttanos est telle, que le courant
propre manque toujours lorsque la grenouille en est attaque. Nous
n'avons plus de contractions, ni dsignes au galvanomtre. Si l'animal
> a t tu par le poison , on ne russit plus en obtenir; mais si , au con-
traire, le ttanos a t produit par l'irritation qu'on a donne la gre-
1) nouille en la prparant , une fois que les convulsions sont passes , les
>' signes du courant propre apparaissent encore.
( 94 )
> La citation de M. Malteucci n'est donc pas tout fait exacte , en tant
qu'il n'est question ici d'une recrudescence du courant qu'aprs le ttanos
qui n'a pas t la suite de l'intoxication par la strychnine. Quoi qu'il en soit,
on pourrait tre port croire, d'aprs cela, que M. Matteucci , ds i838,
aurait observ la variation ngative du courant dans la contraction , et moi-
mme j'ai donn dans cette erreur, ce point que, dans mon Mmoire
de 1843, j'ai attribu, avec toute la bonne foi possible, M. Matteucci la
priorit de la dcouverte en question. Mais, depuis lors, M. Matteucci a
donn du passage cit une interprtation tout fait diffrente. Voici ce qu'il
crivait M. Dumas, en septembre i845, au sujet de mon explication de
la soi-disant contraction induite : Il parat (jue M. du Bois-Reyinond
admet que le courant musculaire ou propre s'affaiblit ou s'interrompt
pendant la contraction musculaire ; mais il n'y a aucun fait qui vienne
l'appui de cette ide. Galvani avait bien vu que les contractions propres
" s'affaiblissent dans la grenouille prise de ttanos ; moi-mme j'ai bien
>' confirm ce fait, mais il faut remarquer que cet affaiblissement se
>' montre parce qu'on prend pour indication du courant propre la contrac-
tion de la grenouille mme, en repliant sa jambe sur les nerfs lombaires.
Mais on ne trouve pas cela en mesurant le courant propre ou le muscu-
laire avec le galvanomtre, fia diffrence est donc due l'tat d'excitabi-
lit du nerf dans l'animal ttanis. Ce n'est que dans un cas, que j'ai not
V dans mes premiers travaux et que j'ai vrifi aprs, que l'on pourrait
trouver la preuve du principe admis par M. du Bois-Reymond. J'ai trouv
que les grenouilles, prises dans l'tat de surexcitation dveloppe par
>i l'emploi de la noix vomique, prpares la maairf ordinaire et dispo-
i> ses en pile,- donnent un courant propre plus faible que celui qu'on
obtient en agissant sur des grenouilles qui n'ont pas subi l'action de la
" noix vomique. Mais, si l'on rflchit que les contractions ne persistent pas
>> dans les grenouilles prpares et disposes en pile, on ne pourra pas voir,
dans ce fait unique , la dmonstration du principe invoqu par M. du
Bois-Reymond. ( Annales de Chimie et de Physique, 3* srie , tome XV,
pages 69 et 70.)
On voit donc que l'observation de M. Matteucci , relate dans la
Bibliothque universelle, porte sur un tout autre point qu'il ne le semble au
premier aspect. Celte observation , du propre aveu de son auteur, se rap-
porte uniquement l'tat du courant musculaire aprs que le ttanos a cess.
Ainsi donc , M. Matteucci peut avoir dmontr une espce d'influence du
.ttanos sur le courant, influence qui revient ce que, dans les muscles faii-
(95 )
gus, le courant a perdu de son nergie, ce qui, d'ailleurs, tait facile
prvoir. Mais il y a loin de l , encore du propre aveu de M. Matteucci ,
l'influence de la contraction sur le courant que j'ai notifie, influence qui
consiste en ce que la courbe des intensits du courant musculaire rapportes
au temps subit, chaque contraction du muscle, une inflexion rapide diri-
ge vers l'abscisse. C'est donc tout fait tort que M. Matteucci vient affir-
mer aujourd'hui que ses expriences de i838 sont analogues aux miennes
de i843; et mme si, par impossible, M. Matteucci avait eu cette poque
sous les yeux le phnomne de la variation ngative du courant dans la con-
traction, il aurait, par ses publications postrieures, ananti les droits que
cette observation aurait pu lui donner la dcouverte en litige. En effet ,
depuis lors, M. Matteucci, comme cela peut se voir dans ma deuxime
Rponse, t. XXX, p. 566, a plus d'une fois entretenu l'Acadmie de ses efforts
infructueux pour dcouvrir une action lectrique quelconque l'instant de
la contraction. Pendant quelique temps, il a. cru devoir admettre qu'il y
avait une lgre exaltation du courant ; mais, la fin , il en est arriv avouer
franchement qu'il lui tait impossible de rien constater de pareil. M. Mat-
teucci ayant de la sorte annonc successivement qu'il y avait , dans la con-
traction, d'abord diminution, ensuite exaltation, puis, enfin, constance
de l'effet lectromoteur, ce physicien avait rendu , videmment, impossible
de dcouvrir la vritable relation entre le courant et la contraction , sans
qu'il et faire valoir, cette dcouverte , des droits quelconques. Mais
l'histoire de la science ne s'y tromper^ point, et la vrit, c'est qu'aujour-
d'hui encore M. Matteucci se trouve hdrs d'tat d'observer le phnomne
en question, puisque, en vertu de l'trange contradiction que j'ai dj
signale, il persiste en rvoquer en doute la ralit. Je n'apprhende
mme pas que j'aie me djuger jamais en avanant qu' moins d'abandonner
pour les mthodes d'exprimentation qu'il rejette sans les connatre celles
qu'il prconise comme les seules de bon usage , l'lectrophysiologiste de Pise
ne parviendra pas pouvoir constater seulement ma dcouverte de la varia-
tion ngative du courant dans la contraction. "
M. HousEZ prsente un Mmoire ayant pour titre : Essai sur les causes
premires du mouvement matriel.
M. DuDOuiT envoie, comme supplment la communication qu'il avait
faite dans la sance du i" juillet, une Note intitule : Considrations sur la
" (96 )
section de la ligne aux tmis cinquimes , sur Euclide et sur l'application
du calcul infinitsimal l'astronomie .
M. GiOANNETrr adresse, de l'le de la Triait (Anlilles), un Mmoire
accompagn de figures sur la possibilit de diriger les arostats.
^. JM. Brjvchet poursuit ses communications sur des questions d'optique.
L'objet de sa nouvelle Note a rapport une modification qu'il propose pour
la camra obscurn.
M. Vaissier, qui avait adress, dans ime des sances prcdentes, une
Note sur le mouvement perptuel, prie l'Acadmie de vouloir bien se faire
rendre compte de cette communication.
L'auteur a d tre inform de la dcision prise depuis longtemps par
"l'Acadmie relativement la question du mouvement perptuel.
. * M. Barde.\.\t demande que l'on fasse de nouvelles recherches pour s'assurer
si une Note qu'il avait adresse l'Acadmie n'est pas parvenue au secr-
tariat de l'Institut, son intention tant d'adresser un duplicata de cette Note
en cas que la premire se soit perdue en route.
M. E. Marchaao envoie, de Fcamp, une Note sous pli cachet
L'Acadmie en accepte le dpt.
La sance est leve 4 heures un'quart. A.
(97 )
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
t/Acadmie a reu, dans la sance du 8 juillet i85o, les ouvrages dont
voici les titres :
Journal des Connaissances mdico - chirurgicales , publi par M. le docteur
A. Mautin-Lauzer ; tome XXXV; n i ; i*' juillet i85o; in-8.
L' Agriculteur praticien , Revue d'Agriculture, de Jardinage et d'Economie
rurale et domestique , publi sous la direction de MM. F. Malepeyre , G. Heuz
et BossiN; II* anne; o i3i ; juillet i85o; in-8.
Le Moniteur agricole, publi sous la direction de M. Magne; n i3; i" juil-
let i85o; tome III ; in-8.
Revue thrapeutique du Midi. Journal de Mdecine , de Chirurgie et de Phar-
macie pratiques; par M. le D' FuSTER; n 12; 3o juin i85o; in-8.
Annales de la propagation de la Foi; n i3i ; juillet i85o; in-8.
Viaggio. . . Voyage la chane du mont Rlanc et au grand Saint-Bernard,
exait pendant le mois d'aot 1849; pcr M. FiLIPPO Parlatore. Flo-
rence, i85o; in-8.
Flora italiana. . . Flore italienne, ou description des plantes qui croissent
spontanment en Italie et dans tes les adjacentes , dispose selon la mthode
naturelle; parle mme; i" fascicule. Florence, 1848; broch. in-S".
Astronomische. .. Nouvelles astronomiques de M. Schumacher; n" 721,
Gazette mdicale de Paris; n 27.
Gazette des Hpitaux; n' 78 80.
Le Magasin pittoresque; tome XVIII; 3^* livraison; in-8.
Les Alpes, journal des sciences naturelles, agricoles, mdicales, physiques et
astronomiques; n i; i" juillet i85o.
C. R., i85o. a" Semestre. (T. XXXI, N *.) >4
{ 98 )
I/Acadmie a reu , dans la sance du i5 juillel t85o,les ouvra{);es dont
voici les titres :
Annales de la Socit d'Agriculture, Arts et Commerce du dpartement de
ta Charente; tome XXXJI; n"' i el 2 ; janvier avril i85o; in-8.
Recueil des travaux de la Socit mdicale du dpartement d'Indre-et-Loire ;
a* srie; 3 et 4* semestres de 1849; in-8".
Aperu des travaux de la Socit des Sciences naturelles de la Charente- Inf-
rieure depuis sa fondation, en iS^6, jusqu' la fin de 1849; P^^ '^ Secrtaire
S'.-G.-L. Sauv; La Rochelle, i85o; broch. in-8*.
Annales mdico-psychologiques; par MM. Baillarger, Brierre de BoIS-
MONT et Cerise; tome II; juin i85o; in-8.
Annales de la Socit centrale d'Horticulture de France; volume XL;
juin i85o; in-8.
Rpertoire de Pharmacie, recueil pratique , rdig par M. le D'' A. Bou-
CHARDAT; 7* anne, tome VII, n i ; juillet i85o; in-8.
Journal des Connaissances mdico-chirurgicales, publi par M. le docteur
A. Martin-Lauzeb; n a; i5 juillet i85o; in-8, avec atlas in-4.
Du son dans le pain; par M. AuG. Duboys. Limofjes, i85o ; broch. in-8".
Bibliothque universelle de Genve; juin i85o; 4* srie, n 54; in-S".
Report... Rapport de M. Airy, astronome royal, au Comit suprieur.
Greenwich, i85o; in-4.
Rappresentazione. . . Reprsentation gomtrique des lignes de' second ordre;
par M. Ermano Lelli; brocb. in-S".
Il fatto. .. Le fait parlant, Lettre l'auteur de l'ouvrage intitul: De la
manire de bien lever les vers soi,e ; par M. le lY Adgustin Bassi. Lodi ,
i85q; brocb. ia-8.
Effemeridi. . . phmrides astronomiques de Milan pour tes annes 1847
1848, 1849 ^' i85o; 5 brochures in-8.
Astronomische. . . Nouvelles astronomiques de M. SCHUMACHER; n 722.
( 99 )
Gazette mdicale de Paris; n a8.
Gazette des Hpitaux; n"* 8i 83.
L'Abeille mdicale; n" i4.
Le Magasin pittoresque ; tome XVIII; 28* livraison.
L'Acadmie a reu, dans la sance du aa juillet i85o, les ouvrages dont
voici les titres :
Comptes rendus hebdomadaires des sances de l' Acadmie des Sciences;
2"* semestre 1 85o ; n" 3 ; in-4.
Dictionnaire gnral de Mdecine et de Chirurgie vtrinaires , et des sciences
qui s'y rattachent, anutomie, phjsiologie, pathologie, chirurgie, physique,
chimie, botanique, matire mdicale, pharmacie, conomie agricole, eh:.;
por MM. Lecoq, Rey, Tisserant, Tabourin, directeur et professeurs
l'Ecole nationale vtrinaire de Lyon. Lyon et Paris, i85o; i vol. in-8''.
Recherches sur les logarithmes, et, en particulier, sur la diffrentielle d/ =
qui les engendre dans le calcul intgral; par M. "VoizOT. Paris et Chatillon ,
i85o; broch. in- 8.
Extrait de la notice historique sur la transformation du ligneux en matire
fulminante dite fulmi- coton, de M. A. MOREL; porM. J.-F.-J. MOULLABD.
Paris, i85o; broch. in-8.
Encyclopdie moderne. Dictionnaire abrg des Sciences, des Lettres et des
Arts, etc., nouvelle dition, publie par MM. DiDOT frres, sous la direc-
tion de M. L. Renier; 3o3* livraison ; in-8.
Le Moniteur agricole, publi sous la direction de M. MagnE; n" i4;
tome III; 16 juillet i85o; in-8.
Revue mdico-chirurgicale de Paris, publie sous la direction de M. Mal-
GAiGNE; 4* anne ; tome Vil; juillet i85o; in-S".
( lOO )
Revue thrapeutique du Midi. Journal de Mdecine , de Chirurgie et de
Pharmacie pratiques; par M. le D'' FuSTER; n t3; i5 juillet i85o; in-8.
Proceedings . . . Procs-verbaux de l'Acadmie des Sciences naturelles de
Philadelphie; vol. V; n 2; in-8.
Monatsbericht. . . Comptes rendus mensuels des sances de l' Acadmie royale
des Sciences de Prusse; avril i85o; in-8"'.
Nacbrichten... Nouvelles de l'Universit et de l'Acadmie royale de Gottingue ;
n9; 17 juin i85o; in-8.
Astronomische . . Nouvelles astronomiques de M. Schumacher ; titre et
table.
Gazette mdicale de Paris; n" ag; in-4''-
Gazette des Hpitaux ; n" 84 86.
Rforme agricole; n aa.
Les Alpes; n a.
Magasin pittoresque ; tome XVIII; ag* livraison.
COMPTE RENDU
DES SANCES
DE L'ACADMIE DES SCIEINCES.
SANCE DU LUNDI 29 JUILLET 1850.
PRSIDENCE DE M. DUPERREY.
AfMOIRS ET COMMUNICATlOiNS
DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADMIE.
PHYSIQUE MATHMATIQUE. Dtermination gnrale des lois de variations
du pouvoir rotatoire, dans les systmes liquides, o un corps dou de
ce pouvoir, se trouve en prsence d'un ou de deux corps inactifs, qui se
combinent avec lui sans le dcomposer chimiquement ; par M. Biot.
Si je parlais, devant un autre auditoire que l'Acadmie, je devrais
in'excuser de revenir encore, sur un sujet dont je l'ai dj entretenue tant
de fois, depuis trente-cinq ans. Mais les Membres de cette assemble savent,
par l'exprience de leurs prdcesseurs comme par la leur propre, que,
dans les recherches physicomathmatiques, o un exprimentateur isol se
trouve n'avoir pour guide que ses investigations individuelles, le progrs ne
s'obtient qu' force de constance, en travaillant toujours perfectionner et
tendre, ce que l'on avait d'abord imparfaitement et incompltement
aperu. Je ne surprendrai donc ici personne, en venant annoncer aujourd'hui
la gnralisation, trs-simple et trs-vidente, d'une loi phnomnale, dont
je n'avais jusqu' prsent reconnu que des linaments, qui la comprenaient
(J. K., c85o, 7.'^' Semcsue (T. XXXI, M 8. ) '^
( I02 )
tout entire, sans que je le susse. J'exposerai d'abord le principe, d'o
cette gnralisation se dduit; j'indiquerai ensuite sommairement, la nature
et le nombre des preuves exprimentales, par lesquelles j'ai constat sa
justesse. Appliquant alors les lois numriques fournies par ces expriences,
aux ractions chimiques, dont elles expriment les effets simultans, je mon-
trerai , que, dans les systmes liquides o on les observe, la substance doue
de pouvoir rotatoire , et les deux substances inactives mises en sa prsence,
sont toujours dans un tat de combinaison ternaire, dont les conditions d'in-
timit, varient, pour chacune d'elles, avec les proportions de leurs masses
relatives, qui s'y trouvent associes. De sorte qu'en faisant changer ces pro-
portions, par des phases continues, convenablement rgles , le pouvoir ro-
tatoire que la molcule active, acquiert, dans la molcule complexe, peut,
volont, tre rendu progressivement plus grand, ou moindre, ou tre
maintenu fixe; et, dans ces trois cas, tre amen une mme valeur absolue,
par une infinit de proportions diverses, qui sont assignables d'avance, par
le calcul. Inversement , si l'on se donne une solution ternaire d'un dosage
quelconque, contenant une substance active, et deux inactives, comme celles
que j'ai tudies, l'application rciproque des mmes lois fera connatre le
pouvoir rotatoire absolu, que la substance active y exercera ; et ce pouvoir
calcul se trouvera toujours conforme aux observations, dans les troites li-
mites d'erreur que celles-ci admettent. J'tablis en dtail toutes ces propo-
sitions dans mon Mmoire, qui sera insr au cahier prochain des Annales
de Chimie et de Phjsique. J'exposerai seulement ici la marche gnrale des
raisonnements et des expriences, qui me les ont fait dcouvrir.
Si, dans une solution aqueuse d'acide tartrique, on introduit une quantit
d'acide borique , assez restreinte pour qu'elle s'y liqufie compltement ,
l'addition de ce corps, qui n'exerce par lui-mme aucune action rotatoire,
produit aussitt deux modifications considrables, dans les effets optiques
qui s'observaient auparavant. Les dviations imprimes aux plans de pola-
risation de tous les rayons simples, sont fortement accrues; et, d'autant plus
fortement que la proportion d'acide borique introduite, a t plus grande.
En outre, les amplitudes relatives de ces dviations sont toutes changes; de
sorte que le mode si remarquable de leur dispersion, qui est spcialement
propre l'acide tartrique dissous dans l'eau pure, a totalement disparu. Si,
de ces aperus gnraux, on passe aux mesures, et qu'on dtermine compa-
rativement les intensits absolues des pouvoirs rotatoires, que l'acide tartrique
acquiert ainsi, par des dosages divers, en l'tudiant toujours sur un mme
rayon simple, et en rapportant les valuations une mme unit de sa
( io3 )
masse, on trouve que ces iatensits varient continuellement, avec les pro-
porlious (le l'une et de l'autre substances inactives, l'eau et l'acide borique,
qui lui sont associes. Pour exprimer ce fait avec prcision, et pouvoir en
spcifier nettement les consquences, il faut reprsenter, par des symboles
gnraux, les trois lments d'action qui y concourent. Considrant donc
une solution quelconque, compose d'acide tarlrique, d'acide borique et
d'eau, je suppose qu'elle contienne, dans chaque unit de poids,
i La proportion d'acide tartrique. . s;
n d'acide borique /3;
d'eau e;
les lettres s, j3, e, reprsenteront alors individuellement des fractions num-
riques, positives, dont la somme devra toujours tre gale + i. Et la so-
lution que l'on veut considrer sera matriellement dfinie, quand on don-
nera les valeurs de toutes trois, ou seulement de deux d'entre elles, puisque
la troisime en rsultera toujours par cette condition.
Mais on peut encore atteindre le mme but, par le seul emploi des sym-
boles, sans aucun besoin de convention ultrieure. Pour cela, il n'y a qu'
introduire dans l'nonc, les rapports binaires des proportions pondrales,
au lieu de leurs valeurs absolues. En effet, supposons gnralement :
e e
d'o rsulte
e
= np.
P
)i 11 est facile de voir que les deux seules lettres n et p, dfinissent com-
pltement la solution considre. Car on dduit, de leurs expressions ici po-
ses :
(2) [i + (n-)^]j3 = i; [n-(i + )p] = |s; [i-i-ii-hn)p]e = np.'
Ces trois quations feront donc connatre , |3, e, quand les valeurs des
lettres n et p seront assignes; et elles les donneront conformes la condi--
tion prescrite, que leur somme soit i.
Pour complter les prparatifs d'exposition dont j'aurai besoin, il me reste
seulement dire que j'emploierai dsormais le symbole [aj^, pour dsigner
le pouvoir rotatoire molculaire , actuellement exerc par l'acide tartrique
sur le rayon rouge moyen, du spectre, dans toute solution quelconque
i5..
( io4 )
dfinie par les lettres n et p. J'ai depuis longtemps montr comment on peut
calculer ce pouvoir d'aprs l'exprience, quand on connat les lments de
dosage de la solution o il s'exerce, sa densit, et l'amplitude des dviations
que le rayon rouge considr y subit, travers des tubes de longueur
assigne.
Ces conventions tant poses, le fait que j'ai rapport plus haut, s'nonce
sous une forme prcise et gnrale , par la dfinition suivante : dans tontes
les solutions composes d'acide tartriqiie, d'acide borique, et d'eau, le pou-
voir rotatoire [a];., varie avec les valeurs individuelles des deux rapports n
et (D. En langage algbrique, [aj^ est une fonction complexe de ces deux rap-
ports. Le mme nonc s'applique tous les systmes liquides ternaires, o
un corps, dou de pouvoir rotatoire , se trouve en prsence de deux corps
inactifs, qui se combinent molculairement avec lui, sans le dcomposer
chimiquement; et ce cas gnral, embrasse comme cas particulier, celui o
l'un des corps inactifs tant supprim, le systme se trouve rduit l'tat
binaire.
" Le problme qu'il s'agit de rsoudre consiste donc trouver la forme
de cette fonction complexe, soit directement, soit par voie de dcomposi-
tion et de recomposition successive; en subdivisant la totalit des phno-
mnes en sries distinctes, dont les lois isoles puissent tre saisies, et qui
relies ensemble les embrassent tous. C'est ainsi, qu'en gomtrie, on peut
dfinir une surface sans avoir son quation algbrique, si l'on assigne la
nature des sections courbes qui doivent s'y tracer, quand on la coupe par
deux sries indfinies de plans parallles , mens suivant des directions rec-
tangulaires l'une l'autre.
Lorsque j'eus dcouvert les modifications soudaines, que le pouvoir
rotatoire de l'acide tartrique prouve, quand on ajoute de l'acide borique
l'eau dans laquelle il est dissous, je fis beaucoup d'efforts pour trouver une
voie d'exploration mthodique, travers les caprices de ces phnomnes;
mais je ne pus y russir. L'exprience me montrait bien que la valeur du pou-
voir rotatoire rsultant variait avec chacun des lments du dosage; mais il
m'tait impossible de saisir la loi, triplement complexe, de ces changements.
Heureusement je prsumai que le problme se simplifierait, si je le restreignais
des cas de combinaisons seulement binaires; en cherchant d'abord tablir
la loi des pouvoirs rotatoires, pour des solutions dans lesquelles le rapport
pondral de l'eau l'acide tartrique, - ou n, serait maintenu constant, la
proportion d'acide borique j3 tant seule laisse variable. Mon esprance ne
( io5)
fut pas due. Je trouvai, qu'avec cette limitation, les valeurs de [aj^ taient
compltement reprsentes, par les ordonnes d'une hyperbole quilatre,
dont la courbure trs-vidente, se rf[lait d'aprs trois coefficients dpen-
dants de la valeur du rapport n, mais restaient communs toutes les solu-
tions d'une mme srie, o n est constant. Ceci n'tait qu'une extension de
la forme rectiligne que j'avais reconnue antrieurement, exprimer les pou-
voirs rotatoires de l'acide tartrique, quand il est en combinaison binaire
avec l'eau pure. Seulement, dans ce premier cas, la branche d'hyperbole
s'tait trouve si peu courbe, qu'elle se confondait sensiblement avec sa
tangente, dans l'amplitude de parcours que les observations pouvaient em-
brasser. Pour dterminer le mode de variation de ces hyperboles, je fis, sur
les solutions tartroboriques, Irois sries d'expriences fort nombreuses, dans
lesquelles les valeurs du rapport n taient respectivement i,o3666, 3 et 5,
ce qui comprenait peu prs l'ensemble des cas exprimentalement rali-
sables. Depuis celte poque, i835, dans toutes les tudes que j'ai eu faire
sur des solutions de ce genre, soit pour mes recherches propres, soit pour
vrifier les beaux rsultats de M. Pasteur, j'avais toujours soin de prparer
les expriences nouvelles, de manire qu'elles rentrassent dans une de ces
trois sries; ce qui offrait le double avantage de les confirmer, et d'en tre
confirmes. Ces preuves m'ont toujours montr que leur marche hyperbo-
lique, suivait trs-fidlement la progression des pouvoirs rotatoires, pour
chaque valeur constante du rapport , qui leur tait spciale. Mais je n'a-
percevais aucun moyen de les lier entre elles, de manire les approprier
aussi aux cas intermdiaires; et un grand nombre d'expriences, faites avec
beaucoup de soin, sur de tels cas, demeuraient isoles, dans mes registres.
Je conservais cependant la persuasion , que les solutions effectues avec d'au-
tres valeurs du rapports, c'est--dire avec des proportixsns relatives d'eau
et d'acide tartrique, numriquement diffrentes, devaient pouvoir se ratta-
cher ces trois sries, o la proportion du troisime lment, l'acide bo-
rique, parcourait des phases de variabilit si tendues; et j'avais cherch '
dcouvrir cette connexion par beaucoup de tentatives, qui avaient t infruc-
tueuses, n'tant pas diriges d'aprs des principes mthodiques. C'est quoi
je suis enfin parvenu, en suivant une voie plus rationnelle. Si l'on a donn
quelque attention aux considrations gnrales que j'ai exposes prliminaire-
ment, sur l'intervention simultane des deux rapports de masses, n et p, dans
les molcules des combinaisons ternaires, on verra tout de suite que le fil
de jonction qui m'avait si longtemps chapp, se prsentait cependant avec
vidence. Il ne fallait, pour le saisir, qu'appliquer au deuxime rapport d-
( io6)
terminatif j5, le mme artifice de rduction, des cas ternaires aux cas binaires,
qui m'avait dj russi, pour le premier n.
Le raisonnement qui conduit cette seconde rduction , est des plus
simples. Prenons une solution ternaire X, ne contenant qu'une seule sub-.
stance doue de pouvoir rotatoire, comme celles que nous considrons ac-
tuellement; et, conformment la notation que nous avons adopte, dsi-
{jnoris {rnraleraent les trois lments numriques de son dosage , par les
lettres s, /3, e. Ces trois nombres tant donns, on pourra en dduire la valeur
correspondante du rapport
t
9 =
Alors, en introduisant ce p , dans les trois relations gnrales que j'ai dsignes
par le symbole (2), et l'associant successivement aux valeurs de n , qui sont
respectivement propres nos trois sries hyperboliques, o ce rapport a
t maintenu constant, on obtiendra les valeurs des fractions s, /3, e, qui
correspondent cette valeur spciale de p, dans chacune d'elles; et l'on en
conclura numriquement, par sa loi hyperbolique propre, les trois valeurs
de [a]r, qui drivent de ces donnes. Elles se trouveront diverses. Mais
elles appartiendront respectivement trois solutions ternaires, o le rapport p
sera commun, et se trouvera aussi le mme que dans la solution propose X;
de sorte que, dans ces quatre cas, le rapport , qui dpend de la propor-
tion d'eau e, aura seul des valeurs diffrentes. Or, d'aprs les rsultats
prcdemment obtenus, pour les cas o ce mme rapport n tait maintenu
constant, l'autre p tant variable, l'analogie la plus palpable nous annonce,
que nos quatre [a]r actuels, qui ont p constant, seront pareillement repr-
sents par les ordonnes d'une nouvelle hyperbole quilatre , plus ou moins
courbe, laquelle aura pour abscisse l'lment variable e, c'est--dire la pro-
portion d'eau; et , comme les trois [ajr dduits des sries antrieures, suf-
fisent pour dterminer compltement cette hyperbole, en les associant aux
valeurs respectives de e qui y correspondent, il n'y aura plus qu' voir, si ,
effectivement, le quatrime [a]r, celui de la solution propose X, se trouve
galement donn par cette hyperbole , d aprs son abscisse propre e, entre les
petites amplitudes d'erreur que comporterait sa dtermination directe par
l'exprience. Ce sera donc une vrification faire. J'ai l'esprance qu'on la
trouvera suffisamment tablie dans mon Mmoire. Je n'ai pas voulu d'abord
recourir des expriences nouvelles, spcialement faites pour ce but. J'ai
pens que l'preuve serait plus dcisive, et plus convaincante, si je l'appli-
( lo? )
quais premirement d'anciennes expriences, effectues sans aucune ide
qu'elles pussent servir cet usage, et que leurs proportions de dosage ne
m'avaient pas permis de comprendre dans mes trois sries hyperboliques;
de sorte qu'elles m'offraient ici des conditions de vrification tout fait im-
prvues. A la vrit, plusieurs d'entre elles remontant aux premires tudes
que j'avais tentes sur les solutions tartroboriques , je devais prsumer qu'elles
pourraient bien n'tre pas tout fait aussi prcises que celles queje raliserais
aujourd'hui, avec plus de pratique, et des appareils mieux rgls. Mais, en
faisant la part de cette imperfection relative, leur indpendance complte
de mes nouvelles ides, me paraissait leur donner un avantage dcisif. J'ai
donc commenc par les employer; et, heureusement, je les ai trouves beau-
coup meilleures que je n'en avais l'esprance. Ayant alors reconnu qu'elles
s'accordaient fort bien avec les relations que j'avais voulu mettre en vi-
dence, je les ai compltes par d'autres, que j'ai faites exprs pour combler
leurs intervalles, en donnant ces dernires toute la prcision qu'il m'est
aujourd'hui possible d'y apporter. Si l'on ajoute cet ensemble de rsul-
tats, les [a]r des anciennes sries hyperboliques avec lesquels on les com-
bine, et que l'on doit aussi considrer comme autant de donnes d'exp-
rience passibles de petites erreurs, on verra que mes preuves portent sur
soixante-huit dterminations exprimentales distinctes , qui ont t appli-
ques, par un mme procd de calcul, la loi physique dont je voulais
constater la ralit. Or j'ai trouv que les pouvoirs rotatoires [a]r, conclus
de cette loi, se sont toujours accords avec l'observation, dans les troites
limites d'incertitude que celle-ci comporte; sans que les carts occasionnels
prsentassent aucun indice de continuit, dans leurs sens, ou leurs gran-
deurs. Il s'est en outre prsent ici une particularit, tout fait conforme ce
que j'avais dj reconnu pour les solutions tartriques purement aqueuses, oi
les variations du pouvoir rotatoire [a],., ne dpendaient aussi que des chan-
gements de la proportion d'eau, c'est--dire des variations du seul lment
de dosage e. Gomme la mme restriction avait lieu ici, dans chaque srie
de solutions tartroboriques, oii p tait rendu commun, le lieu gomtrique
de leurs [a];., a t modifi de la mme manire, dans toute l'tendue des
essais que j'ai pu raliser. liCS branches hyperboliques obtenues pour les
diverses valeurs de p, depuis i jusqu' loo, se sont toutes trouves si peu
courbes, et, dans leurs points d'appHcation, elles taient si distantes de
leurs sommets gomtriques, qu'elles ne se sont pas montres sensiblement
distinctes de leurs tangentes locales, auxquelles j'ai dli par consquent les
assimiler dans le calcul numrique, comme je l'aurais fait en oprant sur
( io8 )
des solutions qui auraient t formes uniquement d'acide fartrique et
d'eau. Ceci tant constat, les trois anciennes sries hyperboliques , qui
fournissent les donnes dterminatrices propres chaque valeur de jS , en
offrent toujours une qui devient surabondante pour tablir une droite; et
cette troisime sert ainsi elle-mme d'preuve , pour vrifier la justesse de
la relation rectiligne. La communaut de cette relation des systmes
liquides de nature si diverse, quand on n'y fait varier que la proportion
d'eau, dcouvre, entre les ractions chimiques qui s'y oprent, une ana-
logie manifeste. Dans tous les systmes ternaires , o p est constant , c'est--
dire o la proportion de l'acide tartrique l'acide borique est maintenue
constante, le groupe molculaire actuel, qui rsulte de l'union de ces deux
corps, semble, quelles que soient leurs doses relatives, impressionner tou-
jours la masse d'eau ambiante, comme ferait un acide simple, dou du
pouvoir rotatoire, et s'unissant en combinaison binaire avec l'eau. Mais ce
n'est l qu'un caractre apparent, je dirais presque superficiel, de ces
ractions. Nous en reconnatrons tout l'heure d'autres, qui sont bien plus
intimes.
Pour les prsenter clairement, je continuerai d'employer la forme
gomtrique. J'ai dsign symboliquement par la lettre p, le rapport g, de
la proportion d'acide tartrique, celle de l'acide borique, dans les sys-
tmes liquides que nous tudions. Ainsi, mesure que l'acide borique y
devient moins abondant, la valeur de p augmente; et, mesure qu'il devient
plus abondant, elle s'affaiblit. En outre, dans chaque classe de solutions,
o cette valeur est maintenue constante, les pouvoirs rotatoires [a],., sont
reprsents gnralement par les ordonnes d'une ligne droite , ayant pour
abscisses la proportion d'eau e. Maintenant, si l'on suit cette construction
gomtrique, dans toutes ses phases, en attribuant d'abord au rapport p
des valeurs trs-grandes, puis graduellement de plus en plus petites, jus-
qu'au dernier terme d'affaiblissement o l'on puisse l'amener par l'exp-
rience, on commence par obtenir des droites sur lesquelles les pouvoirs
rotatoires [a] r, croissent quand e augmente. A mesure que p s'affaiblit, la
droite qui contient les [a.]r, s'incline progressivement vers l'axe des e; puis
lui devient tout fait parallle, quand p est peu prs ii |. Ainsi, pour
cette valeur de p , le pouvoir rotatoire [a],, se maintient sensiblement
constant, quelle que soit la proportion d'eau e ; ce qui se vrifie, en effet,
dans toute l'tendue des changements que l'on peut faire physiquement
4ubir cette variable. Si l'on continue faire dcrotre p , au del de ce
( I09 )
terme, le lieu rectiligne des [aj^, devient de nouveau oblique Taxe des e.
Mais le sens de son inclinaison est oppos, ce qu'il tait auparavant; et
depuis lors, jusqu'aux plus faibles valeurs de |5 que l'on puisse raliser les
pouvoirs rotatoires [a];., appartenant un mme|5, dcroissent toujours
quand la proportion d'eau e, augmente.
" Voil les lois gomtriques et numriques du phnomne , telles que
l'exprience les donne. Il faut maintenant dcouvrir leur signification phy-
sique, et voir ce qu'elles nous apprennent, sur le mcanisme complexe, par
lequel les variations qu'elles reprsentent sont opres.
n Pour cela, il est ncessaire de se rappeler, que l'acide tartrique dissous
dans l'eau pure, se combine avec elle en un systme molculaire nouveau,
o son pouvoir rotaloire propre se trouve accru, d'autant plus que la pro-
portion relative de l'eau est plus abondante. Un effet analogue se produit
encore, lorsque l'acide tartrique est mis en contact intime avec l'acide bo-
rique, par la fusion, sans l'intermdiaire de l'eau. Seulement, son pouvoir ro-
tiitoire propre devient alors beaucoup plus considrable, galit de masses
relatives. Du reste, sauf la diffrence d'intensit, dans ces deux cas de
combinaisons binaires, la loi de l'accroissement est pareille; et, dans toute
l'tendue des phases o l'on peut le suivre, on le trouve toujours directement
proportionni'l, la quantit de la masse inactive, avec laquelle l'acide tar-
trique est combin. Mais, quand les deux corps inactifs, l'acide borique et
l'eau, sont mis, la fois, en prsence de l'acide tartrique, comme dans les
casque nous venons d'tudior, une nouvelle circonstance intervient, qui
rend l'effet rsultant plus complexe. Car, la vrit, chacun d'eux tend
encore exalter le pouvoir rotatoire de l'acide tartrique, en se combinant
avec lui, individuellement. Mais l'eau, qui exerce sur les deux acides une
attraction ingale, puisqu'elle est ingalement apte les dissoudre, tend
les disjoindre par la diffrence de ces attractions; et, par l, elle rend leur
combinaison actuelle moins intime, comme aussi optiquement moins active,
qu'elle ne serait sans sa prsence; tandis qu'en mme temps, sa propre com-
binaison avec l'acide tartrique, accrot directement le pouvoir rotatoire, que
son effort pour dsunir les deux acides, affaiblit. Il y a donc ici deux in-
fluences contraires, qui interviennent toujours simultanment, dans la for-
mation du pouvoir rotatoire rsultant, qu'on observe; et leur prdominance
alternative, amne toutes les varits de phases que l'exprience accuse. Pour
s'en convaincre, il ne faut que les reprendre sous ce point de vue, dans le
mme ordre qu'elles ont suivi lorsqu'elles se sont manifestes.
C H, i85o, a-n'SemeKre. (T, X>XI, N 8) l6
( "o )
" Supposons d'abord la masse de l'acide taitrique trs-considrable, re-
lativement celle de l'acide borique, auquel cas, le rapport^ ou p, sera
fort grand. Alors les particules de l'acide borique, adhreront l'acide tar-
trique d'autant plus fortement, qu'il les sollicitera par des attractions plus
nombreuses, exerces de moindres distances. L'intervention de l'eau aura
donc d'autant moins d'efficacit pour dissoudre des lments si intimement
unis; et l'affaiblissement qu'elle produira dans le pouvoir rotatoire rsultant,
par lingalit de son attraction sur les deux acides, pourra ne pas galer
l'accroissement que sa combinaison propre y apportera. Tant qu'il en sera
ainsi, le pouvoir rotatoire [a]r augmentera par l'addition de l'eau. Mais,
pour des proportions gales d'eau, ajoutes au systme binaire des deux
acides, cette augmentation devra s'affaiblir, mesure que l'acide borique
deviendra relativement plus abondant, parce que la masse de l'acide tar-
trique qui lui est associe, le retiendra avec moins de force. Tout cela est
exactement conforme ce que l'exprience nous montre. En poursuivant
cette vue, ou conoit que, si l'on continue faire crotre graduellement la
masse relative de l'acide borique, il arrivera un terme, o l'effort de l'eau
pour le sparer de l'acide tartrique , affaiblira le pouvoir rotatoire de celui-
ci, autant que sa propre combinaison avec l'eau l'augmentera. Ainsi, ce
point d'quilibre, le pouvoir rotatoire rsultant [a]r , paratra rester le mme
pour toutes les proportions de l'eau, du moins tant que les effets qui se
combattent ne sortiront pas des limites d'amplitude, o leurs expressions
suivent des formes linaires. C'est encore ce que la srie de nos expriences
npus H prsent. Ce pas franchi, si la proportion relative de l'acide borique
continue de crotre, l'effort de l'eau pour dsunir les deux acides, affaiblira
le pouvoir rotatoire rsultant [a ]r, plus que sa combinaison propre avec
l'acide tartrique ne l'augmentera. Alors ce pouvoir devra diminuer, me-
sure que la proportion d'eau augmente. C'est ce qui arrive encore. En outre,
pour des proportions gales d'eau ajoutes, la quantit absolue de cette
diminution est d'autant plus grande, que la proportion relative de l'acide
borique est plus considrable, parce que la combinaison binaire des deux
acides, en devient optiquement plus nergique, et eu mme temps moins
rsistante la dsunion. Telle est l'interprtation naturelle, je dirais plus
volontiers, la traduction mcanique, de tous les rsultats que les expriences
nous avaient fournis.
U aurait t facile de transformer, dans une expression algbrique geu-
( I>I )
raie , le procde de calcul numrique, par lequel j'arrive ainsi dtei'miner
ilirectement le pouvoir rotatoire [oijr, que l'acide tartrique doit exercer dans
une solution tartroborique de dosage quelconque. Mais je n'ai pas voulu
effectuer cette transformation , par deux motifs. D'abord , elle aurait t
pratiquement inutile, et mme dsavantageuse; car l'expression algbrique
laquelle on parvient, serait d'une application beaucoup moins commode
que le calcul numrique direct. En outre, le lieu gnral des [a]^ ainsi ob-
tenu, quoique devant, sans aucun doute, concider trs-approximativement
avec le lieu rel, si on le restreint aux amplitudes de variations ralises par
l'exprience, s'en carterait probablement beaucoup dans sa configuration
et ses caractres, hors de ces limites; de sorte qu'il donnerait une image,
plutt fausse que juste, de ce qui se passe au del, en ralit. Notre calcul
numrique, au contraire, repose sur un principe de fait, sur une relation que
l'exprience nous montre toujours se produire, dans les combinaisons bi-
naires, d'un corps dou de pouvoir rotatoire avec un autre qui en est d-
pourvu; et tout l'artifice de son application aux systmes ternaires, n'a con-
sist, qu' dcomposer l'ensemble de leurs effets en portions spares, qui
fussent isolment rductibles ce cas simple. Alors l'empirisme de cette gn-
ralisation porte uniquement sur la forme des expressions approximatives par
lesquelles les effets des combinaisons binaires sont reprsents; et, en cela
encore , il n'y a rien d'incertain , tant que nous restons dans les faits obser-
vables, puisque, dans ces limites , les expressions que nous avons employes
ne sont elles-mmes que des dductions immdiates de l'exprience. Cette
discussion critique de notre procd, montre donc que le mme principe de
rsolution en systmes binaires, peut tre gnralement appliqu tous les
systmes liquides ternaires, dans lesquels un corps dou de pouvoir rotatoire
se trouve associ deux substances inactives, qui se combinent avec lui sans
le dcomposer chimiquement, ce qui justifie le titre que j'ai donn au pr-
sent Mmoire. Et comme la mthode que j'y ai expose, n'a consist qu'
rduire des faits compliqus des faits plus lmentaires , elle embrasse
videmment, dans ses applications, tous les cas de variabilit des pou-
voirs rotatoires, depuis les plus simples jusqu'aux plus complexes, qui
ont t jusqu' prsent observs.
M. AuGusTi.>i Cauchy prsente l'Acadmie les Mmoires suivants :
Mmoire sur un systme d'atomes isotrope autour d'un axe, et sur les
deux rayons lumineux que propagent les cristaux un axe optique.
Dans ce Mmoire, l'auteur applique les formules gnrales qu'il a ia-
i6..
(lia)
blies, dans la sance du 4 fvrier, la dtermination du mode de polarisation
des deux rayons lumineux que propage un cristal un axe optique. Il prouve
que, dans le cas o les deux rayons sont peu inclins l'axe et dirigs suivant la
mme droite, ils sont, comme l'a suppos M. Airy, polariss elliptiquement;
les ellipses dcrites par les atomes d'ther dans chacun d'eux tant trs-
peu prs semblables, mais disposes de manire que leurs grands axes se
coupent angles droits. Il montre aussi que, dans le cas gnral, les rayons
dont la direction est perpendiculaire l'axe optique sont dous de la pola-
risation elliptique; les ellipses dcrites par les atomes d'ther pouvant se
rduire des cercles ou des portions de droites. Il serait dsirer que les
physiciens examinassent sous ce point de vue les cristaux un axe optique,
en recherchant si quelqu'un d'entre eux ne transmettrait pas, dans les direc-
tions perpendiculaires l'axe, des rayons polariss elliptiquement.
Mmoire sur la rflexion et la rfraction de la lumire la surface ex-
trieure d'un corps transparent qui dcompose un rajon simple dou de la
polarisation rectiligne, en deux rayons polariss circulairement en sens
contraires.
Dans ce Mmoire, l'auteur dtermine, l'aide des mthodes gnrales
qu'il a prcdemment exposes, les intensits et le mode de polarisation des
rayons rflchis et des deux rayons rfracts par la surface extrieure d'un
corps transparent, en appliquant spcialement ses formules au cas oi le
corps dont il s'agit dcompose un rayon simple en deux rayons dous de la
polarisation circulaire.
RAPPORTS.
THORIE DE LA LUMIRE. Rapport sur un Mmoire de M. Jamin, relatij
la double refraction elliptique du quartz.
(Commissaires, MM. Pouillet, Babinet, Cauchy rapporteur.)
Lorsqu'un rayon de lumire, dou de la polarisation rectiligne, ren-
contre, sous l'incidence perpendiculaire, la surface extrieure d'une plaque
de cristal de roche taille perpendiculairement l'axe optique, un prisme
analyseur dcompose le rayon mergent en deux rayons colors, dont les
teintes sont complmentaires et varient, quand le prisme analyseur vient ;i
tourner. Ce phnomne remanjuable, dcouvert en 1811 par M. Arago ,
devint bientt l'objet de recherches approfondies. M. Biot reconnut que
(ii3)
l'azimut d'un rayon simple et compltement polaris tait dvi par la
plaque de cristal de roche, tantt droite, tantt gauche, le sens de la
rotation lant dtermin par la nature spciale de la plaque employe. Il
reconnut encore que l'angle de rotation tait proportionnel l'paisseur de
la plaque, mais variable avec la rfrangibilit, et rciproquement propor-
tionnel, pour des rayons de rfrangibilits diverses, aux carrs des longueurs
d'ondulation. Il restait donner une explication du phnomne. Une ide
heureuse et neuve s'offrit au gnie de Fresnel. Il trouva que, pour rendre
compte de l'exprience, il suffisait d'attribuer la plaque de cristal de roche
le pouvoir de dcomposer le rayon incident en deux autres rayons polariss
circulairement, mais en sens contraires, et propags avec des vitesses in-
gales. Effectivement, la superposition de deux semblables rayons reproduit
chaque instant un rayon dou de la polarisation rectiligne, mais polaris
suivant une droite mobile qui tourne autour du rayon en dcrivant un angle
proportionnel au chemin parcouru.
' Lorsque la plaque de cristal de roche est termine par des faces non
plus perpendiculaires, mais parallles l'axe optique, le phnomne que
nous venons de rappeler disparat, du moins sous l'incidence perpendicu-
laire; mais il reparat peu peu sous des incidences obliques, ou bien en-
core, quand les faces qui terminent la plaque sont inclines sur l'axe. Pour
expliquer ces faits, M. Airy a gnralis l'hypothse admise par Fresnel, et
suppos que le cristal de roche dcompose un rayon dou de la polarisa-
tion rectiligne, mais oblique l'gard de l'axe du cristal, en deux rayons
dous de la polarisation elliptique, mais propags avec des vitesses ingales,
dans lesquels les atomes d'ther dcrivent deux ellipses semblables entre
elles, les grands axes de ces ellipses tant perpendiculaires l'un l'autre , et
l'un de ces grands axes tant perpendiculaire l'axe optique. I^a superpo-
sition de ces deux derniers rayons reproduit chaque instant un nouveau
rayon polaris elliptiquement , dont il suffit de reconnatre les lments
|)Our tre en tat de dterminer la diffrence entre les phases des deux
rayons composants, et le rapport entre les deux axes de l'ellipse correspon-
dante chacun d'eux. M. Airy a d'ailleurs suffisamment justifi son hypo-
thse, l'aide d'expriences dont les rsultats se sont accords avec elle.
Quant la loi suivant laquelle les deux paramtres qui dterminent la
nature du rayon rsultant varient avec linclinaison de ce rayon par rapport
l'axe optique du cristal, elle a t d'abord recherche par M. Mac-Culagh.
Cet auteur a reconnu que, pour obtenir la loi nonce par M. Biot, il
( "4)
suffisait d'introduire deux termes du troisime ordre, avec des coefficients
gaux au signe prs, mais affects de signes contraires, dans les quations
aux drives partielles du second ordre, qui peuvent reprsenter, non pas
un mouvement vibratoire quelconque, mais un rayon simple propag au
travers d'un cristal un seul axe optique, dans le cas o l'on prend pour
variable indpendante, outre le temps, une seule coordonne mesure dans
la direction de ce rayon. M. Mac-Culagh a d'ailleurs constat l'accord de la
furniule en termes finis laquelle il est parvenu avec deux expriences de
M. Airy. Ajoutons que l'un de nous a dduit de la thorie des actions mol-
culaires des formules qui, dans le cas o il s'agit de rayons peu inclins sur
l'axe optique du cristal de roche, s'accordent sensiblement, au moins sous
certaines conditions, avec les hypothses et les formules de MM. Airy et
Mac-Gulagh.
>> M. Jamin a pens , avec raison , qu'il serait utile d'appliquer, l'tude
de la double refraction produite par le cristal de roche, les procds
l'aide desquels il avait dtermin, d'une manire si prcise, la nature des
rayons rflchis par la surface d'un corps isophane, et constat les lois de
cette rflexion.
En consquence, il a tudi avec soin le mode de polarisation du rayon
mergent d'une plaque de cristal de roche taille perpendiculairement l'axe
optique , dans le cas o le rayon incident est dou de la polarisation recti-
ligne, et en admettant que la forme de l'ellipse dcrite par un atonie d'-
iher dans un rayon peu inclin l'axe optique est trs-peu modifie par la
rfraction l'mergence. Les rsultats que M. Jamin a dduits de ses obser-
vations s'accordent avec les formules que nous avons ci-dessus mentionnes,
et sont renfermes dans plusieurs tableaux auxquels les physiciens attacheront
certainement beaucoup de prix.
En rsum, les Comuiissaires sont d'avis que le nouveau Mmoire de
M. Jamin est digne, comme ses Mmoires prcdents, d'tre approuv par
l'Acadmie, et imprim dans le Recueil des Savants trangers.
JjCS conclusions de ce Rapport sont adoptes.
.i'l^'J,J>'"' '''-
( "5 )
aimoirs lus
PHYSIQUE. Expriences sur la tnacit des principaux mtaux
mallables , faites aux tempratures o, loo et 200 degrs; par
M. A. Baudrimont.
r
(Commissaires, MM. Pelonze, Dufrnoy.)
Il y a environ seize ans que j'ai entrepris une suite de recherches ayant
pour but la dtermination exprimentale des lois de l'action rciproque des
molcules des corps homognes. Pour satisfaire au programme que je
m'tais impos, j'ai d successivement tudier la constitution des fils mtal-
liques, l'lasticit et la tnacit des mtaux des tempratures varies.
>i En i835, j'ai couimuniqu l'Acadmie le rsultat de mes recherches,
sur la constitution des fils mtalliques, il est rsult de ce travail que les
mtaux n'acquraient des proprits constantes que par un recuit bien m-
nag, et que les diffrents moyens que l'on emploie par les crouir, tels que
le martelage, le laminage et l'tirage en fils, en diminuant leur volume ou
rapprochant leurs molcules, augmentent considrablement leur tnacit.
Eu 1837, j'ai entrepris les expriences sur l'lasticit des mtaux par la
mthode des tractions. Ces expriences m'ont dmontr que l'allongement
des fils mtalliques tait proportionnel aux charges qu'on leur fait suppor-
ter, jusqu' leur rupture. Ce rsultat a t aussi obtenu par M. 'Wertheim.
" En 1843, j'ai entrepris les expriences sur la tnacit des mtaux aux
tempratures o, 100 et 200 degrs, expriences qui sont l'objet du prsent
Mmoire.
IjCS mtaux soumis I exprience ont t le cuivre , l'or, le platine,
l'argent, le palladium et le fer rduits en fils.
" Ces fils taient maintenus horizontalement dans un bain de glace fon-
dante, d'eau bouillante ou d'huile chauffe + 200 degrs.
La traction tait opre par du sable s<^c qui coulait lentement et
volont dans un vase qui le recevait. Aussitt que le fil se rompait, le vase,
en tombant, faisait partir une dtente qui arrtait instantanment l'cou-
lement du sable.
Le vase, le sable qu'il contenait et le crochet qui le portait taient
ensuite pess sur une excellente balance.
;> Les rsultats ainsi obtenus sont consigns dans le tableau suivant :
( ii6 )
Tnacit des principaux mtaux mallables aux tempratures o, loo et 200 degrs, pour le diamtre et la
section trouvs exprimentalement, et pour i millimtre carr de section trouve par le calcul.
Or
Platine .
Cuivre..
Argent .
Palladium
Fer. . . .
DIAMETRE
-+- 16.
mm
o,4i25o
0,41000
0,48000
0,39825
0,39760
O , 17500
AIHE I MAXIHA
de et
la section, | moyennes.
mm q
0, 13364
o,i32oa
0,18095
o,ta456
0,12409
0,03405
Maxima.
Moyennes.
Maiima.
Moyennes
Maxima.
Moyennes.
Maxima
Moyennes.
i Maxima.
Moyennes.
(Maxima.
Moyennes.
TNACIT
-(-o".
-t- 100.
-+-300".
k
k
k
2,546
3,107
1 ,75o
2,459
a,o35
1,722
3,040
2,695
2,392
2,987
2,546
2,281
4,585
3,990
3,590
4,542
3,9.58
3,296
3,546
3,o55
-i,329
3,528
2,898
2,3i4
4,590
4,o83
3,625
4,527
4,o3i
3,36o
5,046
4,835
5,i3o
4.940
4,611
5,057
TNACIT POUa 1 HILLIM. CARRE DE SECTIOK
0.
k
9,o5i
18,400
33,026
22,626
25,338
25, 100
38,620
28,324
36,983
36, 481
209,813
2o5,4o5
lOo".
k
15,766
16,224
20,421
19,284
22,o5o
21 ,873
34,626
33,266
33,871
32,484
201 ,o3i)
191,725
k
13,094
12,878
i8,ii8
'7.3';7
19,839
i8,2i5
18,706
18,677
29,212
37,077
2i3,3o5
210,270
fl rsulte des expriences consignes dans ce travail :
" 1. Que la tnacit des mtaux varie avec la temprature;
" 2. Qu'elle dcrot gnralement, mais non sans exception, quand la
temprature s'lve ;
3 Que, pour l'argent, elle diminue plus rapidement que la tem-
prature ;
4- Que, pour le cuivre, l'or, le platine et le palladium, elle dcrot
moins vite que la temprature;
" 5. Que le fer prsenle un cas particulier Fort remarquable ;
-H toc degrs sa tnacit est plus faible qu' o degr ; mais + aoo degrs
elle est plus grande qu' cette dernire temprature. y>
MEMOIRES PRESENTES.
M. RwGR prsente, au nom de M. Charlieh, mdeciu-vtrinaire
Reims, un travail relatif un nouveau procd opratoire, employ, depuis
quelque temps, par l'auteur, pour pratiquer la castration des vaches.
Dans ce procd , Toprateur pntre daus la cavit du bassin l'aide
d'une incision pratique la partie suprieure du vagin, [/oprateur saisit
ensuite les ovaires avec des pinces, tord ces organes et les arrache.
M. Charlicr a opr neuf vaches l'aide de ce procd ; plusieurs de
( "7 )
ces oprations ont t faites en prsence de M. Landouzy, professeur
l'Ecole secondaire de mdecine de Reims.
Ces neuf oprations ont compltement russi; rsultat d'autant plus
remarquable que, dans des expriences rcentes, la castration des vaches
pratique l'aide d'un autre procd a souvent donn lieu une pritonite
mortelle. "
(Commissaires, MM. Serres, Rayer, Lallemand.)
MDECINE. Note sur une modification survenue dans la constitution
mdicale du canton de Dieuze {Meurthe), la suite d'un changement
opr dans le mode d'exploitation de l'tang de Lindre-Basse; par
M. Ancelon. (Extrait.)
(Commissaires, MM. Serres, Andral.)
'< Dans deux Notes prsentes l'Acadmie des Sciences, le 21 juil-
let 1845 et le 1 5 mai 1847, jamais fait connatre et le mode d'exploitation
de l'tang de Lindre, et les endmies qui on sont la suite constante. Ces
endmies, qui se succdent sans interruption, sont: 1 des fivres inter-
mittentes, dont les villages de Lindre-Basse et d'Assenoncourt sont le berceau
habituel; 2 des fivres typhodes qui partent, chaque trois mois, du village
de Guermange ; 3 des affections charbonneuses qui se montrent Tar-
quimpol, village bti sur une minence qui forme presqu'le, au sud de l'tang
de Lindre.
" Dans le mode d'exploitation habituel de l'tang de Lindre on le tient
plein d'eau pendant deux ans consacrs au dveloppement et l'accroisse-
ment du poisson qu'on y entretient, puis on le pche et on le vide, ds le
i" octobre de la seconde anne, afin de le desscher et de le livrer l'agri-
culture la troisime anne. A la premire anne, correspondent les fivres
intermittentes; la deuxime, les fivres typhodes; la troisime, les affec-
tions charbonneuses.
Ce cercle rgulier d'oprations rurales et de maladies vient d'tre
modifi, pour la premire fois, en 1848 et 1849. ^'^ propritaire actuel,
contrairement ce qui se pratiquait jusqu'en ces derniers temps, au lieu de
laisser desscher son tang au printemps de 1849 (troisime anne), a cou-
vert de minces nappes d'eau toutes les surfaces impropres l'agriculture,
et nous a exposs, le 9 mai 1849, ^ ""^ inondation qui couvrit d'eau les
treize premiers kilomtres de la valle de la Haute-Seille (cette rivire a
C. R., i85o, a Semestre. (T. XXXI, N" .) i'J
(.18)
sa source dans l'tang de Lindre-Basse), dans une largeur moyenne de
900 mtres.
De ce changement insolite, apport au mode d'exploitation de l'tang
de Lindre, est rsulte une modification singulire de la constitution mdi-
cale du pays.
1. Les affections charbonneuses n'ont pas reparu , comme d'habitude^
en 1849, '^'^'^^ ^^ village de Tarquimpol que, dans mes prcdentes com-
munications, je dsignais comme le foyer de cette sorte d'endmie.
2. A partir du 9 mai 18491 toute la contre a t envahie par une v-
rilable pidmie de fivres intermittentes; pidmie dont la marche s'est
calque d'ailleurs sur ces endmies circonscrites, dont Lindre-Basse et Asse-
noncourt sont les foyers habituels. Ainsi, malgr leur apparition insolite et
prmature, les fivres intermittentes ont affect, leur dbut, le type
quotidien, qui bientt s'est effac pour faire place au type tierce; elles ont
t comme suspendues pendant la chaude et sche temprature d'aot, pour
reparatre, avec les brumes de l'automne, sous la forme de quartes rebelles.
Depuis le 11 mai, l'tat sanitaire de la ville de Dieuze, qui tait satis-
faisant jusqu'alors, s'est notablement modifi sous Tinfluence de la consti-
tution dont je parle. Les fivres se sont rpandues dans la ville, en grand
nombre, l'exclusion de toutes les autres maladies; elles ont pris une telle
extension, que notre population de trois mille neuf cent quatre-vingt-dix
mes a fourni, chacun des quatorze mdecins, une moyenne de trente
fivreux, et que chacune de nos quatre pharmacies a distribu la dose
norme de 4o grammes de sulfate de quinine depuis le 9 mai jusqu'au
II Juin 1849- Devons-nous ce surcrot d'manations paludennes l'immu-
nit du cholra asiatique, qui, aprs avoir pntr dans l'arrondissement de
Chteau-Salins, ds le 28 juillet, s'arrta sur le bord des marais de la Haute-
Seille? La prdilection qu'il affecta pour les points les plus levs, les plus
secs et les moins boueux, dans notre dpartement, engagerait admettre
cette hypothse.
" Depuis l'automne dernier," les 671 hectares de l'tang de Lindre-Basse
contiennent leurs 20000000 de mtres cubes d'eau; l'tang, qui se trouve
ainsi rempli pour la premire anne (fivres intermittentes), nous fournit
des manations qui se rapprochent, pour leur mode d'action, de celles qui
s'exhalent habituellement dans le cours de la seconde anne (fivres ty-
phodes). L^es fivres actuelles (juin i85o) se montrent rarement avec le
type tierce; elles sont fort irrgulires. Les plus communes sont quoti-
diennes et passent frquemment l'tat continu et typhode. Rarement
( 119)
nous avons eu occasion d'observer autant de pernicieuses quotidiennes car-
diaques et tierces cphaliques. Quels que soient les doses et le mode d'ad-
ministration des fbrifuges employs (mtO'Cathartique, sulfate de quinine,
acide arsuieux), les rcidives sont frquentes et se reproduisent rgulire-
ment chaque quinze jours : il rst rare qu'il no faille pas revenir au moins
deux fois aux aniipriodiques ; souvent il faut remplacer l'un par l'autre.... '
CONOMIE RURALE. Procd pour obtenir le lait des vaches d'Algrie
sans faire intervenir le veau; par M. Reboulleau.
(Commissaires, MM. de Gasparin, Payen.)
En Algrie, comme dans plusieurs autres pays chauds, on n'obtient du lait
d'une vache qu'en la faisant d'abord teter quelques instants par son veau. Les
paysans ne doutent point que la mre n'ait la facult de donner ou de rete-
nir son lait volont, et qu'elle ne l'abandonne que lorsqu'elle a vu s'appro-
cher son nourrisson. Cette opinion est videmment errone, mais le fait sur
lequel elle s'appuie est rel; et, en effet, si l'on veut, comme dans nos pays,
traire la vache sans une opration pralable, on choue compltement. Les
vaches algriennes ne sont pas aussi bonnes laitires que les ntres, et cela
se conoit aisment quand on compare ce qu'est le rgime alimentaire dans
les deux pays. Mais, en France, des vaches, mme mal nourries, aban-
donnent leur lail^sans qu'il soit besoin de faire intervenir le veau ; ainsi ce
n'est pas l'alimentation seulement que tient la diffrence en question.
M. Reboulleau pense (et c'est une opinion qui s'accorde avec celle qu'ont
mise antrieurement les voyageurs qui ont port leur attention sur les ha-
bitudes du gros btail dans les pays chauds), M. Reboulleau, disons-nous,
pense que ce sont nos vaches qui prsentent un cart de l'tat normal ; que
la facilit avec laquelle elles nous abandonnent leur lait au moyen desimpies
tractions exerces sur le mamelon , est une facult acquise et devenue trans-
missible. Cette facult appartiendra-t-elle un jour aux vaches de l'Algrie?
c'est ce qu'on ne saurait affirmer d'avance; mais ce qu'on peut dire, c'est
qu'un pareil changement, qui devrait s'accomplir au milieu de circonstances
trs-dfavorables, exigerait un temps fort long. Faut-il cependant que nos
colons se rsignent jusque-l suivre la pratique des indignes, conserver
les veaux qui diminuent notablement la quantit du lait, et qui cependant,
tant mal nourris avec la petite porlion qu'on leur en laisse, ont beaucoup
perdu en qualit quand on les livre au boucher? M. Reboulleau ne l'a pas
pens : il lui a sembl qu'on pourrait remplacer la succion exerce par le
: : ' -V' 17..
( l'-o )
jeune animal par une succion qu'exercerait le vacher. Il a construit cet
effet un petit appareil de la forme d'une pipe turque, ayant son fourneau
en terre cuite et son tuyau en bois; la seule diffrence entre les deux usten-
siles est que, dans le dernier, le fourneau, qu'on a soin de faire propor-
tionn aux dimensions du mamelon qui y doit tre introduit, porte son
bord libre une sorte de collerette en baudruche double de peau qui se
colle autour du pis, et que le tuyau , son extrmit buccale, est muni d'une
soupape qui se ferme aussitt ({ue l'on cesse d'aspirer, de sorte qu'on peut,
sans inconvnient, interrompre le mouvement de succion. Quand un peu
de lait a coul par ce moyen, il suffit des tractions mthodiques opres par
la main pour entretenir l'coulement.
CONOMIE RURALE. Sur un nouveau procd de bouturage; par
M. E. Delacboix, professeur l'Ecole de Mdecine de Besanon.
(Commissaires, MM. Ad. Brongniart, Gaudichaud.)
Il y a peu d'annes , j'eus l'honneur de soumettre l'examen de l'Aca-
dmie un nouveau procd de bouturan;e, qui consiste tenir le fragment
dans l'eau par sa base, et dans la terre par sa partie moyenne, avec une
ligature ou une incision annulaire dans l'intervalle. Le succs incomplet de
ce procd ne m'a pas dcourag dans la recherche d'un moyen simple ,
conomique et s<\r de multiplication par bouturage; et c moyen, je crois
l'avoir trouv.
H Ma nouvelle bouture est plonge entirement dans la terre, formant
un arc souterrain, dont la convexit, qui regarde en haut, vient affleurer
le sol, seulement par sa partie moyenne, en un point qui doit tre muni
d'un bon il ou d'un petit rameau entier. De cette manire , la bouture est
protge dans toute son tendue, et le petit bout, au lieu d'lre le sige
d'une dessiccation plus ou moins nuisible au succs, devient une voie d'ab-
sorption. L'il, expos seul la vie arienne, en supporte impunment, et
mme avec avantage, toutes les excitations.
Quoique mes essais ne datent que des derniers jours de juin, j'ai dj
assez vu pour tre convaincu que ce procd peut tre srieusement utile.
)i Deux sillons parallles, distants de o,io, ont t pratiqus dans
un potager de mdiocre valeur, situ sur un plateau calcaire des envi-
rons de Besanon. Une centaine de boutures (pommiers, poiriers, pru-
niers, abricotiers, tulipiers, rosiers, etc.), presque toutes entirement
prises sur du bois de l'anne, ont t courbes et enterres par bouts de l'un
( I^' )
l'autre sillon. Quelques arrosements ont t faits. Aujourd'hui, 2a juillet,
toutes ces boutures, en plein air et au soleil, ont la fracheur qu'elles avaient
au moment de la plantation. Chez la plupart, la partie arienne est dj le
sige d'une vgtation active, notamment chez des poiriers et des tulipiers,
dont les bourgeons atteignent une hauteur de 1 a centimtres. Si l'enra-
cinement, comme je l'espre, est double et complet cet automne, j'aurai
l'honneur d'en informer l'Acadmie par une nouvelle Note.
MDECINE. Deuxime Mmoire sur les maladies de l'oreille. tude
sur le crumen; par M. Mne.
(Renvoi la Commission nomme l'poque de la prsentation du
premier Mmoire.)
MM. MoniNERET et Fleury adressent une indication des parties qu'ils con-
sidrent comme neuves dans un ouvrage qu'ils ont publi en commun, et
qu'ils adressent au concours pour les prix de Mdecine et de Chirurgie de
la fondation Montyon , le Compendium de mdecine pratique.
(Renvoi la Commission des pri.\ de Mdecine et de Chirurgie.)
M. PuLVERMACRER soumet au jugement de l'Acadmie un appareil de son
invention, qu'il dsigne sous le nom de chane-batterie hjdrovoltaque por-
tative.
(Commissaires, MM. Becquerel, Pouillet.)
M. Leboeitf prsente des considrations sur l'importance qu'il y aurait
apporter, dans la description des grands phnomnes mtorologiques, une
prcision de langage qui rendt comparables des observations faites en dif-
frents lieux. Il pense que l'Acadmie contribuerait aux progrs de la m-
torologie si elle indiquait aux observateurs les circonstances qu'ils doivent
mentionner, et les expressions qu'ils peuvent employer pour rendre exacte-
ment leur ide et la faire bien comprendre au lecteur.
(Renvoi la Commission nomme pour de prcdentes communications
du mme auteur.)
( 122 )
CORRESPONDAIVCE
M. le Ministre de l'Instructiox publique accuse lceplion de l'extrait qui
lui a t adress du procs-verbal de la sance du i5 juillet dernier, sance
dans laquelle MM. Mathieu et Dupin ont t lus membres de la Commission
des retraites institue prs le Ministre de l'Agriculture et du Commerce, en
excution de la loi du i8 juin i85o.
PHYSIQUE TERRESTRE. J^oyage aronautique de MM. Bixio et B\rral.
M. Arago rend compte, peu prs en ces termes, du voyage aronau-
tique de MM. Barrai et Bixio.
MM. Bixio et Barrai viennent d'excuter une nouvelle ascension arosta-
tique dans l'intrt de la science. Je suis persuad que la lecture de leur
journal suffirait pour faire apprcier ce que ce voyage a rapport de
neuf et d'intressant. Mais on en a jug autrement; on a voulcrque, par une
indication rapide, je misse les personnes les moins familiarises avec ces
matires mme djuger de l'importance d'une dcouverte dont MM. Barrai
et Bixio viennent d'enrichir la mtorologie. Je cde c vu.
MM. Barrai et Bixio firent, il y a quelques jours, une ascension qui, dans
les circonstances si dfavorables o elle a t excute, n'a gure eu, et
ne devait gure avoir qu'un rsultat, celui de prouver leur courage, et l'on
peut mme dire leur tmrit.
TiCS deux savants voyageurs taient bien rsolus recommencer leur en-
treprise dans de meilleures circonstances; mais, cette fois, ils n'avaient plus
faire leurs preuves, ils pouvaient attendre le jour et le moment.
M. Regnault s'tait charg des prparatifs; c'est dire que tout ce que la
physique offre d'ingnieux, d'exact a t mis en uvre dans la construction
des instruments et dans leur installation. Mais personne ne pourra apprcier,
sans l'avoir vii , le zle infatigable et le dvouement sans bornes que notre
confrre a dploys jour et nuit dans cette circonstance.
Tout tait prt vendredi, mais le temps fut mauvais. Samedi matin, l'at-
mosphre s'tant claircie, on commena remplir le ballon. L'opration
fut longue, et lorsqu'elle arrivait son terme, vers les une ou deux heures,
le ciel se couvrit et il tomba une pluie diluviale. La pluie cessa ensuite et
le ciel resta entirement couvert; il tait naturel, dans ces circonstances, de
renoncer l'ascension projete. Quelqu'un fit, en prsence des deux voya-
,( 123 )
geuis, Tobservation qu'il pouvait tre trs-utile de connatre le dcroisse-
ment de la temprature atmosphrique avec la haulenr lorsqu'un rideau
continu de nuages nous drobe la vue du ciel. Les rfractions des hauteurs
mJiocres dpendent de la loi suivant laquelle s'opre ce dcroissement. Eh
bien, il arrive quelquefois que le ciel se dcouvre tout coup; or, dans ces
circonstances, il doit rester dans l'atmosphre des traces plus ou moins
marques du dcroissement de temprature anormal dont la prsence du
nuope avait t la cause. Les observations recueillies dans des ascensions
arostatiques failes dans un temps serein, ne sont pas compltement appli-
cables ce cas spcial. D'ailleurs, il y a des occasions nombreuses o l'on
observe travers des claircies. Ds que MM. Barrai et Bixio purent juger,
par ces considrations et d'autres qu'il serait superflu de rapporter, que leur
voyage pouvait tre utile, ils se placrent dans la nacelle et s'lanei-ent dans
les airs.
Vous connatrez tous les dtails de cette ascension par le journal dtaill
crit dans la nacelle mme et dont M. Regnault va donner lecture. Je me
contealerai de dire qu'aux plus grandes hauteurs o ils soient parvenus, nos
voyageurs n'prouvrent aucun malaise, aucun embarras dans la respiration,
que M. Bixio ne ressentit pas les vives douleurs d'oreilles dont il avait souffert
dans son premier voyage; sans doute cause de la prcaution qu'il prit de
maintenir l'air contenu dans cet organe et l'air extrieur la mme pression,
en faisarit de temps autre le mouvement d dglutition. Ajoutons que les
deux physiciens ont rencontr une couche de nuages qui avait plus de
5ooo mtres d'paisseur, qu'ils ne sont pas parvenus la traverser entire-
ment, que leur descente a commenc s'oprer contre leur gr, la hau-
teur d'environ y ooo nitres, que cette descente involontaire a t l'effet
d'une dchirure qui s'tait produite vers la partie infrieure du ballon.
Parlons maintenant des observations que nos deux voyageurs ont eu
l'occasion de faire. Lorsqu'ils avaient atteint leur station suprieure dans ce
nuage de 5 ooo mtres, il se forma dans la masse vaporeuse qui les entou-
rait une claircie travers laquelle ils virent le bleu du ciel. Le polariscope,
dirig vers cette rgion , montrait une polarisation intense; lorsqu'on poin-
tait ct, hors do l'claircie, la polarisation, au contraire, tait nulle. Ceci
ne doit pas tre considr comme une rptition de l'exprience faite dans le
premier voyage, car alors on avait vis la lumire rflchie par les nuages,
tandis que cette fois c'est dans la lumire transmise qu'on a constat
l'absence de toute polarisation. ' v -> '
Un phnomne optique intressant a signal cette ascension. Avait d'at-
( llk )
teindre la hauteur limite, la couche de nuages qui couvrait le ballon ayant
diminu d'paisseur ou tant devenue moins dense, nos deux observateurs
virent le soleil affaibli et tout blanc; en mme temps ils aperurent au-des-
sous du plan horizontal de la nacelle, au-dessotis de leur horizon, et une
distance angulaire de ce plan gale celle qui mesurait la hauteur du soleil ,
un second soleil semblable celui qu'etit rflchi une nappe d'eau situe
cette hauteur. Il est naturel de sup|)Oser, comme l'ont fait nos deux
voyageurs, que le second soleil tait form par la rflexion des rayons
lumineux sur les faces horizontales de cristaux de glace flottant dans cette
atmosphre vaporeuse.
Venons au rsultat le plus extraordinaire , au rsultat tout fait inattendu
qu'ont fourni les observations thermomtriques. Gay-l^ussac, dans son ascen-
sion par un temps serein ou plutt lgrement vaporeux, avait trouv une
temprature de 9",5 au-dessous de zro, la hauteur de 7016 mtres.
C'est le minimum qu'il ait observ. Cette temprature de 9", 5 au-dessous de
zro, MM. Barrai et Bixio l'ont trouve dans le nuage, la hauteur d'environ
6000 mtres; mais partir de ce point-l, et dans une tendue d'environ
600 mtres , la temprature varia d'une manire tout fait extraordinaire
et hors de toute prvision. Je vais citer le nombre qui rsulte de diverses
observations; mais, auparavant, je dois inviter l'auditoire qui m'coute ne
pas se livrer un mouvement irrflchi d'incrdulit, car je prouverai un
instant aprs que le rsultat que je vais noncer est exact. MM. Barrai et
Bixio ont vu la hauteur de 7000 mtres, quelque distance de la limite
suprieure du nuage , le thermomtre centigrade descendre 89 degrs au-
dessous de zro. C'est 3o degrs au-dessous de ce qu'avait trouv Gay-Lussac
la mme hauteur, mais dans une atmosphre sereine.
J'ai hte de prouver que ce nombre extraordinaire n'est affect d'aucune
erreur d'observation. Le baromtre l'aide duquel on devait dterminer la
hauteur tait naturellement muni d'un thermomtre destin donner la
temprature du mercure. Ce thermomtre n'avait t gradu que jusqu'
37 degrs au-dessous de zro. Ces 3^ degrs semblaient devoir suffire dans
les plus grandes hauteurs o l'on pt supposer que nos voyageurs s'lveraient.
Eh bien, le mercure tait descendu au-dessous de ce 37* degr; il n'tait
pas cependant rentr tout entier dans le rservoir. Par une valuation qui
ne doit pas tre loin de la vrit quand elle est faite par un physicien
du mrite de M. Regnault, le mercure tait 1 degrs au-dessous de 37. fje
thermomtre du baromtre de MM. Bai-ral et Bixio marqua donc 39 degrs.
M. Walfredin a invent de trs-ingnieux thermomtres dversement,
{ 125 )
qui donnent eux-mmes les maxima et les minima de temprature auxquels
ils ont t exposs. Le thermomtre maxima est fort en usage : il est
dsirer que le second, qui est moins connu , se rpande parmi les physiciens.
Il rendra d'importants services la mtorologie. M. Walferdin avait remis
un de ses thermomtres minima MM. Barrai et Bixio. Ce thermomtre
divisions arbitraires tait renferm dans un tui perc d'un grand nombre
de trous pour permettre la circulation de l'air. Sur la demande de nos deux
voyageurs , il avait t cachet. Le cachet est arriv intact, et a t bris au
Collge de France en prsence de MM. Regnault et Walferdin. Des op-
rations minutieuses ont prouv que le thermomtre minima avait baiss
jusqu' 39", 7. Aprs ces deux observations prcises, peine est-il ncessaire
de dire que le fait d'un abaissement extraordinaire de la temprature se
trouve rsulter de l'impossibilit o furent nos voyageurs de lire les indica-
tions de plusieurs thermomtres, dont la liqueur tait descendue jusqu'au
bouchon de lige qui les maintenait. M. Barrai voulut se dbarrasser de ces
bouchons avec un canif; mais ses doigts tant roidis par le froid, l'instru-
ment tomba travers les mailles de la nacelle. M. Bixio ne fut pas plus
heureux en voulant se servir d'un couteau. Le fait de l'abaissement presque
subit de temprature dans la masse nuageuse, est une dcouverte qui int-
resse au plus haut degr la mtorologie. Quelle est la constitution particu-
lire d'un nuage qui le rend apte , par la voie du rayonnement vers l'es-
pace ou de toute autre manire , un si prodigieux refroidissement? C'est
une question qu'en ce moment il est seulement sage de poser. Peut-tre cette
constitution anormale joue-t-elle un rle dans la formation de la grle ? Peut-
tre est-elle la cause des changements considrables de temprature qu'on
prouve subitement dans un lieu donn. F^a solution de ces questions est r-
serve l'avenir, ce qui ne diminue en rien l'importance de l'observation.
Dans le journal dont M. Regnault va donner lecture , les tempratures
ont t dtermines par ce physicien , et les hauteurs calcules par M. Ma-
thieu. C'est assez dire que, des deux cts, on peut compter avec une
entire confiance sur les rsultats. On dduit des calculs de M. Mathieu que
nos deux voyageurs seraient parvenus la hauteur de 7004 mtres (i), c'est- .
-dire 12 mtres en contre-bas de celle o Gay-Lussac s'tait lev; mais il
est juste d'observer que les formules l'aide desquelles on calcule les hau-
teurs reposent sur l'hypothse d'un dcroissement de temprature peu prs
(i) Aprs l'application l'une correction d'abord nglige, M. Mathieu a trouv 7016
mtres.
C.R., i8'io,2"?=Semej/;e. T.XXXl, N S.) l8
( IS.6 )
uniforme, et que, dans ce cas-ci, un changement de hauteur que l'on peut
valuer 600 mtres , a donn lieu une variation de temprature d'environ
3o degrs, taudis que, dans l'air serein, la variation n'aurait t que de 4
5 degrs.
La dcouverte importante faite dans ce voyage aronautique montre tout
ce que la science peut encore attendre de semblables expditions quand
elles sont confies, comme cette fois, des observateurs intrpides, soigneux,
exacts et sincres.
Journal du voyage aronautique fait le l'j juillet i85o par
MM. Barrl et Bixio.
>' IjCS principales questions sur lesquelles nous devions fixer notre atten-
tion , pendant notre second voyage arien, taient les suivantes:
i". Loi du dcroissement de la temprature atmosphrique avec la
hauteur;
a. Influence du rayonnement solaire, dans les diverses rgions de
l'atmosphre, dduites d'observations faites sur des thermomtres dont les
rservoirs taient dous de pouvoirs absorbants trs-diffrents ;
3. Dtermination de l'tat hygromtrique de l'air dans les diverses
couches atmosphriques, et comparaison des indications du psychromtre
avec le point de rose dans les trs-basses tempratures;
') 4- Analyse de l'air atmosphrique diffrentes hauteurs;
" 5. Dtermination de la quantit d'acide carbonique contenue dans les
hautes rgions de l'atmosphre;
1 6". Examen de la polarisation de la lumire sur les nuages ;
7, Observation des divers phnomnes optiques produits par les
nuages.
" Les appareils mis notre disposition taient :
n 1. Deux baromtres siphon, gradus sur verre, dont nous n'avions
observer que le mnisque suprieur; la position du mnisque infrieur
tant donne par une Table construite d'aprs des observations directes
faites dans le laboratoire. Chacun de ces baromtres est muni d'un thei-
momtre divis en degrs centigrades.
2. Trois thermomtres, portant des chelles arbitraires, fixs 5 cen-
timtres d'une plaque mtallique. Le rservoir du premier de ces thermo-
mtres est surface vitreuse ; la surface du deuxime est noircie au noir de
fume; enfin le rservoir du troisime est recouvert d'un cylindre d'argent
( '27 )
poli qui enveloppe galement une portion de la tifje. Les rservoirs sont des
cylindres troits, mais trs-allongs. Immdiatement au-dessous des rser-
voirs, la plaque mtallique porte une plaque argente trs-polie. La plaque
munie des thermomtres est dispose horizontalement sur un des cts de
la nacelle, aBu de rester constamment expose la radiation solaire.
3. Un thermomtre vertical, chelle arbitraire, dont le rservoir
cylindrique se trouve dans l'axe de plusieurs enveloppes concentriques en
fer-blanc trs-poli, ouvertes leurs bases, pour permettre la circulation de
l'air. Cette disposition avait t imagine pour obtenir, au moins approxima-
tivement, la temprature que marquerait un thermomtre l'ombre.
>' 4- ^Q psychromtre form par deux thermomtres chelle arbitraire.
5. Un hygromtre condenseur de M. Regnault.
'I 6. Des tubes potasse caustique et ponce imbibe dacide sulfu-
rique, pour le dosage de l'acide carbonique de l'air. L'aspiration de l'air de-
vait tre produite par une pompe, de i litre de capacit et exactement
jauge.
" 7. Deux ballons de i litre de capacit, munis de robinets en acier, et
destins recueillir de l'air dans les hautes rgions. Ces ballons, disposs
dans des botes en fer-blanc, avaient t exactement privs d'air avant le
dpart.
8. Un thermomtre minima de Walferdiu. Ce thermomtre, gradu
par M. Walferdin , est renferm dans un cylindre en fer-blanc, perc de
trous. Sur notre demande, cet appareil a t plac sous cachet.
>' 9". Un appareil fourni par M. Regnault, et destin indiquer le
maximum d'lvation auquel le ballon sera parvenu. Cet appareil est ren-
ferm dans un tui de fer-blanc perc d'un grand nombre de petites ouver-
tures. Le couvercle de l'tui a t aussi revtu d'un cachet. . '* ,;
io. Un polariscope de M. Arago.
Les instruments diviss ont t construits par M. Fastr, sous la direc-
tion de M. Regnault. Les Tables de graduation ont t dresses dans le
laboratoire du Collge de France ; elles n'taient connues que de M. Regnatdt.
Le ballon est celui de M. Dupuis-Delcourt qui avait servi notre pre-
mire ascension ; mais l'oriHce infrieur se termine par un appendice cylin-
drique en soie , de 7 mtres de longueur, qui reste ouvert pour laisser sortir
librement le gaz pendant la priode ascendante. La nacelle se trouve sus-
pendue 4 mtres environ au-dessous de l'orifice de l'appendice. Les instru-
ments sont fixs autour d'un large anneau en tle qui s'attache au cerceau
ordinaire en bois portant les cordes de la nacelle. La forme de cet anneau
18..
( *28 )
est telle, que les instruments sont placs une distance convenable des
observateurs.
Notre projet tait de partir vers lo heures du matin; toutes les dispo-
sitions avaient t prises pour que le remplissante de l'arostat comment
6 heures. MM. Vron et Fontaine taient chargs de cette opration.
>' Malheureusement, des circonstances indpendantes de notre volont
ont occasionn de fcheux retards, et le ballon ne fut prt qu' i heure.
Le ciel, qui avait t trs-pur jusqu' midi, se couvrit de nuages, et bientt
une pluie torrentielle s'abattit sur Paris. La pluie ne cessa qu' 3 heures.
La journe tait trop avance , et les circonstances atmosphriques trop
dfavorables, pour que nous pussions avoir l'espoir de remplir le programme
propos. Mais l'arostat tait prt, de grandes dpenses avaient t faites,
et des observations, dans cette atmosphre trouble, pouvaient conduire
des rsultats utiles. Nous nous dcidmes partir. Le dpart eut lieu
4 heures; il prsenta quelque difficult cause de l'espace, trs-rtrci, que
le jardin de l'Observatoire laissait la manoeuvre. Un des baromtres fut
cass, et laiss terre. Le mme accident arriva au thermomtre surface
noircie.
Nous transcrivons ici les notes que nous avons prises pendant notre
ascension.
4*" 3. Dpart. Le ballon s'lve d'abord trs -lentement, en se diri-
geant vers l'est-, il prend un mouvement ascendant plus rapide, aprs la
projection de quelques kilogrammes de lest. Le ciel est compltement cou-
vert de nuages, et nous nous trouvons bientt dans une brume lgre.
mm
4'' 6" Le barom. marque 694, 7(*)lethermora. dubarom. -I- 16 hauteur = 757""
41- 8" . . 674,96 . .- = 999
4'' g^So* 655,57 + (3,o =1244
4'' n" . . 636,68 . -h 9,8 = i483
(*) Toutes les hauteurs baromtriques indiques ont t ramenes la temprature de
o degr par le calcul. Au moyen des observations baromtriques et thermoratriques faites
l'Observatoire et dans la nacelle , on a calcul les hauteurs de 19 stations au-dessus de
l'Observatoire , et au-dessus de la mer, en les augmentant de 65 mtres. Mais les trois hau-
teurs 65i2, 7016 et 6765 mtres, o la temprature tait descendue 35, 39 et
Sg", ont t obtenues en partant , non de l'Observatoire , mais de la station intermdiaire
de 5 902 mtres o la temprature tait de g,8 et la pression 367"'", o4- On trouve ainsi
7004 mtres pour la station la plus leve. Mais il faut encore y ajouter une correction de
12 mtres due la hauteur 5 902 mtres de la station infrieure'de comparaison , ce qui fait
en tout 7 016 mtres.
( 1^9 )
Au-dessus de nous une couche contiaue de nuafjes; au-dessous, des
nuajjes dtachs qui semblent rouler sur Paris. Nous sentons un vent frais.
4''j3"-
Baromtre 597,78
thermomtre
4- 9",o hauteur =: 201 3""
4''i5"'
558, 7
a = 2567
4'' ao"
482, 2
o'jS = 3751
Le nuage dans lequel nous pntrons prsente l'apparence d'un biouil-
lard ordinaire trs-pais ; nous cessons de voir la terre.
Baromtre 4*^5, 4i thermomtre 7'',o hauteur =r 5 1 2 1 "
Quelques rayons solaires deviennent perceptibles travers les nuages.
Le baromtre oscille de 366, 99 386,42; le thermomtre marque
9,o; hauteur de 69 11 6492.
>' Le ballon est entirement gonfl; l'appendice, jusqu'ici rest aplati
sous la pression de l'atmosphre, est maintenant distendu, et le gaz s'chappe
par son orifice infrieur sous forme d'une trane blanchtre; nous sentons
trs-distinctement son odeur. On aperoit une dchirure dans le ballon
une distance de i,5 environ de l'origine de l'appendice. Une claircie se
manifeste et laisse voir vaguement la position du soleil.
Le ballon reprend sa marche ascendante , aprs un nouvel abandon
de lest.
4*' 25. Oscillations du baromtre entre 347, 7^ ^^ 367, o4; le thermo-
mtre varie de 10, 5 9, 8; hauteur variant de 633o 6902 mtres.
Le brouillard, beaucoup moins intense, laisse apercevoir une image
blanche et affaiblie du soleil. Oscillations du baromtre. Nous sommes cou-
verts de petits glaons , en aiguilles extrmement fines , qui s'accumulent dans
les plis de nos vtements. Dans la priode descendante de l'oscillation baro-
mtrique, par consquent pendant le mouvement ascendant iu ballon, le
carnet ouvert devant nous les ramasse de telle faon qu'ils semblent tomber
sur lui avec une sorte de crpitation. Rien de semblable ne se manifeste dans
la priode ascendante du baromtre, c'est--dire pendant la descente de
l'arostat.
Le thermomtre horizontal vitreux marque 4> 69
Le thermomtre argent 8, gS
Nous voyons distinctement le disque du soleil travers la brume con-
gele; mais, en mme temps, dans le mme plan vertical, nous aperce-
vons une seconde image du soleil, presque aussi intense que la premire/
( i3o)
les deux images paraissent disposes symtriquement au-dessus et au-
dessous du plan horizontal de la nacelle, en faisant chacune avec ce plan
un angle d'environ 3o degrs. Ce plinomne s'observe pendant plus de
lo minutes.
" La temprature baisse trs-rapidement ; nous nous disposons faire une
srie complte d'observations sur les thermomtres rayonnement et sur les
thermomtres du psychroratre; mais les colonnes mercurielles sont caches
par les bouchons, parce que Ion n'avait pas prvu un abaissement aussi
brusque de la temprature. Le thermomtre des enveloppes concentriques
en fer-blanc marque 23, 79.
" 4'*32. fiCS nuaf^es s'cartent au-dessus de nous, et nous voyons dans
le ciel une place d'un bleu d azur clair, semblable celui que l'on voit de la
terre par un temps serein. Le polariscope n'indique de polarisation, dans
aucune direction , sur les nuages en contact ou plus loigns. IjC bleu du ciel
est, au contraire, fortement polaris.
" Oscillations du baromtre. On jette du lest, ce qui dtermine un nouveau
mouvement ascendant.
4'' 45'"- Baromtre 338, o5 therrnonitre du baromtre 35 hauteur :=65i2'
>' Nos doigts sont roidis par le froid , mais nous n'prouvons aucune
douleur d'oreilles et la respiration n'est nullement gne. Le ciel est de
nouveau couvert de nuages, mais laisse encore apercevoir le soleil voil
et son image. Nous jetons du lest, ce qui dtermine une nouvelle ascension.
n 4'' 5o". Baromtre 3i5,02. [/extrmit de la colonne du thermomtre
du baromtre est infrieure, de 2 degrs environ, la dernire division tra-
ce sur l'instrument. Cette division est 37 degrs; la temprature tait
donc de 39degrs environ, hauteur = 7016 mtres.
Le baromtre oscille de 3i5 , 02 326, 20; ainsi l'arostat oscille de
7016 mtres 6765. Il ne nous reste plus que 4 kilogrammes de lest,
que nous jugeons prudent de conserver pour la descente. Nous esprions
nous maintenir quelque temps cette hauteur, mais, bien que l'appendice
ft relev pour viter la sortie du gaz par son orifice, le ballon commence
son mouvement descendant. Nous faisons nos prises d'air. F^e tube de l'un de
nos ballons se casse sous les efforts que nous faisons pour tourner le robinet;
je second se remplit d'air sans accident.
S*" 2"" Baromtre 436, 4" temprature 9 hauteur = 45oa"
( '3i )
Nous rencontrons encore les petites aiguilles de glace.
5h ^m
Baromtre 4^3,1 6
temprature 7
5h ,om
540 , 39
3
S"- la"
559,70
1
5h ,^ra
582,90
Le thermomtre vitreux marque + 2, 5o
argent + 1, 91
hauteur = 3688"'
= 2796
= 2452
=2i85
" S*" l"*. Baromtre de 698,5 618,0; temprature + i,8; hauteur
variant de 1973 1707.
>' Oscillations produites par les dernires portions de lest que nous jetons.
Nous ne nous occupons plus que de modrer la descente, en sacrifiant tout
ce que nous avons de disponible, hors les instruments, et nous mettons les
thermomtres dans leurs tuis.
S"* Bo. Arrive terre, au hameau des Peux, commune de Saint-
Denis-les-Rebais , arrondissement de Coulommiers (Seine-et-Marne;,
quelques pas de la demeure de M. Brulfert, maire de cette commune,
situe 70 kilomtres de Paris.
>> Nous avons eu le bonheur de ne casser aucun instrument la descente.
Nous ne trouvons au village qu'une charrette pour nous transporter la
station la plus voisine du chemin de fer de Strasbourg, loigne de 18 ki-
lomtres. Le trajet fut pnible dans les chemins de traverse; le cheval
s'abattit. Deux des appareils que nous tenions le plus rapporter intacts
Paris furent briss ou mis hors de service: le ballon air et l'instrument indi-
cateur du minimum de pression baromtrique. Heureusement, le thermo-
mtre minima de M. Walferdin fut rapport intact, avec son cachet, au
Collge de France.
Le cachet a t enlev par MM. Regnault et Walferdin , et le minimum
de temprature, dtermin par des expriences directes, a t trouv de
39, 67, par consquent trs-peu diffrent de la plus basse temprature
que nous avions observe nous-mmes sur le thermomtre du baromtre.
A la demande de M. Regnault, MM. Person , Besanon; de Braut,
Dieppe; Berlin, Strasbourg; Haeghens, Versailles; Monvel, Orlans;
Renou, Vendme; Malaguti, Rennes; Girardin et Boutan, Rouen; et
Isidore Pierre, Caen , ont bien voulu, pendant les journes des 26 et
27 juillet, faire, de quart d'heure en quart d'heure, des observations baro-
mtriques et thermomtriques, qui sont runies dans les tableaux sm\Sinis,
ainsi que celles faites simultanment l'Observatoire de Paris.
( 3a )
OBSERVATIONS MTOROLOGIQUES DU 26 JUILLET *8S0.
HEURES (*)
BESANON.
LAGHAPELLE
(prs Dieppe).
STRASBOURG.
VERSAILLES.
HAUT. DD BAROH. A1I-DB88DS
HAUT. DU BAROM. AU-DESSUS
HAUT. DU BAKOU. AU-DESSUS
HAUT. DU BAROH. AU-DESSUS
IIBS
DE hk MER
, S70-.
DE LA MER, 146". 90.
DE LA MEB
1M",1.
DE LA MER, IS^",!.
OBSERVATIONS.
Barom. rduit
Temprt
Barom. rduit
Temprt.
extrieure.
Barom. rduit
Temprt.
Barom. rduit
Temprt.
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extrieure.
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i") Le.i heures sont celles du temps moyen de chaque lieu d'observation. Comme a Paris on saraft que MM. Barrai et Bixio n'a?ai'
gartir le 26 juillet, les obserrations d'; ont t Taites que le samedi 27. D'un autre ct, par suite d'un maleutendu. les observatic
esaocoQ ont t faites le S5 et le 2R ; nous ne rapportons Ici quo celles du S6.
ieni pu
obsetTatioQs d
( i33 )
OBSERVATIONS MTOROLOGIQUES DU 26 JUILLET 1880.
nmiin r\n
ORLANS.
VENDOME.
RENNES.
CAEN.
ROUEN.
HEllES
HAUT. DU BAROM. AU-DESSUS
HAUT. DU BAROM. AU-DESSUS
HAUT. DU BAROM. AU-DESSUS
HAUT. DU BAROM. AU-DESSUS
HAUT. DU BABOU. AU-DESSUS
des
OBseavAT.
DE LA MER, lie',.
DE LA MER, 83", 7.
DE LA MER, 53", 6.
DE LA HEB
Barum. rduit
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DE LA MER, 59".
Barom. rdui
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Temprt.
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7,4
754,57
20,3
C R., iSfjo, 21' Semestre. ( T, XXXI, K" '0 )
( '3/, )
OBSERVATIONS MTOROLOGIQUES DU 27 JUILLET ISiSO
LACHAPELLB
STRASBODRG.
VERSAILLES.
ORLANS.
VENDOME.
HEURES
(prs Dieppe).
HAUT. DU BROH AU-DESSUS
HAUT, LU BABO,,
. AU-DESSUS
HAUT. DU BAROH. AUHDBSSU8
HAUT, DU BAROM. AU-DESSUS
BAUT. OU BABO
1. AU-DESSUS
DE LA MER, 146", 9.
DE LA UHh
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DE LA MEII, 134", 1.
DE LA MER, ]lh",3.
DE LA MER
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Barom. rduit
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HAUT. DU RAROM. AU-DtSStlS
HAUT, DU BAROM. AU-DESSUS
HAUTEUR DU BAHOMTRE AU-DESSUS
UAUT. DO BAROM. AU-DES^IS
OBSERVATIONS.
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19-
( i36 )
CHIMIE ORGANIQUE. Action de l'acide nitrique sur les alcalis organiques.
(Note de M. Thomas Anderson, prsente par M. Dumas.)
En poursuivant des recherches sur la codine dont j'ai entretenu, il y a
quelque temps, la Socit royale d'Edimbourg, j'ai t conduit observer
quelques phnomnes fort remarquables qui rsultent de l'action de l'acide
nitrique sur cette substance, et qui paraissent tre communs toutes les
bases organiques, toutes celles du moins que j'ai eu l'occasion d'examiner
jusqu'ici.
Si l'on traite la codine par de l'acide nitrique trs-tendu, on obtient
une base substitue, la nitrocodine ; si, au contraire, l'acide est d'une con-
centration moyenne, une action fort violente a lieu, accompagne d'un d-
gagement de vapeurs d'acide uitreux, dont rsulte une dissolution de couleur
orange, dposant, quand on y ajoute de l'eau , un acide rsineux. Si l'on
fait vaporer l'acide nitrique en chauffant au bain-marie , on obtient l'acide
nouveau sous la forme d'une masse poreuse, jauntre, facilement soluble
dans l'alcool , dont il est reprcipit par l'eau. Je n'ai pas achev jusqu'ici
l'analyse de cette substance, nanmoins les rsultats obtenus paraissent indi-
quer une formule drive de celle de la codine par la substitution de NO^ et
l'addition de plusieurs quivalents d'oxygne. Si l'on traite cet acide par une
dissolution de potasse dilue, il se dissout en donnant la liqueur une couleur
rouge fonc, et si l'on porte l'buUition , une base volatile d'une odeur trs-
forte et particulire se dgage, base qu'on obtient, par la distillation, dissoute
dans l'eau du rcipient. Le liquide qui passe est d'une odeur la fois pn-
trante et putride, et dgage des vapeurs blanches lorsque l'on approche une
baguette de verre humecte avec de l'acide chlorhydrique : il possde une
raction basique trs-forte. Cette dissolution, sature d'acide chlorhydrique
et vapore ensuite aui bain-marie, abandonne un sel trs-cristallin, qui se
dissout facilement dans l'alcool absolu. Le bichiorure de platine, ajout
cette dissolution, doune lieu un beau prcipit jaune. Les analyses de ce
sel ont donn des rsultats correspondants la formule GaHsNHCIPtCla ,
d'o il rsulte que la base est la mthy lamine de M, Wurtz. J'avais dj tabli
la formation de la mthylamine par l'action de la chaux potasse et de la
chaux sode sur la codine dans le Mmoire que je viens de citer. Cette base
parat tre le seul produit de l'action de la potasse sur l'acide jaune , mais
je me suis assur que l'action de la chaux potasse sur la codine elle-mme
dtermine la formation non-seulement de la mthylamine, mais aussi d'une
( i37)
autre base CjHjN, la propylamine (i). Il parat donc qu'il existe une cer-
taine analogie entre l'action de la chaux sode et celle qu'exercent successi-
vement l'acide nitrique et la potasse sur cette base. Je n'insiste pas, pour le
moment, sur ce point-l, sur lequel je reviendrai dans la suite de mes
recherches.
La narcotme forme avec l'acide nitrique une grande varit de produits
qui dpendent de la concentration de l'acide. Si l'on opre une temprature
basse et avec un acide trs-tendu, on obtient des bases drives que je n'ai
pas encore examines; mais, par l'action d'un acide plus concentr, il se
forme un acide jaune rsineux. Si l'on traite cet acide par une dissolution de
potasse, il se dgage une base volatile, qui, avec le sel de platine, donne des
rsultats correspondants la mthylamine.
La morphine et la strychnine , par le mme traitement, donnent des
bases volatiles que je suis occup dans ce moment examiner.
L'action de l'acide nitrique sur la piperine est trs-nergique; des va-
peurs d'acide nitreux se dgagent en abondance, accompagnes d'une odeur
particulire ressemblant celle des amandes amres. Il se forme une rsine
bruntre, dont une partie flotte la surface, et dont l'autre reste dissoute
dans l'excs d'acide nitrique, et dont on peut la prcipiter en ajoutant de
l'eau.
)' En vaporant l'excs d'acide au bain-marie, on obtient un rsidu brun ,
qui se dissout dans la potasse, avec ime magnifique couleur rouge de sang.
A l'buliition il se dgage une base volatile d'une odeur particulire et aroma-
tique formant un trs-beau sel avec l'acide chlorhydrique , qui cristallise de
l'alcool absolu en aiguilles de i pouce de longueur, mme en oprant avec
de trs-petites quantits.
Lorsqu'on chauffe un mlange de nicotine et d'acide nitrique, des va-
peurs rouges se dgagent en abondance ; et, en ajoutant un excs de potasse,
on obtient une nouvelle base volatile, qui parat tre l'thylamine ; mais mes
expriences ne se sont pas encore suffisamment tendues pour dj me per-
mettre de prononcer positivement sur ce sujet-l.
La dcomposition des alcalodes que je viens de dcrire est fort remar-
quable, et parat jeter un jour important sur la constitution des bases orga-
niques. Je me propose , en consquence , d'examiner ce sujet d'une manire
(i) Je ferai observer que mes expriences concernant l'action de la chaux sode sur
la codine furent faites avant que j'eusse lu la Note de M. Wertheim , publie dans le numro
de fvrier des Annalen der Chimie und Pharmacie,
( i38 )
complte, et j'espre tre bientt en mesure de publier les dtails de mes
recherches sur les bases prcdentes, ainsi que sur quelques autres dont je
m'occupe en ce moment. >
CHIMIE. De la nature du phosphore amorphe; par M. A. Schrotter.
J'ai fait connatre, dans mon Mmoire sur l'lat amorphe du phosphore,
les conditions dans lesquelles le phosphore ordinaire, c'est--dire le phos-
phore cristallis, passe l'tat amorphe, ainsi que les proprits physiques
de ce corps, lorsqu'il est dans ce dernier tat, et la manire remarquable
dont il se comporte l'gard des autres corps, f/exactitudc de mes obser-
vations et de mes conclusions a soulev des doutes nombreux , tant raison
de r?xtrme ressemblance qu'offre le phosphore amorphe avec la combi-
naison connue sous le nom ^oxjde de phosphore, qu' cause de la diffrence
frappante qui existe entre les proprits de ces deux modifications du phos-
phore et la manire dont elles se comportent, diffrences qui n'avaient jamais
l observes un pareil degr pour aucun corps simple. Ces doutes ont d'au-
tant moins lieu de me surprendre, que j'ai moi-mme accueilli avec une ex-
trme dfiance mes propres observations, tant que des faits incontestables
ne m'ont point eu dmontr que le corps quej'avais obtenu n'tait point du
tout une combinaison nouvelle du phosphore, mais le phosphore lui-mme
sous une nouvelle forme. M. Dumas est le premier qui ait reconnu , dans la
sance de l'Acadmie des Sciences du 23 octobre 1848 et dans son Cours
la Sorbonne, l'exactitude de mes expriences et des consquences que j'en
dduisais. En mme temps, mes expriences furent rptes dans le labo-
ratoire de M. Liebig, et elles conduisirent aux mmes rsultais. En Angle-
terre, o mon travail fut connu peu de temps avant mon arrive, j'eus
occasion d'avoir pour tmoins de mes expriences M\l. Faraday, Graham,
Hofmann , Muller, Percy, etc.; et lorsque, comme j ai lieu de l'esprer, ce
corps sera devenu un ailicle ordinaire de commerce^ personne ne poinra
plus aloi's mettre en doute l'exactitude de ma dcouverte.
" Je n'avais pu, jusqu' prsent, obtenir cette modification du phosphore
sous une autre forme que celle d'une poudre tnue et d'un rouge variant du
clair au fonc, suivant son degr de tnuit. Dans les nombreux change-
nienls auxquels je soumis le traitement de ce corps, je l'obtins quelquefois,
comme lors de mon premier travail, sous forme de crotes dures, peu dif-
frentes au reste, quant l'aspect, du phosphore en poudre, et prsentant
seulement, aux endroits o il avait t en contact avec le verre, un clat vi-
treux plus prononc. Ce phnomne, qui est videmment l'effet de ce contact,
( '39)
ne saurait, pour ce raoliF, tenir la nature du phosphore amorphe. Toutefois,
cette circonstance, que les crotes affectent une couleur plus fonce que le
phosphore en poudre, me fit tenter quelques expriences dans le hut de d-
terminer la nature de ces crotes. A cet effet, j'exposai du phosphore ordi-
naire une temprature qui tait aussi voisine que possible de celle la-
quelle il se transforme de nouveau, et au bout d'un temps assez long, envi-
ron huit jours, jo l'obtins dans l'tat que je vais dcrire, n'ayant subi que
le plus lger des changements qu'il pouvait subir.
J'avais jug que si l'on parvenait jamais obtenir sous forme coh-
rente le phosphore amorphe, ce serait trs-vraisemblablement par cette
voie. Mon attente ne fut pas trompe ; car, ce qui est digne de remarque , fe
phosphore tait, la fin de l'exprience, pass l'tat d'une masse tout
fait cohrente, d'un rouge brun, prsentant aux cassures un clat mtal-
lique imparfait et noir. Cette masse cassante a des cassures compltement
conchodes. Ces cassures sont irrgulires et offrent des angles aigus et des
bords effils. L'intrieur de la masse affecte la mme coideur rouge que le
phosphore pulvris, en sorte qu' cet gard la ressemblance entre les pro-
prits physiques , abstraction faite de la disposition fibreuse , et celle d'une
varit de la mine de fer rhombodrique, l'hmatite, est presque complte.
" La duret du phosphore amorphe cohrent est trs-considrable; elle
est de 3,5 et tient par consquent le milieu entre celle du spath calcaire et
celle du spath fluor. Sa densit est, 17 degrs centigrades, de 2,089; den-
sit qui est prcisment la mme que celle que Boettger a trouve pour le
phosphore ordinaire. Mais, il ne peut y avoir l qu'une concidence fortuite,
car j'ai toute raison de croire que le chiffre de cette densit, quoique assur-
ment fort exact en soi, ne reprsente pas cependant la densit relle du
phosphore amorphe. Les morceaux que j'ai entre les mains renferment en-
core un mlange de 0,2 o,3 pour 100 de phosphore ordinaire, circon-
stance qui doit ncessairement altrer un peu sa densit vritable. Et en
effet, des morceaux de phosphore amorphe qu'on avait soumis l'influence
encore plus prolonge de la chaleur, et qui renfermaient ds lors moins de
phosphore ordinaire, prsentaient, la temprature de 17 degrs centi-
grades, une densit de 2,106.
Dans mon premier Mmoire je m'tais fond uniquement, pour ta-
blir que le phosphore modifi, par la lumire ou la chaleur, devient
amorphe, sur ce que cette poudre offre le mme aspect l'il nu ou vue au
microscope du pouvoir le phis grossissant. Mais, actuellement cet tat de
masse cohrente apporte une confirmation complte mes ides , car ce
( '40)
corps n'offre pas, dans sa cassure, la moindre trace de cristallisation, et il
ne prsente aucune des proprits qui ont t observes jusqu' ce jour chez
les corps cristalliss; d'o l'on doit conclure qu'il est amorphe. Nous pos-
sdons donc aujourd'hui un phosphore octadrique et un phosphore
amorphe, de mme, pour ne citer qu'un exemple analogue , que nous avons
un carbone octadrique et un carbone amorphe, sans compter le rhom-
bodrique.
Il est peine ncessaire d'ajouter que le phosphore amorphe cohrent,
autant du moins que j'ai pu jusqu' prsent le constater, se comporte chi-
miquement de mme que le phosphore en poudre. Je dois toutefois faire
observer que la proportion moindre de phosphore ordinaire qui y est
jointe, donne lieu quelques phnomnes dont il faut tenir compte; autre-
ment, on serait conduit facilement des erreurs. Lorsqu'on casse un mor-
ceau de phosphore cohrent, il arrive souvent qu'il s'enflamme, et la com-
bustion, accompagne d'une lumire rouge, se continue ensuite lentement,
et dtermine peu peu la rupture de la masse ; on peut facilement l'teindre
en versant dessus de l'eau. Si l'on pulvrise cette masse sous l'eau et qu'on
laisse sjourner l'air la poudre qu'on a dbarrasse de la plus grande partie
de son eau , l'aide d'un filtre en papier, une raction acide ne tarde pas a
s'oprer, l'eau est absorbe, ce qui a lieu galement, mais plus lentement,
quand on a pralablement fait bien scher la poudre. Quand on chauffe
cette poudre, elle s'enflamme mme avant que la temprature ait atteint
loo degrs centigrades. Elle brille dans l'obscurit et se combine avec le
chlore avec flamme. Tous ces phnomnes ne tienueni pas, comme je l'ai
dj montr, au phosphore amorphe, mais au phosphore ordinaire, qui y est
ml. Les faits pourraient faire croire, tort, que le phosphore amorphe
repasse lentement l'tat de phosphore ordinaire ; mais il n'en est rien ,
ou, du moins, on n'a rien remarqu de cela durant un laps de trois ans et
demi. .1 ai sur ma table un filtre couvert de phosphore amorphe qui est rduit
en morceaux extrmement petits, et qui est soumis de la sorte , depuis plus
d'un an , l'influence de l'air, .fe l'arrose de temps en temps; il se sche, et
le phosphore cependant ne donne lieu ni une raction acide, ni aucune
odeur. Tout le monde prendrait cette poudre pour de l'oxyde de fer
pulvris.
" Je dois ajouter, en finissant, que, depuis la publication de mon pre-
mier Travail sur ce sujet, j'ai eu occasion d'obtenir de nouveau les plus im-
portants des rsultats auxquels j'tais arriv, en changeant en partie les cir-
constances o je m'tais plac, et j'ai constat, ma grande satisfaction,
( '41 )
que je n'avais rien reprendre et rectifier aux premiers. Qu'il me soit
permis d'ajouter encore un fait, bien qu'il ne se rapporte pas tout fait au
sujet de cette communication. Je me suis formellement assur que le phos-
phore peut dcomposer l'eau, et qu'il le fait dj une temprature de a5o
160 degrs centigrades. Si l'on met du phosphore humide dans un tube her-
mtiquement ferm par la fusion ses deux bouts, et si on l'expose quelque
temps la temprature susdite, on obtient, en brisant le tube, un gaz hy-
drogne phosphore qui est ml Hj P de P. Thenard, et qui s'enflamme
ensuite de lui-mme. On avait dj admis la dcomposition de l'eau par le
phosphore, sous l'influence de la lumire, afin d'expHquer, par la formation
de l'oxyde de phosphore , la couleur rouge qu'il prend alors. Or, mainte-
nant, il rsulte des faits ci-dessus mentionns que cette transformation ne
tient pas la prsence de l'eau, mais que celle-ci est rellement dcompose
par le phosphore , une temprature peu leve.
M. le Secrtaire perptuel, au nom de M. Palmstedt, Membre de l'Aca-
dmie des Sciences de Stockholm, prsent la sance, fait hommage
l'Acadmie d'un exemplaire en bronze de la mdaille frappe en l'honneur
de l'illustre chimiste Berzelius.
MDECINE. Graine emphje dans V Amrique tropicale comme remde
contre les ejfets de la morsure des serpents. (Note de M. Jomard.)
En quittant cette ville la semaine dernire, M. Herran, charg d'af-
faires de la Rpublique de Gosta-Rica en France, m'a remis un certain
nombre de graines provenant d'un arbre nomm dans le pays cdron, et
qui habite sur les plateaux de la Cordillre des Andes. La proprit qu'on
attribue celte graine, comme puissant antidote contre la morsure des ser-
pents les plus dangereux, parat de nature appeler l'attention, et M. Herran
souhaiterait qu'on la soumit aux expriences ncessaires pour s'assurer de
son efficacit.
Je crois devoir, en consquence, adresser l'Acadmie les graines que
m'a remises M. Herran, ainsi que l'extrait suivant d'une Lettre qu'il m'a
crite en partant :
Ce n'est qu'en 1828 que des Indiens sauvages apportrent sur le march
n de Carthagne quelques graines de cdron. Pour en dmontrer la vertu
1 infaillible , ils firent mordre des animaux et se firent mordre eux-mmes
!' par les serpents les plus dangereux, appels tohoha, corail de la mon-
G. R., i85o, a"> Semestre. i.T. XXXI, No 8.) ^Q
( i4a )
tagne, etc.; la proinptiliiJe avec laquelle- le poison fut neutralis firt si
merveilleuse, qu'on paya la graine jusqu' un doublon (83 francs).
Pendant mon long sjour dans l'Amrique centrale, j'ai eu moi-mme
occasion de recourir la graine de cdron dans huit cas diffrents. Voici
comme je l'employais:
.Cinq six grains de cette graine taient rps; cette poudre, dlaye
'dans une cuillerrc d'eau-de-vie, je la faisais avaler au malade, puis j'en
- saupoudrais un morceau de linge imbib d'eau-de-vie que j'appliquais
sur la morsure ; cela fait , je laissais le malade reposer, et rarement j'ai
eu besoin de rpter la dose pour le gurir radicalement.
J'ai encore employ ce mdicament avec succs dans des cas de fivres
intermittentes qui avaient rsist l'emploi du sulfate de quinine.
CHIMIE ORGANIQUE. De l'action simultane de la chaleur et des bases
alcalines en excs sur les acides homologues de l'acide actique; par
M. Auguste Gahours.
Il existe une srie remarquable d'acides reprsents par la formule g-
nrale
dont le premier terme est l'acide formique, et dont le dernier terme que
nous connaissions actuellement , est l'acide crosique. Un examen attentif et
compar de ces acides et des alcools dont quelques-uns drivent, a conduit
a' l dcouverte de combinaisons trs-nombreuses qui, loin de compliquer
l'bistoire des matires organiques, sont venues apporter une grande simpli-
cit dans leur tude, en permettant de rattacher des sries bien dtermi-
nes (constituant autant de familles naturelles) des corps jusqu'alors sau;.
finVassi , grce aux travaux dont ces substances ont t l'objet dans ces
dernit-es annes, l'histoire des combinaisons organiques prsente-t-elle une
aussi grande nettet que celle des composs de la nature minrale.
Tout ce qui se rattache aux corps de ce groupe prsente donc de I in-
trt; c'est ce titre que je crois devoir communiquer l'Acadmie les r-
sultats suivants.
.l'ai fait voir que l'essence de rue , sous l'influence de l'aci le azotique , se
transforme, suivant la concentration de l'acide et la dure de l'action, eu
quatre acides homologues de l'acide actique, savoir :
Q20H2oo^, acer tique;
CH'^O*, " plargonique;
C"'H"'0*, " caprylique;
C'^H'^0% " nanthylique.
" L'acide plai-gonique tant le moins connu des acides de ce groupe, j'ai
d porter de prfrence sur lui mon attention. Aprs avoir contrl sa for-
mule par l'examen de quelques sels et de son ther, je me suis demand, en
lue basant sur les analogies, s'il ne serait pas possible d'en driver le valyle,
obtenu rcemment par M. Roibe, en faisant agir le courant voltaquesur le
valrale de potasse. La composition de l'acide plargonique est telle en effet,
qu'en enlevant tout l'oxygne et une quantit proportionnelle de carbone
l'tat d'acide carbonique, il reste un carbure d'hydrogne C'"H", homolop^ue
du gaz des marais, et prsentant une composition identique celle du valyle.
En effet ou a
C' Ayant justifi compltement les solutions que ta considration de la hau-
teur des triangles apporte dans la question, nous indiquons sommairement
les formules qui y conduisent, et nous runissons dans un tableau un certain
nombre de ces solutions, plaant en regard celles des cas correspondants,
obtenues en rapportant les dplacements aux longueurs des cts. Le grand
nombre de formes de triangles qui en rsultent pour les cas que nous avons
examins, et nous sommes loin d'avoir puis le sujet, pourra faire juger si
c'est avec raison que nous avons mis cette proposition: la question de la
forme la plus avantageuse donner aux triangles dans les levers comporte
des solutions varies suivant les conditions de minimum auxquelles on veut
satisfaire; dans chaque cas qui se prsente, c'est au topographe choisir la
forme qui convient le mieux aux conditions qu'on a remplir.
g II. Dans un triangle dont on connat un ct b et dont on a mesur
les angles, on veut dterminer l'influence des erreurs commises dans cette
mesure sur la grandeur calculer des autres cts a et c. Les erreurs d'va-
luation sont toujours trs-petites par rapport aux arcs mesurs dans les levers
qui demandent de la prcision; de sorte que si l'on fait varier successivement
les deux angles la base, on a sensiblement les relations
sin Brfrt = c sin rfA et s,n\'Qdc = a?,\ndG.
Les valeurs de da et de de qu'on en tire peuvent servir dterminer
la distance du sommet du triangle exact celui du triangle dform; cette
distance tant le ct d'un petit triangle dont les deux autres cts sont da
et de, l'un exactement et l'autre une quantit excessivement petite du se-
cond ordre prs. De plus, ces derniers cts comprennent entre eux un
angle qui est le supplment de B + rfB; on a ainsi, pour l'expression du
dplacement du sommet B, *
D = \jd^+ dc^-h 2 dadc cos B.
Le rapport de la grandeur du dplacement du sommet la hauteur du
triangle, ou ce qu'on appelle la dformation du triangle, est
'dA. sin'rfC asin rfA sin ^CcosB
I \-
c sin A sin U V sin^ A sln' C sin A sm C
D I /sin'rf
sin A sin B y sin' j
Les plus grandes dformations, soit dans le sens de la hauteur, soit la-
( i57 )
traleraent, ont lieu lorsque dk et dC sont gaux la plus grande erreur
craindre dans l'valuation de chaque angle, dk eidG tant de mme signe
dans le premier cas et de signes diffrents dans le dernier. Elles sont ainsi
respectivement gales aux deux valeurs de l'expression
sin rfA y/sin' A + sin' C !: 2 sin A sin C cos B
sin A sin B sin C
Les dformations sont sensiblement rduites, surtout en hauteur, quand
A = C; l'expression prcdente devient alors -; : - y'a 2 cos B.
" Si e est la plus grande erreur possible dans l'valuation des angles, la
plus erande dformation latrale est -: : ; r \/a a cos B, et si l'anjle B
^ " sin A sin B ' ' "
n'a pas t mesur, on a, pour la plus grande dformation en hauteur,
^ y/a + 1 cos Bj de sorte que la moyenne des plus grandes dforma-
tions dans les deux sens, rapportes la hauteur des triangles, est
sm E
2 sin A sin B
{sji 2 cos B + y'a -H 2 cos B).
" Pour que cette expression soit un minimum, on a la condition
tang A tang A = 2 0uA = C= 56"4i' et B = 66 38'.
Si les dformations taient rapportes au ct c, la moyenne serait
sin
2 sin B
(^2 2C0SB + \/2 + 2C0SB);
son minimum serait donn par la condition tang' A=:i ouA = G:= 45
et B = 90**.
Lorsque les trois angles du triangle ont t mesurs , dk et dd de mme
signe ne peuvent galer , autrement c?B serait gal 2 e; ils ne peuvent
tre plus grands que la moiti de s , et la plus grande dformation en hauteur ;>^
Sin -
2
rapporte la hauteur du triangle devient -. , . ^ v/2 + 2 cos B, ou sensi-
' ' " sin A sin B '
blement ^^.^ a sin B ^^ "*" "^ ^"^ ^ ' '^ "loyf'niie t'es plus grandes dformations
dans les deux sens est ^g^p'^IinB ^ V^^ 2 cos B + { V^ + acosB) ; la condi-
C R , i85o, 1^* Semestre. (T, XXXI, N" 6.) 22
( 58)
tion du minimum exige que tang' A tang A = 4 ou A = C = 60 54'
et B = 58 12'.
Si les dformations taient rapportes au ct c, la moyenne des plus
grandes dformations dans les deux sens serait
(v/2 2 cos B -f- 1 V + 2 ces B) ;
2 sin B
le minimum serait donn par la condition tang' A = 2 ou A = C = 5i34'
et 6 = 76 5 2'.
Pour que la plus grande des dformations dans les denx sens soit la
moindre possible, il faut que les plus grandes dformations dans chaque
sens soient gales, l'une augmentant quand l'autre diminue; quel que soit
le terme de comparaison , on a, dans le cas de deux angles mesurs,
sj-i. 2 cos B = \/2 -f- 2 cos B ou tang A = i ou A = G = 45 et B = 90;
dans le cas de trois angles mesurs, isji a cos B= y/a + 2 cos B
ou tang A = 2, A = C r= 63''26' et B = 538'
Si l'on dtermine le triangle le plus favorable par la condition de cir-
conscrire le plus possible l'espace dans lequel le sommet B peut errer, il
faut prendre le minimum de son aire, oU, ce qui revient au mme, du pro-
duit des plus grands dplacements de ce sommet, dans les deux sens; ce
produit tant j. r ou -^-. -, le minimum est donn par la
' 4si"^cosA lOsinA cos'A r"'
condition tang" A = \, ou A = C = 3o et B = j^o". En divisant par c'
l'expression de la valeur du produit des dplacements, ceux-ci se trouvent
rapports au ct; lemiuimum de ce produit est alors donn par la condition
tang'' A = I , ou A = C = 45 et B = 90.
X En rapportant les dplacements du sommet dans les deux sens, la
hauteur du triangle, leur produit serait un minimum prcisment pour
le cas o les trois angles seraient gaux; en effet, ce produit est , . , / ,
dont le minimum est donn par la condition tang* A = 3, ou A = B = G = 60".
Ainsi, c'est en considrant les dformations par rapport la hauteur du
triangle, qu'on trouverait en6n une certaine condition de minimum, qui
donnerait le triangle quilatral.
Si l'on prend le rapport du produit des dplacements dans les deux
sens on aura un sous-multiple du rapport de l'aire du lieu go-
mtrique des sommets celle du triangle; ce rapport est
2 b sin^ A cos A_
( '59)
ou , . *' ' , ; -> dont le mininiurn est donn par la condition taqc" A ;;=:. i ,
4sin'Acos'A ' "
OU A = C = 45 et B = 90'*.
Si l'on cherche rendre la dformation en hauteur la plus petite pos-
sible, il faut rendre
sini
sin A sin B
v/a + acosB ou -^-=r i/ -+- a cos B un miui-
' cin H '
sinB
inum, suivant qu'on rapporte le dplacement du somniet la hauteur du
triangle, ou au ct; dans le premier cas, on trouve la condiliou tang* A = 1 ,
ou A = C = 45 et B = 90'; dans le second, tang A = 0, A = G = o" et
B = 180; alors le ct ne peut pas tre pris pour terme de comparaison.
Enfin, dans le cas o ce serait la dformation latrale qui devrait
tre la plus petite possible, il faudrait rapporter le dplacement du sommet
la base, autrement on tomberait sur un triangle impossible; on devrait
avoir A = B = 90 et C le plus petit possible.
Tableau des diffrentes solutions examines dans cette Note.
MINIMUM.
DFORMATION
rapporte la hauteur du triangle.
DFORMATION
rapporte la longueur
des cdts.
NOMBRE
QDATIONS
VALEURS
des angles
liQUATIOHS
de
condition.
VALEUBS
des angles
d'angles
mesurs .
de condition.
A.
B.
A.
B.
Pour la moyenne des plus
grandes dformations
dans les deux sens
tang' A tangA = a
tang' A tang A =4
56 II'
60 54'
66 38'
58 12'
tang' A = I
tang* A = 2
45
51 34'
90
76 52'
2
3
Pour la plus grande des
dcformalions dans les
deux sens
tang A = 1
langA = 2
45
63 26'
90
53 fc'
taug A = I
tang A = 2
45
63 26'
90
53 8'
a
3
Pour le produit des plus
grandes dlormations
dans les deux r.ens . . . .
tang' A = 3
60
60
tang' A = I
45"
90
a ou 3
Pour l'aire de l'espace dans
lequel le sommet du
triangle peut errer
"
tang' A = f
3o*
120
2 ou 3
Pour le rapport de cette
aire celle du triangle.
tang' A = I
45
90
1>
)j
a ou 3
Pour la dcformatiou en
hauteur
tang' A = 1
C trs-petit
45
go
90
90
tang A =
C trs-petit
90
tSo
Oo
a ou 3"
2 ou 3
Pour la dformation lat-
rale
aa..
( i6o )
THORIE DE LA LUMIRE. Sur les mjons de lumire rflchis et rfracts
par la surface d'un corps transparent; par M. AucusTiiv Cauchy.
Gomme je l'ai remarqu dans d'autres Mmoires, le principe de la
continuit du mouvement dans Tther fournit le moyen de calculer les
lments des rayons de lumire rflchis ou rfracts par la surface extrieure
ou intrieure d'un corps transparent ou opaque.
Concevons , pour fixer les ides , que la rflexion et la rfraction soient
opres par la surface extrieure d'un corps transparent. Supposons que
cette surface soit plane, et rapportons les diffrents points de l'espace
trois axes rectangulaires a: , j-, z. Enfin concevons que, le corps transparent
tant situ du ct des x positives, on prenne sa surface extrieure pour
plan des y , z, et faisons tomber sur cette surface un rayon simple dont la
direction soit celle d'une droite renferme dans le plan des x , y.
Nommons
T l'angle d'incidence, et soient, dans le rayon incident,
T la dure d'une vibration atomique ;
1 la longueur d'ondulation ;
^, >j, les dplacements effectifs d'un atome d'ther mesurs, au bout du
temps t, paralllement aux axes des x, y, z;
f, >7, les dplacements symboliques du mme atome. Le mouvement
simple correspondant au rayon incident sera caractris par
l'exponentielle
st
5
les valeurs de m, f , J tant dtermines par les formules
It:
= A:cosT, (^ = ^81^, A: = -j-i, .f = i,
et i tant l'une des racines carres de i . D'ailleurs la rflexion et la r-
fraction opres par la surface extrieure du corps transparent donneront
naissance, i deux rayons rflchis, l'un visible, l'autre vanescent, 2"
trois rayons rfracts, dont les deux premiers se rduiront souvent un
seul, le troisime tant vanescent. Cela pos, concevons que les dplace-
ments effectifs d'un atome et le coefficient de x dans Texponentielle qui
caractrise un mouvement simple, c'est--dire, les quantits reprsentes
par
?, >7> , >
( i6. )
quand il s'agit du rayon incident , deviennent
?, , /),, , , M,, pour le rayon rflchi visible;
le 5 >?e, o) e> pour le rayon rflchi vanescent;
^ ' ' t ' , / , pour les rayons rfracts visibles ;
r, n", ", "1
I,, rj, 'o 1, pour le rayon rfract vanescent.
On aura
u, = u;
et , si l'on dsigne chaque dplacement symbolique l'aide d'un trait hori-
zontal superpos au dplacement effectif correspondant , les quations de
condition relatives une valeur nulle de x se rduiront sensiblement aux
formules
r| + |,-|'-|"=l:-C, u{1-l)-uf-u"r=uX- uX,
(0 < ri-hY),Yj'Yi"=r},Yi^, u{Tnit) u'Tn'u"To"=uWeu^rie,
( +,-'-r=?.-., (5-,)~''-""=;: -,?,.
D'ailleurs , le rayon rflchi visible offrant des vibrations transversales
comme le rayon incident, on aura non-seulement
(2) u% + vri =0,
mais encore
(3) . ^ M~|, _ pyj, =0;
et l'on trouvera, au contraire, pour le rayon rflchi vanescent,
(4) = ^, , = o.
Ajoutons que, u" tant gal m' dans tout corps isophane qui produit la
rfraction simple, et peu diffrent de u' dans les corps doublement rfrin-
gents, on pourra, dans une premire approximation, supposer les for-
mules (i) rduites aux suivantes :
r __ //'-4-//" /
i^){ri+ri,yi'~Yl"=y)'. yie, u{riYit) - {vi'-+-r)") uWe u^Ve,
2
( i6a )
Enfin, les formules
(6) !^"(|' + |") + .(-'+,-") = o,
(7) |=^ c=o,
qui se vrifieront compltement, si le corps donn est isophane, seront
encore sensiblement exactes dans le cas contraire. Or, il est clair que les
douze quations (3), (4)> {^), (6), (7), suffiront dterminer, sur la
surface extrieure du corps transparent, les valeurs des douze inconnues
en fonctions linaires des dplacements symboliques
I, Tn, ,
dont les deux premiers sont lis entre eux par la formule (2). On trouvera
en particulier
u' + u"
a-
an H
et
(9)
f'-f-ec' H
S _ ? V ^ / i_c
'+" , / a'-f-"\ u'-Jru"
7 b'H-"\ ^m^
+ U
la valeur de s tant
. '. '
Il est bon d'observer que, dans ces diverses formules, m,, u\ seront deux
quantits algbriques, la premire ngative, la seconde positive. Au con-
traire, U, u', u" seront deux quantits gomtriques respectivement gales au
produit du facteur symbolique i par trois quantits positives. Ajoutons que,
si l'on nomme !', \" les longueurs d'ondulation dans les deux rayons
{ i63 )
rfracts et t', t" les angles de rfraction correspondants, on aura
u' k' cost', u" = k" cos t", t; = /t' sin t' = A:" sinr",
les valeurs de k\ k" tant
f -p-i f p- 1-
Lorsque le corps donn produit la rfraction simple , on a
U = u =
Alors aussi , les rayons rfracts se rduisant un seul , on peut , dans les
formules (8), (9), poser
|" = o, " = o,
et, par suite, les quations (8), (g) concident avec celles que nous avons
obtenues dans de prcdents Mmoires.
Lorsque le corps donn ne produit pas la rfi-action simple, les for-
mules (8), (9) sont seulement approximatives. Alors aussi les inconnues
renfermes dans les quations (i) sont au nombre de quinze; et, pour dter-
miner ces quinze inconnues, il suffit de joindre aux quations (3), (4), (5)
les six quations linaires qui fournissent , pour chacun des trois rayons
rfracts, les rapports entre les trois dplacements symboliques compars
deux deux. *
Supposons , par exemple, que le corps donn soit du nombre des corps
isophanes qui dcomposent un rayon incident en deux rayons polariss cir-
culairement en sens contraires. Alors , en posant
A:'2 = m' 4- i>, k"" = u"* -h i^,
ht hff
et choisissant k\ k", de manire que les rapports , 5 -^ soient positifs , on
obtiendra, pour reprsenter les deux rayons rfracts visibles, deux qua-
tions de la forme
(.0)
r
n'
.1
'
V
a'
^i'
\"
=
n"
=
"
V
u".
ri'
et des formules (i), jointes aux formules (3), (4) (7) et (10), on dduira
( i64)
immdiatement les valeurs des quinze inconnues
f,, i , ; I', ij', ' I", ^', "; le, ^., e-, l, ^1, ^-
Si l'on veut , en particulier, dterminer les inconnues
desquelles on dduit aisment toutes les autres; alors, on pourra commencer
par tirer des formules (8) et (g) les valeurs approches de
l,,; l'+l"; '+";
puis on dduira des formules
(l"-l'=-i-p^('+r),
(il) {
(r'-'=i'^'(l"-+-l'),
les valeurs correspondantes de
|"-|', "-';
et, aprs avoir tir des quations (8), (9), (i i) les valeurs des six inconnues
on corrigera les inconnues
., ?'-+-?", l, l' + l",
en dterminant leurs corrections , indiques par l'emploi de la lettre carac-
tristique &, l'aide des formules
A" -H k' u" u'
-(--
2
(i3) <^l.=-> >.t.,// TT^ FTr^^ "^^ ^'
h f' H
2 2
u h f' -I-
2 2
( 165)
Enfin, aprs avoir ainsi corrig les valeurs des inconnues
et celles des sommes
l'+r, '+",
on dterminera les diffrences
1"-?, "-',
l'aide des formules
Il est bon d'observer que, dans les formules (8), (9), (12), (i3),
(i4), (i5), les valeurs des deux quantits
, m" u'
sont trs-petites, et que dans le calcul des inconnues dtermines l'aide de
ces formules , les erreurs commises sont de mme ordre que les carrs de ces
deux quantits. Ajoutons que dans ces diverses formules on peut aisment
introduire, la place des lettres
u, V, uf, ", k, k, k",
les angles t, t', t". C'est, au reste, ce que j'expliquerai plus en dtail dans un
nouvel article.
Les formules (12) et (i3) mritent d'tre remarques. Les valeurs
qu'elles fournissent pour c3*, et $%^ sont proportionnelles, la premire |, la
la seconde , tandis que les valeurs de , et de |, , fournies par les qua-
tions (8) et (9), sont respectivement proportionnelles et |. D'ailleurs
les valeurs de (?, et(?f, disparaissent quand on a u" = u', c'est--dire quand
les deux rayons rfracts se rduisent un seul. Donc, dans ce cas, un
rayon incident, polaris suivant le plan d'incidence, ou perpendiculairement
ce plan , conservera aprs la rflexion le mode de polarisation qu'il offrait
primitivement. Mais il rsulte des formules (12) et (i3), qu'il en sera autre-
ment, si le corps donn est doublement rfringent, et qu'alors un rayon
incident polaris, par exemple, dans le plan d'incidence, donnera naissance
C R., laSo, 2"Smej(re, (T. XXXI, N6.) ^3
( i66 )
un rayon rflchi , dou de la polarisation elliptique. D'ailleurs ce rayon
rflchi pourra tre considr comme rsultant de la superposition de deux
rayons simples, l'un trs-sensible et polaris dans le plan d'incidence , l'autre
peu sensible et polaris perpendiculairement ce plan. Ajoutons que ce der-
nier rayon sera d'autant plus brillant que le module de la diffrence m" u!
sera plus considrable.
TiC phnomne que je viens d'indiquer devra videmment se produire
encore, quand un rayon simple sera rflchi sous une incidence voisine de
l'incidence normale, par la surface extrieure du cristal de roche taill per-
pendiculairement son axe. Alors aussi un rayon incident, polaris dans le
plan d'incidence ou dans un plan perpendiculaire, donnera naissance
un rayon rflchi, dou de la polarisation elliptique, le rapport du petit
axe de l'ellipse au grand axe tant proportionnel la diffrence entre les
vitesses de propagation des deux rayons polariss circulairement par le
cristal en sens contraires. >>
CHIRURGIE. Nouvelle opration de staphjloraphie ^ pratique avec succs
par le procd de M. Sdillot. (Extrait d'une Note de M. Sdillot. )
Chez cette malade, dont la gurison et t, je crois, impossible avant
l'application de mon procd, la perte de substance du voile du palais tait
trop considrable pour permettre de rapprocher les bords et de les main-
tenir en contact par le seul effet des sutures, et la forte tension des parties,
mme aprs l'emploi de mes incisions auxiliaires, exigeait l'emploi de liga-
tures renouveles, auxquelles on n'avait pas song avant l'invention de mes
instruments.
Mon clbre matre, M. Roux, a lu dernirement l'Acadmie un M-
moire sur la staphyloraphie, depuis longtemps attendu, avec impatience , par
tous les hommes de l'art. Le savant professeur a eu la bont de considrer
mes communications antrieures sur ce sujet comme un appel de publicit
sa vaste et brillante exprience, et je m'applaudirais d'un rsultat si pr-
cieux pour la science, lors mme que mes efforts eussent t, sur tout autre
point, striles. Je ne pense pas, nanmoins, malgr mon regret d'tre en
opposition avec un juge aussi comptent, que les chirurgiens montrent peu
d'empressement imiter mon exemple. Plusieurs de mes confrres fran-
ais, allemands et anglais m'ont dj pri de leur envoyer mes instruments
pour en faire usage, et je ne doute pas de leur russite. Il me parat difficile,
en effet , que l'on ne prenne pas en grande considration les avantages de
ma mthode qui permet :
{ 67 )
i*'. D'oprer des sujets moins dociles, et, par consquent, plus
jeunes;
2. De ne pas exiger une abstinence complte de boissons et d'aliments
pendant plusieurs jours;
3. Ue ne pas condamner les malades un mutisme prolong;
4- De renouveler facilement les poin(s de suture selon les indi-
cations ;
" 5. Et d'obtenir ainsi des succs assurs , mme dans des cas compli-
qus o la suture simple et t manifestement inapplicable.
" L'observation suivante , dont j'emprunte le rcit M. Herrenschnei-
der, l'un de mes aides de clinique, servira confirmer ces propositions.
M* X*** consulta M. Sdillot pour une perforation accidentelle du
voile du palais, de la largeur d'une pice de i franc, dont les bords
" taient compltement cicatriss. La perte de substance produite par
ulcration avait d'abord t plus tendue , mais avait diminu pendant
" que la gurison s'en achevait. La luette ne tenait de chaque ct au voile
que par un mince cordon de fibres musculaires et de membrane rau-
queuse. La voix tait horriblement nasonne, et la malade fuyait volontai-
1' rement toute socit, et demandait instamment l'art la disparition d'une
si triste infirmit.
M. Sdillot, aprs diverses tentatives de ddoublement du voile et de
renversement de bas en haut et d'arrire en avant de la luette, pour
combler la perte de substance , se dcida pratiquer la staphyloraphie ,
d'aprs sa mthode, le 5 juin i85o.
' La luette fut enleve, et la perte de substance convertie en une plaie
" triangulaire trs-large dont il paraissait douteux que l'on parvnt rap-
procher les bords. Les piliers furent spars de la langue et des parois
postrieure et latrale du pharynx. On divisa, par une incision verticale ,
toute l'paisseur du voile, prs de la jonction des os maxillaire suprieur,
palatin et de l'apophyse ptrygode, perpendiculairement l'arcade
dentaire suprieure au niveau de laquelle le voile paraissait remont , et
il devint possible, aprs l'avivement, d'en maintenir, par deux points de
suture, les deux moitis runies.
La tension des parties molles tait nanmoins assez considrable pour
que le nud simple et le nud du chirurgien fussent insuffisants pour
en prvenir l'cartement pendant qu'on pratiquait un second nud su-
" perpos, et M. Sdillot fut oblig de recourir au nud de M, Fergusson,
qui lui russit trs-bien.
23..
( i68 )
Il Si l'on a suivi les diffrents temps de l'opration, on aura vu que le
>' voile, priv de ses attaches infrieures, tait remont vers ses insertions
suprieures, et que, divis verticalement au niveau de la dernire grosse
molaire, il tait devenu plus court, plus pais, moins large et beaucoup
plus lche sur les cts de la perte de substance, ce qui avait permis
d'en amener la runion.
Les fils restrent en place pendant trois jours sans produire d'ulcra-
>' tions trs- profondes. Cependant M. Sdillot jugea convenable d'appli-
quer un troisime point de suture intermdiaire aux deux premiers , pour
en diminuer la striction. Le 1 1 juin, sixime jour de l'opration , les deux
premires ligatures furent enleves, et le lendemain, 12 juin, le dernier
fil, plac le 8 juin, fut galement retir.
La runion de la plaie tait alors acheve et paraissait jouir d'une suf-
fisante solidit. On conseilla toutefois la malade de garder le silence et
>' de ne prendre que des aliments mous ou liquides, comme elle l'avait fait
ds les premiers jours.
" Les plaies accessoires s'taient tumfies, rapproches et en partie
consolides pendant ce temps; tout le voile tait rougetre, paissi, et
circonscrivait, entre son bord libre et la langue, un espace quadrilatre
> plus large , plus lev et moins mobile qu' l'tat normal.
Les premiers jours, la voix tait nasonne; mais, avec un peu d'atten-
n tion, les mots dont la prononciation tait la plus dfectueuse, tels que
les mots sieur, point, etc., pouvaient tre exprims naturellement. C'tait
ds lors une affaire d'exercice, et l'on recommanda M* X**' des lec-
tures et des dclamations haute voix.
L'amlioration fut si prompte, qu'au i" juillet la voix tait redevenue
nette, d'un timbre clair et sonore, et sans aucune trace de nasonnement.
Les liquides, qui avaient eu de la tendance, immdiatement aprs l'op-
ration, revenir par le nez, suivaient la voie rgulire, et M"* X***
quitta Strasbourg parfaitement rtablie.
MM. les docteurs Boeckel an , Stass et Saucerotte se sont accords
reconnatre que la gurison tait parfaite.
" C'est un remarquable exemple du succs de notre mthode, et nous
croyons que l'on ei\t considr ce cas comme incurable , si l'on n'et eu
d'autres moyens de traitement que les procds prcdemment connus et
appliqus.
( i69)
RAPPORTS.
MINRALOGIE Rapport sur un Mmoire de M. Hugard, intitule' : tude
cristallographique de la strontiane sulfate, et description de plusieurs
formes nouvelles de cette substance.
(Commissaires, MM. Beudant, Dufrnoy rapporteur.)
La strontiane sulfate offre une grande analogie de caractres extrieurs
avec la baryte sulfate. liCS cristaux de ces deux substances , longtemps con-
fondus dans les collections sous le nom de spath pesant, furent spars par
Haiiy la suite de l'examen qu'il fit des chantillons de Sicile. La mesure
de l'angle du solide de clivage de ces cristaux lui offrit une valeur plus
grande de 3 degrs que celle du mme angle dans le spath pesant d'Au-
vergne. Une diffrence aussi considrable, malgr la variation qu'on observe
souvent dans les-angles de la molcule intgrante , et sap les belles lois
qu'il avait tablies ; aussi Haiiy ne pouvait-il se rsoudre associer les cris-
taux de Sicile ceux d'Auvergne: ses doutes furent heureusement levs par
une analyse .de Vauqueliii , d'aprs laquelle les cristaux de Sicile apparte-
naient la strontiane sulfate. tudiant alors avec dtail les formes secon-
daires de ce minral, il reconnut qu'elles offraient un caractre assez facile
pour distinguer ces deux espces si voisines l'une de l'autre. Il rsultait de ce
que les cristaux de Sicile sont le produit de modifications places sur les
angles aigus de la forme primitive, dsigns d'aprs leurs symboles minra-
logiques par les signes e'; dans la baryte sulfate, au contraire, les formes
les plus frquentes, du moins celles analogues la strontiane, appartiennent
au prisme rhombodal a' donn par des modifications sur les angles obtus.
Ces deux formes fort analogues sont donc orientes perpendiculairement l'une
l'autre quand on les rapporte au solide de clivage; de plus, l'un des prismes
est obtus (102 8'), tandis que l'autre est aigu (76 42'). Ces diffrences int-
ressantes , sous le rapport cristallographique et d'un emploi facile, ne son^t
pas absolues, et peut-tre les a-t-on trop gnralises : c'est du moins ce qui
ressort du travail de M. Hugard. Une tude circonstancie de la strontiane
sulfate qu'il a t conduit faire par suite de la dtermination cristallogra-
phique qu'il excute de concert avec votre Rapporteur, de la collection du
Musum d'histoire naturelle, lui a prouv que beaucoup de cristaux de stron-
tiane chappaient l'observation de Haiiy. Un assez grand nombre sont en
effet en tables minces, dans lesquelles la forme primitive P, M domine;
( 170 )
ces cristaux sont alors trs-analogues ceux de la baryte sulfate, et il est
fort difficile de les distinguer quanJ ils n'ont pas une lgre teinte bleue ,
frquente dans la strontiane sulfate,
" Quelques cristaux affectent, en outre, la (iisposition de la baryte sul-
fate , appele trapzienne par Hay, et qui est caractrise par la coupe
rectangulaire de leur base; il faut dans ce cas, pour distinguer les cristaux
de strontiane sulfate de ceux de baryte, mesurer les angles des biseaux e'
et a} ; leurs valeurs indiquent l'espce laquelle appartient le cristal qu'on
examine.
M. Hugard a dcrit , dans le travail dont noas rendons compte, vingt-
deux formes nouvelles, ce qui porte cinquante-huit le nombre de varits
de cristaux de strontiane actuellement connues; la plupart des formes nou-
velles sont donnes par des modifications qui se retrouvent dans la baryte
j
sulfate, telles que a\ e^, e^, e^, b-, g', etc. Ce travail intressant aug-
mente donc, s'il est possible, l'analogie qui existait entre es deux espces;
il semble, suivant l'observation de Haiiy, que la nature, en travaillant sur
des bases dont les proprits sont si voisines, ait voulu reprsenter, par
" l'analogie des formes, celle des principes constituants; c'est presque le
mme noyau de part et d'autre , et plusieurs des formes que prsentent
>> les deux substances offrent des ressemblances capables de tromper l'il
le plus exerc. Ajoutons, avec Hay, que la gomtrie, qui rien
n'chappe, offre un caractre de distinction certain, et que les formes
" analogues de baryte sulfate et de strontiane diffrent toutes par la valeur
" de leurs angles,
Il nous reste indiquer une remarque faite par M. Hugard , qui offre
de l'intrt, et qui confirme plusieurs observations antrieures, et notam-
ment celles que M. Beudant, l'un de vos Commissaires, a depuis longtemps
publies; elle consiste en ce que la valeur de l'angle de la forme primitive
de la strontiane sulfate prsente une variation notable qui s'lve plus
de 3o minutes quand ce minral admet des mlanges; de plus, suivant
M. Hugard, la nature des mlanges paratrait mme influer sur la valeur de
l'angle ; ainsi , les cristaux du lac ri , qui contiennent de la baryte sulfate ,
lui ont donn un angle infrieur \o!\ degrs, angle de la strontiane sulfate
pure; le mlange de chaux sulfate porterait l'angle io4*' lo' et mme
104 25'. M. Nickls, jeune chimiste connu de l'Acadmie par des travaux
intressants, a dj fait des observations analogues, qu'il est juste de rap-
peler. On trouve, en effet, dans un Mmoire qu'il a prsent l'Acadmie
( '7' )
le 6 septembre 1848 (i) , que le bimalate d'ammoniaque , qui cristallise clans
le prisme droit rhombodal, variait de 71 72 degrs, c'est--dire do plus
de I degr, par des mlanges mme impondrables; ces mlanges taient,
toutefois, rendus sensibles par le plus ou le moins de coloration des cris-
taux; le monohydrate de zinc a donn des rsultats analogues M. Nickis.
Ces observations, que nous connaissions, et plusieurs qui nous taient per-
sonnelles, prouvaient que les cristaux prouvent une altration par les m-
langes, une espce de dformation; ainsi, votre Rapporteur a cit des cris-
taux de strontiane sulfate dont les faces taient arrondies par un mlange
de sulfate de chaux. L'observation de M. Hugard , si elle se vrifiait, sem-
blerait prouver que les mlanges ont mme une action sur la forme , puis-
que le mlange de baryte diminuerait l'angle au-dessous de sa valeur nor-
male, tandis que celui de sulfate de chaux l'augmenterait. Cette conclusion
changerait les ides que l'on a gnralement sur l'influence des mlanges
dans l'acte de la cristallisation; elle ne saurait tre admise que confirme par
de nombreuses observations.
Conclusions.
Le Mmoire de M. Hugard est une monographie complte de la stron-
tiane sulfate; il y a fait connatre plusieurs formes nouvelles, dont il a
mesur les angles et tabli les lois de drivation. Ce genre de travail, qui
exige une connaissance complte de la cristallographie, ainsi que beaucoup de
sagacit, forme la vritable base de l'tude de la minralogie, et ne saurait
trop tre encourag. Vos Commissaires vous proposent, en consquence, de
remercier l'auteur de sa communication, et de l'engager persvrer dans
la voie de l'observation, si fconde pour les sciences naturelles.
Les conclusions de ce Rapport sont adoptes.
MMOIRES PRSENTS.
M. le Ministre de l'Agriculture et du Commerce transmet une Note dans
laquelle M. Rogge, fabricant de criise, Gand, expose les procds aux-
quels il a recours pour prserver la sant des ouvriers employs la prpa-
ration de ce produit.
La Note de M. Rogge est renvoye l'examen de la Commission nomme
pour le Mmoire de M. Leclaire, sur la substitution du blanc de zinc la
cruse dans la peinture l'huile.
(i) Sur une cause de variations dans les angles de cristaux artificiels. ( Comptes rendus,
tome XXVII, page 270. )
( 172 )
CHIMIE Msnivre sur les combinaisons dfinies de l'iode et du phosphore;
par M. B. Corenwiisder.
(Commissaires, MM. Pelouze, Balard.)
Les combinaisons de l'iode et du phosphore ne sont pas connues jus-
qu' ce jour, puisqu'on n'est pas encore parvenu les obtenir l'tat dfini
et sous forme de cristaux.
Il est cependant un procd qui permet de prparer ces corps dans
ces dernires conditions. Il consiste faire dissoudre successivement le phos-
phore et l'iode dans le sulfure de carbone, et soumettre le liquide au re-
froidissement. Bientt il se dpose des cristaux d'iodure de phosphore dont
la composition dpend des quantits employes.
>' Ainsi, en oprant sur 2 quivalents d'iode et i de phosphore, on
obtient des cristaux prismatiques, de grandes dimensions, colors en rouge
orang et qui prsentent l'analyse la composition FPh.
C'est le protoiodure de phosphore.
Ce compos fond 110 degrs environ, s'altre l'air, se volatilise
une temprature plus leve.
" Il peut tre employ avantageusement pour prparer l'acide iodhy-
drique.
En prenant 3 quivalents d'iode pour i de phosphore et amenant le
liquide en dissolution concentre, on se procure bientt des cristaux assez
irrguliers d'un beau rouge fonc et prsentant l'aspect de lames hexagones.
Il faut, dans cette circonstance, refroidir avec un mlange de glace et de
sel marin. Ces cristaux , dpouills de toutes traces de sulfure de carbone
par la distillation, donnent une masse susceptible de cristalliser par voie de
fusion en prismes trs-allongs.
" C'est le deutoiodure de phosphore.
>' Il fond 55 degrs environ , se dcompose par l'eau et peut fournir
galement de l'acide iodhydrique quand on le chauffe en prsence d'une
petite quantit d'eau.
En oprant sur des quantits dans les rapports de i quivalent de
phosphore sur 1 d'iode, on obtient des cristaux de protoiodure, et il reste
un excs de phosphore dans le liquide mre.
>' Avec 5 quivalents d'iode et a de phosphore, il cristallise d'abord du
protoiodure, et, en dernier lieu, du deutoiodure, ce que justifie l'quation
suivante :
51 -H aPh = PPh-+-PFh.
( 173 )
" Avec 4 et mme 5 quivalents d'iode pour i de phosphore, ou voit se
dposer d'abord de l'iode, puis des cristaux de deutoiodure l'Ph.
L'emploi du sulfure de carbone comme dissolvant, m'a permis d'obte-
nir, sous forme de cristaux, plusieurs autres composs, tels que le chlorure
de phosphore, le sulfure de phosphore, etc. Il en sera question dans des
Mmoires que j'aurai l'honneur de soumettre ultrieurement au jugement de
l'Acadmie.
M. Bertrand adresse une nouvelle Note sur une source minrale qu'il a
obtenue au moyen d'un ferrage artsien, Cusset, dpartement de l'Allier.
M. Bertrand annonce l'envoi d'un flacon rempli de cette eau minrale
qui n'a pas encore t soumise une analyse chimique rgulire , mais dont
les proprits mdicales ont paru tre les mmes que celle de la source des
Clestins, Vichy.
La Note est renvoye l'examen d'une Commission compose de
MM. lie de Beaumont, Pelouze et Bussy, Commission qui sera invite
dterminer la composition chimique de l'eau de la source de Cusset ds que
les spcimens annoncs seront parvenus l'Acadmie.
M. PiORRY, en adressant pour les prix de Mdecine et de Chirurgie de
la fondation Montyon le 8* volume de son Trait de Mdecine pratique^
y joint, conformment une des prescriptions tablies pour ce concours,
l'indication de ce qu'il considre comme neuf dans son travail.
L'Acadmie reoit un Mmoire destin au concours pour le grand prix
des Sciences mathmatiques de i85o. Ce Mmoire porte pour pigraphe
une phrase du Trait de Young sur la rsolution des quations d'un degr
suprieur, phrase rpte, suivant l'usage , sur le billet cachet qui renferme
le nom de l'auteur.
M. Passot transmet une Lettre de M. le Ministre de l'Instruction pu-
blique en rponse la demande qu'il lui avait adresse de faire examiner
par une Commission spciale sa nouvelle analjse du mouvement dans les
trajectoires coniques. M. le Ministre fait remarquer que s'il avait former
une Commission pour un travail de cette nature, il croirait ne pouvoir la
prendre en dehors de l'Acadmie des Sciences, laquelle il engage l'auteur
s'adresser directement. M. Passot, en consquence, prsente de nouveau
C. U., i85o, a>>"Smj;e T. XXXI, N 6 ) ^4
( '74 ) ,
le manuscrit qui lui a t renvoy par M. le Ministre, et prie l'Acadmie de
vouloir bien s'en faire rendre compte,
La Commission qui avait t prcdemment charge d'examiner les
coramunicatioas de M. Passot sur cette question est invite prendre con-
naissance des pices qu'il envoie aujourd'hui, et en faire, s'il y a lieu,
l'objet d'un Rapport.
CORBESPONDANCE.
M. le Secrtaire perptuel prsente, au nom de l'auteur, NI. Bianchi, direc-
teur de l'observatoire de Modne, prsent la sance, le premier volume des
annales de l'observatoire de Modne, et divers Mmoires d'astronomie et
de mcanique cleste [voir au Bulletin bibliographique).
M. le Secrtaire perptuel met sous les yeux de l'Acadmie un Compte
rendu du procs du professeur Webster accus de meurtre sur la personne du
docteur Parkraan. Ce compte rendu, qui se compose de ^3 pages, et forme,
en dfalquant les portions de pages occupes par des figures, environ deux
cent cinquante pages de nos Comptes rendus, a t crit par un des rdac-
teurs du journal le Dailj Globe de Nevr-York qui s'tait rendu pour cela
Boston o se jugeait cette cause, et se transmettait par la voie du tlgraphe
lectrique Nev?-York o on l'imprimait au fur et mesure.
M. le gnral Petit, prsident de la Commission nomme pour l'rection
d'un monument la mmoire de feu Larrejr, annonce que l'inauguration de
la statue aura lieu , au Val -de-Grce, le jeudi 8 aot i85o, et invite l'Aca-
dmie se faire reprsenter par an ou plusieurs de ses Membres cette
crmonie.
M. RoDx est invit se faire, dans cette solennit, l'interprte des sen-
timents de l'Acadmie envers le savant chirurgien qu'elle avait t heureuse
de compter au nombre de ses Membres.
(.75)
PHYSIQUE DU GLOBE. Sur l'influence qu exerce l'heure de la journe
relativement la mesure baromtrique des hauteurs ; par M. A. Bravais.
(Extrait d'une fiCUre adresse M. Mathieu.)
Les calculs, que vous avez faits avec tant de soin , des hauteurs atteintes
par MM. Bixio et Banal, dans leur mmorable ascension du i'] juillet, et
la comparaison qui en rsulte entre la hauteur maximum atteinte par ces
messieurs et celle laquelle s'est lev M. Gay-[Aissac le i6 septembre i8o4,
m'engagent vous communiquer quelques remarques relatives l'influence
que peut avoir l'heure de la journe sur la dtermination baromtrique des
hauteurs.
>> Deluc me parait tre le premier physicien qui ait constat cette in-
fluence; il reconnut que les observations faites au lever du soleil donnaient
des hauteurs beaucoup trop faibles; mais il est difficile de tirer un chiffre
bien prcis des nombres qu'il a obtenus. Ramond alla plus loin et chercha
mesurer la grandeur de l'effet produit : il trouva que, dans les Pyrnes et
en t, la diffrence entre la plus grande hauteur (i heure i heures du
soir) et la plus petite (seconde moiti de la nuit) tait la quarante-huitime
partie de la diffrence de niveau des deux stations.
r> Borner, de Zurich, l'un des compagnons de Krusenstern, dans son
voyage autour du monde, a trait d'une manire spciale cette question ,
dans un travail sur la mesure baromtrique des hauteurs , insr dans le
tome II des Mmoires de la Socit helvtique (Zurich , i833).
Pour dterminer l'exacte distribution que suit l'auteur de la formule,
d'aprs l'heure de la journe, j'ai eu recoui's aux observations faites par
de Saussure au col du Gant, par M. Kaemtz sur le Rigi et le Faulhorn
en i83a, par MM. Bravais et Martins sur le Faulhorn en i84i; de la
sorte, j'ai obtenu une Table des corrections que l'on doit appliquer une
hauteur baromtrique, pour la dbarrasser de l'influence horaire. Eu voici
les premiers termes :
A midi, retranchez ~j de la hauteur;
A I heure ^
A 2 heures y\^
A 3 heures tt
A 4 heures 777
A 5 heures yj-j
A 6 heures 7777 ^'^
Les observations que nous avons faites depuis lors , M. Martins et moi ,
a4..
( 176)
au grand Plateau du Mont-Blanc , donnent les nombres suivants , pour la
diffrence de niveau entre le Plateau et Genve :
Midi
3521,6
10 heures du soir
3468,7
2 heures
3526,0
Minuit
3452,6
4 heures
3507,2
6 heures du matin
3456,2
6 heures
3493,0
8 heures du matin
3493,2
8 heures
3480,7
10 heures du matin
35i2,6
Entre le col du Gant et Genve, les observations de de Saussure
donnent :
Midi 3ooo,4
2 heures 3oo4,8
4 heures 2989,5
6 heures 2973,0
8 heures du soir 2957 ,6
8 heures du matin 2967,0
10 heures du matin 2985,6
" Ces nombres montrent que la variation horaire persiste , pour des diff-
rences de niveau trs-considrables.
" A mon passage Zurich, en 1842 , MM. Escher de la Linth et Mousson
voulurent bien me communiquer une Table empirique qui avait t con-
struite par Horner, pour corriger les hauteurs baromtriques, et qui a t
trouve manuscrite dans ses papiers. Il serait trop long de la retranscrire
ici en entier; en voici les termes pour les six heures qui suivent l'heure
de midi.
Correction faire aux hauteurs [en toises).
HAUTEUR
en toises.
MIDI.
I HECRE.
2 IIEDRES.
3 BEUBES.
4 BEDHES.
5 HEURES.
6 HEURES.
T
T
T
T
T
T
T
T
200
0,6
- 0,4
0,3
0,1
+ ,1
+ 0,3
4- 0,5
400
- 1,4
1,1
- 0,7
0..
0,1
+ 0,6
-1- i,
600
-2,4
- 1,8
- 1,3
0,4
-1- 0,2
-h 1,1
-t- 2,0
800
-3,7
- 2,8
- 2,0
0,6
+ 0,3
+ 1,7
+ 3,.
1000
5,2
-4.0
- 2,8
0,8
+ 0,5
+ 2,3
+ 4,4
1200
- 7,0
-5,4
-3,7
,
+ 0,7
+ 3,2
-t- 5,8
D'aprs cette Table, dont les sources ne me sont point connues, l'ampli-
tude de la variation horaire des altitudes calcules crotrait suivant un rap-
port notablement plus rapide que celui des altitudes elles-mmes; en accor
( '77 )
dant l'exactitude de ce rsultat pour de petites hauteurs, on ne peut se dis-
perser, d'autre part, d'admettre que cette progression va ensuite en se
ralentissant, pour des hauteurs plus considrables, comme le prouvent les
observations du col du Gant et du grand Plateau.
J'ai cherch appliquer les remarques prcdentes dont vous avez
maintenant sous les yeux les principaux lments numriques, la compa-
raison des hauteurs obtenues dans les deux grandes ascensions arostatiques
que j'indiquais au commencement de cette Lettre.
C'est 3 heures du soir que l'illustre Gay-Lussac tait au point culmi-
nant de sa route; mais MM. Bixio et Barrai n'ont atteint qu' 5 heures du
soir le point le plus lev de leur traverse arienne. Les hauteurs calcules
au-dessus de l'Observatoire de Paris se sont trouves les mmes ; alors, pour
ramener les deux observations la mme heure, je calcule, d'aprs ma
Table, la correction (7^5 3-5-0) 6978 mtres, qui est de 33 mtres. L'ap-
plication de cette correction tablirait donc une diffrence de 33 mtres
entre les rsultats des deux ascensions. Faut-il ajouter ces 33 mtres la
hauteur atteinte par nos deux intrpides aronautes, ou les retrancher de
celle de M. Gay-Lussac ? Cela dpendra de l'heure pour laquelle la Table
de Annuaire donne la vritable hauteur : c'est une question sur laquelle il
est ds prsent difficile de se prononcer, d'autant plus que, comme l'a fait
si bien observer M. Arago la dernire sance de l'Acadmie des Sciences,
on ne sait point encore comment et avec quel degr d'exactitude la formule
baromtrique actuelle pourra se plier la mesure de diffrences de niveau
aussi considrables.
MTOROLOGIE. Note sur une dtonation arienne, entendue Dijon
le 6 juin i85o, et qui a concid sensiblement avec l apparition d'un
bolide ; par M. Alexis Perrey. (Extrait.)
Le jeudi 6 juin, i i'' iS" du matin, par un ciel charg de nombreux
cirro-curaulus, j'ai entendu une explosion brusque et trs-forte. J'crivais
dans mon cabinet, au rez-de-chausse, la face tourne vers l'est, et ma
fentre qui regarde le nord tait ouverte.
Le bruit m'a paru venir du nord-ouest, trs-lev dans l'atmosphre
ou rapproch du znith. La dure eu a t trs-courte, de moins d'une
seconde. Quant aux effets dynamiques qui ont accompagn cette dtona-
tion , je n'en ai remarqu qu'un seul : quoique ferme, la porte de mon
cabinet a vibr fortement et frapp trois ou quatre fois rapidement contre
( '78 )
le chambranle. Je suis sorti prcipitamment dans ma cour pour regarder
le ciel, je n'ai rien vu de particulier. Les personnes de la maison ont Re-
marqu, comme moi, la vibration des portes, et, de plus, un fort cli-
quetis de vitre analogue celui qui accompagne des dcharges d'artillerie
tires dans le voisinage. Quant au tremblement du sol ou des murailles,
personne , dans la maison , ne s'en est aperu.
Des remarques semblables ont t faites dans toute la ville , et gn-
ralement on a signal la direction du nord-ouest comme celle d'o pro-
venait l'explosion, que tout le monde a juge trs-courte, quoique quel-
ques personnes lui aient attribu plusieurs secondes de dure. Cependant ,
quelques personnes capables, par leur instruction, d'observer le phno-
mne, ont reconnu deux dtonations ou explosions conscutives , mais dis-
tinctes : quelques-unes ont remarqu encore qu'elles ont t suivies d'un
roulement le long de la cte qui domine l'otiest de la ville. Telles sont les
circonstances gnrales constates Dijon.
On a dit qu'immdiatement aprs l'explosion , la temprature avait
baiss de 4 degrs , et que W baromtre avait beaucoup vari. Le fait est
faux en ce qui regarde la temprature. Je n'ai pas fait d'observation l'instant
mme du phnomne ; mais voici ce que j'ai observ midi :
Baromtre (rduit o") .... . 73'j"'',66
Thermomtre extrieur 24, 3
Humidit relative, eu centimes 4^
Dans la journe , la temprature raaxima a t de 26, i
.l'avais, le matin , la temprature niinima de i5 ,8
De 9 heures du matin 4 heures du soir, l'oscillation baromtr. a t de o'^^j'jS
Il est remarquer, toutefois, que le baromtre marquait, la veille,
9 heures du matin, 741, 38, et le lendemain, la mme heure, 740,52.
Ij'auteur discute et combat diverses autres circonstances mentionnes
dans les rcits qui avaient cours Dijon, puis il examine les renseignements
qui ont t recueillis hors de cette ville. Nous ne pouvons le suivre dans ces
dtails, et nous passons immdiatement aux conclusions de son travail, qui
sont conues dans les termes suivants :
i< 1. Une violente dtonation a t entendue sur un cercle de plus de
100 kilomtres de rayon, le 6 juin i85o , vers 11'' iS"" du matin ;
n a". Cette dtonation a eu lieu au-dessus de l'arrondissement de Chatillon-
sur-Seine;
3". Elle a t accompagne de l'apparition d'un bolide ou mtore lu-
fiuneux , qui parat en ire la cause ;
( '79 )
1) 4- Sur plusieurs points elle a concid avec un frmissement superficiel
du sol, qui parat tre la consquence de la commotion arienne, plutt
qu'un branlement interne de la crote solide du globe;
5. La chute d'aucun arolitho, la suite de ce phnomne, n'a t
constate.
Enfin, j'admettrais volontiers que ce bolide faisait partie d'une zone
mtorique remarquable, dans laquelle nous nous sommes trouvs dans les
journes des 5 et 6 juin i85o.
HISTOIBE DES SCIENCES. Sur quelques passages de Pline l'ancien qui
semblent pouvoir se rapporter au platine. Nom donn au plomb par les
Mexicains, et consquences qui s'en dduisent relativement d'antiques
communications entre l'ancien et le fiouveau continent. (Extrait d'une
Lettre de M. de Pahavey.)
J'ignore si d'autres ont remarqu que Pline parle du platine sans s'en
douter; car (liv. XXXIII, chap. 3), il parle d'un plomb plus pesant et plus
ductile que l'or; et (liv. XXXIV, chap. i6) il cite, dans les mines d'or et
de lavage de la Galice et de la Lusitanie, un plomb blanc, aussi pesant que
l'or, recueilli avec lui dans les corbeilles et fondu part,
Je sais que dans l'or blanc des anciens, d'autres que moi ont vu le pla-
tine, ce qui est possible; mais ici PHne parle du plomb blanc, et le met dans
les raines d'or d'Espagne, ce qui est fort remarquer. Or prcisment
M. Vauquelin a reconnu, ds 1820 ou 182 1, le platine dans des minerais
apports d'Espagne; ainsi Pline a pu en citer en Galice et en Lusitanie, et
il doit encore s'y en trouver. Je sais que l'argent et le plomb se trouvent
souvent ensemble; mais je ne vois nulle part le plomb cit dans les mines
d'or o le met Pline , tandis que c'est dans ces mines qu'on a , au nouveau
monde, trouv ce mtal pesant et ductile qu'on a alors compar l'argent,
plata, et non l'or.
Puisque je parle du plomb des mines d'argent qui, tant fondu , ressemble
du vif-argent, ] observerai encore que, chez les anciens Mexicains, o la
lune se nomme metzli, le plomb est appel ( Dictionnaire de Molina) Te-
metzli, c'est--dire d'un nom o entre celui de la lufie, qui donnait son nom
l'argent chez les alchimistes, comme on le sait. Les Mexicains ont donc
connu ces anciens rapports de convention entre les mtaux et les plantes ,
et n'ont pas eu une civilisation propre.
( i8o)
M. Br\ciiet adresse uae Note ayant pour titre : Recherches sur la con-
stniction des lentilles achromatiques chelons, et sur leur application aux
instruments tlescopiques .
M. Chenot prsente quelques remarques sur le degr de confiance qu'on
peut accorder aux indications des instruments thermomtriques dans un
voyage aronautique aussi rapide que l'a t celui de MM. Barrai et Bixio.
Des rflexions sur les tempratures observes par les deux voyageurs se
trouvent aussi dans des commiinications anonymes qui , d'aprs les usages
de l'Acadmie, ne peuvent tre ici que l'objet d'une simple mention.
M. Lesterpt communique les rsultats de ses spculations sur la constitu-
tion du soleil et des toiles fixes.
M. HiLLON envoie de Mimbaste, dpartement des Landes, une Note sur
un mode de division dont il voudrait qu'on ft usage la fois pour les grands
cercles de la sphre terrestre et pour le limbe de la boussole.
M. GouRTY adresse un paquet cachet.
L'Acadmie en accepte le dpt.
A 4 heures et demie l'Acadmie se forme en comit secret.
La sance est leve 5 heures et demie. A.
( i8i )
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
fj' Acadmie a reu, dans la sance du 5 aot i85o, les ouvrages dont
voici les titres :
Comptes rendus hebdomadaires des sances de l' Acadmie des Sciences;
2* semestre 1 85o ; n" 5 ; \n-l\.
Annales des Sciences naturelles; rdiges par MiM. MiLNE Edwards,
Ad. Brongniart et Decaisne; 3* srie; 7 anne; janvier i85o; in-8.
Trait de mdecine pratique et de pathologie iatrique ou mdicale, cours
profess la Facult de Mdecine de Paris; par M. P.-A. Piorry; tome VUE.
Paris, i85o; in-B".
Commentaires sur la nouvelle lgislation des engrais promulgue par
M. Gauja, prfet de la Loire Infrieure, le 6 avril i85o; par M. Adolphe
Bobierre. Nantes, i85o; broch. in-S".
Recherches sur les formes les plus avantageuses donner aux triangles
godsiques; par M. P.-M. HOSSARD; broch. in-8.
Mmoire sur la dcouverte trs-ancienne en Asie et dans t Indo-Perse, de la
poudre canon et des armes feu; par M. DE Paravey. Paris, i85o; broch.
in-8.
Journal de Chimie mdicale, de Pharmacie et de Toxicologie ; n 8; aot
i85o;in-8.
Journal des Connaissances mdico chirurgicales , publi par M. le docteur
A. Martin-Lauzer ; tome XXXV; n8; i^aot i85o;in 8.
Journal de Pharmacie du Midi, Recueil pratique , publi par M. J.-P.-.T. Gay
et H. C. Gay; a* srie, tome I*''; novembre 1849; '"-8.
L' Agriculteur praticien, Revue d'Agriculture , de Jardinage et d'conomie
c. K, i85o, a" Semwire. (T. ,\.XX1, N 6.) ^5
{ iSa )
rurale et domestique, publi sous la direction de MM. F. Malepeyre , G. Heuz
el BossiN; II* anne; n i3i ; aot i85o; in-8".
Le Moniteur agricole, publi sous la direction de M. Magne ; n** i5; 3i juil-
let i85o; tome III ; in-8".
Revue thrapeutique du Midi. Journal de Mdecine y,de Chirurgie et de Phar-
macie pratiques; par M. le D' FuSTER; n i4; 3o juillet i85o; in-8.
Mmoire sur les tremblements de terre ressentis dans la pninsule Turco-
Hellnique et en Syrie; par M. Alexis Perrey, professeur la Facult des
Sciences de Dijon; broch. in-4. (Extrait du tome XXIII des Mmoires cou-
ronns et Mmoires des Savants trangers de l'acadmie royale de Belgique.)
Note sur les tremblements de terre ressentis en 1849, *"'*^'<^ d'un supplment
pour r847 ^' 1848; par le mme. (Extrait du tome XXII, n 3, des Bulletins
de C Acadmie royale de Belgique, )
Sur l'observation des tremblements de terre; par M. R. Mallet. (Traduit
par M. Alexis Perrey.) Broch. in-8.
Pangraphie, ou critute universelle, art nouveau cosmopolite. Mthode
f^'TiENNE IviCHlEViCH,Slavo-Dalmate, Membre de l'Assemble constituante
de Vienne. Vienne, 1848; broch. in-4.
Extrait du programme de la Socit hollandaise des Sciences Harlem, pour
l'anne i85o; i feuille in-4*'.
Memorie . . . Mmoires de i Acadmie royale des Sciences de Turin; 1" srie;
tome X ; in-4.
Atti. . . Actes de l'observatoire de Modne, recueillis et mis en ordre par
M. J. BiANCHi. Modne, i834; in-fol.
Saggio... Essai d'astronomie analytique; par le mme. Modne, iSaS;
in-4.
Intorno... Sur la latitude de Modne; par le mme. Modne, i8a5;
in.4.
Discussione . . . Discussion des observations baromtriques faites Modne;
par le mme. Modne, i833; in-4.
( '83 )
Sopra . . . Sur les petits mouvements apparents observes dans tes murs et les
(jrands instruments de l'observatoire de Modne; par le mme. Modne , i 8^7 ;
in-4.
Sopra. . . Sur l'analyse linaire pour la rsolution des problmes de premier
degr; pur le mme; premier et second Mmoire. Modne, iSSg et 1848;
in-4.
Osservazioni , . . Observations fondamentales pour la rvision et l'amjmenta-
tion du Catalogue de Piazzi ; par le mme. Modne, i8/ii ; in-4-
Pesizioni. . . Positions moyennes des deux cent vingt toiles principales de
Piazzi, rduites au solstice d't de i84o; par le mme. Modne, i844; in-4-
Monografia. . . Monographie des mitres fossiles du Pimont; par M. L. Bel-
LARDl. Tnrin, i85o; broch. in- 4.
Meraoirs. . . Mmoires de l'Acadmie /amricaine des Arts et des Sciences;
vol. m et vol. IV; i'* partie; in-4''. Cambridge et Boston, 1848 et 1849;
in-4.
Proceedings. . . Procs-verbaux des sances de l'Acadmie Amricaine
des Arts et Sciences; vol. II; 3o mai 1848-8 mai 1849; in-8.
Astronomical . . . Journal astronomique de Cambridge ; n"' 4^6.
Skizzen. . . Aperu sur les quations transcendantes ; par M. Simon Spitzer.
(Extrait des Mmoires de l'Acadmie de Vienne.) Broch. in-4*'-
Gesetze . . . Lois des quations de l'ordre le plus lev une ou plusieurs in-
connues; par le mme; avec une prface par M. ScHULZ DE Strasznitzki.
(Extrait des mmes Mmoires.) Broch. in-4'*.
Aufsuchung. . . Recherches des racines relles et imaginaires d'une quation
numriqued'un degr suprieur ; par le mme; avec une prface par M. Schulz
DE Strasznitzki. (Extrait des mmes Mmoires.) Broch. in-4.
Uber die . . . Sur l'intgration des quations linaires diffrentielles coeffi-
cient variable ; parM. J. Petzval. (Extrait des mmes Mmoires.) Broch. in-4.
Uber die . . . De la thorie des maxima et des minima; par le mme. ( Extrait
des mmes Mmoires.) Broch. in-4.
{ i84 )
Ein weiterer... Nouveaux renseignements pour servir connatre la nature du
phosphore amorphe; par M. ScHnOETTER. (Extrait des mmes Mmoires.)
Broch. in-4.
Handboek. . . Manuel de zoologie; par M. Van der Hoeven ; 2* dition;
section II. Amsterdam, i85o; in-8.
Astronomische. . . Nouvelles astronomiques de M. Schumacher; n" 724.
Gazette mdicale de Paris^ n" 3i ; in-4-
Gazette des Hpitaux ; n' 90 92.
L'Abeille mdicale; 11 i5; in-8".
Les Alpes; n 3.
COMPTE RENDU
DES SANCES
DE L'ACADMIE DES SCIENCES.
SANCE DU LUNDI 12 AOUT 1850.
PRSIDENCE DE M. DUPERREY.
MEMOIRES ET GOMMUNICAT101\8
DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE 1,'ACADMIE.
M. Roux dpose sur le bureau une copie du discours qu'il a prononc,
en qualit de Membre de rAcadmie des Sciences, l'inauguration du
monument lev la mmoire de Larrej.
MINRALOGIE. Note sur des cristaux de diaspore de Gumuch-dagh, prs
d'Ephse [Asie Mineure); par M. Dcfrnoy.
M. Laurence Smitb , attach pendant plusieurs annes l'administration
financire de la Porte Ottomane, a eu l'occasion de visiter les principales
localits de l'Asie Mineure o l'on exploite le corindon meri. Il a reconnu
que, dans presque tous les gisements, ce minral est accompagn de diaspore
cristallis; il y est en outre associ avec un minral noir verdtre dsign
sous le nom de chloritode, ainsi qu'avec un mica blanc, particulier par la
trs-grande quantit d'alumine qu'il contient, et auquel M. Smith a donn
le nom d'inerilite; le diaspore existe dans la roche d'meri deux tats : sous
forme de petites masses lamelleuses trs-brillantes, dissmines d'une manire
C h., >S5o, "" Semestre. ( T, XXXI, N 7. ) ^6
f i86 )
irrgulire, et eu aiguilles cristallines allonges. Dans la plupart des chan-
tillons, ces aiguilles se croisent dans tous les sens la manire de l'arragonite
aciculaire et se ramifient dans l'meri ; dans quelques cas, elles tapissent de
petites fentes et prsentent quelquefois alors des sommets. M. Smith a t
assez heufeux, ou pour mieux dire assez persvrant, pour recueillir
quelques-unes de ces aiguilles termines. Aprs deux ou trois jours de re-
cherche sur les lieux, il en a rimi plusieurs portant un pointeraent net et
brillant qui, malgr leurs trs-petites dimensions, se prtent bien la me-
sure par le goniomtre rflexion. Il a eu la complaisance de me les prter
pour en tudier les formes cristallines.
> Les cristaux qu'il a mis ma disposition, au nombre de huit, ressem-
blaient, par l'clat et par la disposition des stries verticales places sur les
faces gr, de petits cristaux de topaze. Leur couleur est le blanc un peu
jauntre. Ils sont fortement dichrotes en leurs sommets qui paraissent
presque noirs sous certaines inclinaisons, comme s'ils polarisaient compl-
tement la lumire. Ils ont un clivage trs-facile paralllement la face g',
et c'est la prsence de ce clivage qui communique au diasporc qui n'est pas
en aiguilles le caractre lamelleux que j'ai signal; ce clivage, malgr sa fa-
cilit, ne donne pas de rflexions trs-nettes : c'est le seul angle qui m'ait
offert des diffrences de -^ degr. Des mesures ritres des autres angles
n'ont diffr entre elles que de 4 minutes au plus. L'clat nacr de ce
clivage, joint une disposition strie, sont les causes de cette difficult dont
on ne s'aperoit qu'en prenant la mesure de l'angle; car, la premire
inspection, l'clat parat assez vif.
Les cristaux sont fortement aplatis paralllement la face g'. La
face g' n'y existe pas; elle est remplace par deux sries de faces g dont
je n'ai pu mesurer les angles, mais l'identit presque absolue de ces cristaux
avec ceux de diaspore du Saint-Gothard que M. de Marignac a fait con-
natre (i), m'autorise supposer qu'elles sont reprsentes par les signes
cristallographiques g^ et g^.
Les faces M et les facettes du pointement ont un clat trs-vit. La
forme primitive du diaspore est un prisme rhombodal droit sous l'angle
de i3oa'; la position horizontale de la base rsulte de l'identit des angles
des faces b* sur les faces M places sur l'avant des cristaux, et des faces b'
sur les mmes faces postrieures. Jai en outre vrifi cette position eu
(i) Bibliothque universelle de Genve; 1848.
( i87 )
cbei'chant l'angle de la trace b* sur M, lequel doit tre droit pour ce genre
de forme. Le calcul d'un triangle sphrique compos des faces M, b* et g*,
dont j'avais mesur toutes les inclinaisons, m'a donn, pour l'angle de cete
trace, QO^a'So", qui ne diffre de l'angle droit que de 2 minutes.
Le tableau ci-aprs, qui fait connatre les angles du diaspore de l'Asie
Mineure, tablit la comparaison avec le diaspore du Saint-Gothard dcrit
par M. de Marignac, et celui de Scheranitz par M. Haidinger. Dans une
dernire colonne, j'ai transcrit quelques angles du fer hydroxyd du Cor-
nouailles d'aprs mes propres mesures; ils font ressortir un rapprochement
intressant que M. de Senarmont a signal, et qui consiste en ce que le dias-
pore est isomorphe avec le fer hydroxyd. Ainsi, tandis que le peroxyde de
fer ou le fer oligiste est isomorphe de l'alumine ou du corindon , les hydrates
de ces deux oxydes seraient isomorphes.
DIASPORE
FER HVDKOXys
du Cornouaillcs.
Dufrnoy.
DU SAIMT-GOTUARD.
Marignac.
DE SCUEHNITZ.
Haidinger.
d'phse.
Dufrnoy.
MM 1 3o . 00
129.54
u
V
i5i.36
i3o. 2
125.17
125.18
114. 58
I o4 . 00
i5i.35
i5i.33
n6.i8
167. 6
La valeur de ces angles est
celle donne par le gonio-
mlre. On ne les a pas
corrigs par le calcul .
u 1
i3o.57
U
u
u
n
I 26 . 20
116.55
117. 10
M'
M 6' (faces postrieures). . . .
M ' 1 1 5 . 00
A' a' lO/l. 12
6'6' i5i.36
b' b' (faces postrieures). . .
6''(facesopposes). 116. 38
6' sur %
s' s^ i44.zo
ff'fi'' i45.4o
( / 1 26 . 1 2
^1(1 ii6.56
e' e' 117. 46
Ija prsence du diaspore dans les chantillons d'meri des environs
d'phse ma fait penser qu il devait exister dans celui de Naxos qui forme
un objet de commerce- Effectivement, en visitant deux ateliers o Ton pr-
pare Tmeri en poudre, M. Descloizeaux a recueilli plusieurs chantillons
a6..
( i88 )
renfermant des noyaux assez considrables de diaspora , les uns lamelleux ,
les autres aciculaires, analogues aux deux varits que j'ai signales dans les
chantillons de Gumuch-dagh. Le diaspore y parat toutefois plus abondant.
Les personnes qui prparent l'meri mettent ce diaspore soigneusement de
'ct pour le mlanger avec l'meri en poudre lorsque les acheteurs le trou-
vent trop fonc et qu'ils dsirent qu'il soit brillant. La duret du diaspore
fait que ce mlange n'altre que faiblement l'meri ; mais lorsque le diaspore
manque ou que les acheteurs dsirent avoir de l'meri brillant un prix trop
bas, on y mlange de la poussire de quartz qui en change notablement la
qualit.
La comparaison du diaspore lamelleux de Naxos avec les chantillons de
diaspore cds aux collections du Musum d'Histoire naturelle et de l'Ecole
des Mines par M. Le Livre, auquel on doit la dcouverte de cette espce
minerait;, porterait faire supposer que ces chantillons, dont le gisement
n'est pas connu, proviennent de l'Archipel grec. On y letrouve en effet la
chloritoide et quelques grains cristallins rayant le quartz qui ont tous les ca-
ractres du corindon.
MCANIQUE APPLIQUE. Note sur une machine peser les monnaies;
par M. Seguieb.
J'ai l'honneur de soumettre l'Acadmie une balance montaire de
mon invention.
Cet appareil a pour but de faire faire la machine vapeur d'un htel
des Monnaies l'importante opration du pesage des flans pour l'ajustage, du
contre-pesage des pices frappes pour leur rception, travail dlicat actuel-
lement confi la main intelligente de l'homme.
Les avantages de cette machine sur des tres intelligents sont de faire
plus certainement et plus rapidement le triage des pices en justes, fortes et
faibles.
11 La garantie d'un bon triage ne rside actuellement que dans l'attention
soutenue des peseurs; ils doivent constamment mettre en harmonie une per-
ception intellectuelle avec une action de la main qui tend devenir machi-
nale par sa continuelle rptition.
1) La rapidit du pesage la main est ncessairement subordonne
l'adresse du peseur, qui ne peut jamais trbucher qu'une pice la fois.
11 La balance place sous les yeux de l'Acadmie spare en trois cat-
gories, pour les runir en trois groupes distincts, les pices justes , fortes et
( i89 )
faibles; par une pese unique, elle fait un triage qui en exigeait trois, accep-
tant du premier coup, comme pices justes, toutes celles qui sont dans les
limites de la tolrance lgale , limites que cette machine permet de varier
volont et qu'elle est appele restreindre.
L'appareil que j'ai l'honneur de placer sous les yeux de mes confrres
se compose de quatre parties principales :
1. Le distributeur ou trmie dans laquelle il suffit de jeter ple-mle
les pices pour tre sr qu'elles seront tontes peses jusqu' la dernire,
quels que soient les arrangements quelles aient pu, par l'effet du hasard,
prendre dans la trmie ;
2. La balance proprement dite, qui allie une grande sensibilit la
facult de ne trbucher que sous une diffrence de poids suprieure la
limite de la tolrance ;
3. Le poseur, qui fait passer successivement tontes les pices sur le
plateau de la balance; par suite d'une disposition particulire , ce poseur
n'est pas, comme celui des balanciers montaires, expos manquer sa fonc-
tion par le fait des bavures du dcoupage qui accrochent parfois les flans
entre eux, on le relief des empreintes qui produit dans certaines relations de
position des pices entre elles le mme effet quand elles sortent des coins et
n'ont point encore prouv de frai ;
4- Enfin l'aiguillage ou changement de voies, mcanisme qui dirige la
pice pese vers le rcipient des pices justes, fortes et faibles, par la nature
et le seul fait du poids de la pice.
Deux machines trier les monnaies existent dj : l'une n'est pas sortie
de la Banque d'Angleterre, o elle est en usage malgr l'extrme lenteur
de ses fonctions ; la Monnaie de Munich conserve l'autre sous une cage de
verre, au nombre des machines plus ingnieuses qu'utiles; toutes deux ont
cot des sommes considrables. Nous croyons offrir moindre frais des
avantages plus grands.
Notre machine n'est, en dfinitive, qu'une balance ordinaire de prci-
sion, pourvue des accessoires convenables; pourtant elle n'a pas besoin,
comme celle de Londres ou de Munich , d'un arrangement pralable des
pices en rouleau et de leur introduction successive dans le tube du poseur ;
pour elle , il suffit que les pices soient jetes dans sa trmie pour qu'elles
soient tries et peses.
" Par son emploi, la certitude du pesage ne rsidera plus dans le parfait
et constant accord de l'intelligence et de la main de l'ouvrier peseur ; elle sera
le rsultat ncessaire du jeu d'organes simples dont les fonctions sont encore
( iQO )
assures par la belle et bonne excution que MM. Deleuil pre et fils ont su
leur donner.
Nous serions ingrat si nous ne payions pas encore publiquement une
dette de reconnaissance M. Winnerl qui a excut notre premier modle.
GOLOGIE. Nouveaux renseignements sur une caverne ossements
rcemment dcouverte prs cVAlais. (Note de M. d'Houbre-Fihiuas. )
J'ai eu l'honneur de vous annoncer la dcouverte d'ossements fossiles
prs du sommet du Roc de Duret, qui n'est spar d'Alais que par le
Gardon. Leur nature, leur conservation, leur petit nombre, nous ont fait
croire que leur enfouissement tait plus rcent que celui des os dposs
dans d'autres cavernes; M. Gervais ne le fait pas remonter plus haut que
l'poque gallo-romaine.
Quoique je croie que certaines cavernes aient t les repaires des aui-
maux carnassiers, je pense que beaucoup d'autres ont t remplies par des
courants, et que celle-ci est de ce nombre; alors les os y sont arrivs par la
fissure suprieure, ainsi que je l'ai expliqu. Mais depuis l'envoi de ce petit
Mmoire, j'en ai une nouvelle preuve.
M. Bellin, l'un des propritaires du penchant oriental du Roc de
Duret, qu'il exploite comme chaufournier, m'a fait voir, au milieu de la
masse calcaire , une caverne pleine de sable , de 4 5 mtres en carr ,
formant le renflement ou le fond d'un puisard , qui remonte vers le sommet
de la colline.
La formation de ce boyau , qui ressemble une chemine , parat due
au dgagement de l'air, lors de la consolidation de la roche, ou bien une
dchirure cause par le soulvement partiel de ses couches. Ce qui est hors
de doute, c'est qu'un courant a rempli le tout de sable, lequel a dvers
sur la pente de la montagne, ds que la grotte a t entr'ouverte; il en
reste dans la chemine, j'en ai fait tomber avec le bout de ma canne, et
l'on doit m'avertir si son poids, ou la pluie, ou quelque coup de mine, la
faisaient vider tout fait. Ce sable est fin, gren, semble lav et tamis.
M. Bellin m'a dit avoir trouv prcdemment des amas semblables au
milieu de son exploitation, et mme des cailloux rouls et du gravier plus
gros. Je signale ce nouvel exemple des puits de terre , ou de sable , des
poches, orgues gologiques, marmites des gants, ou pot-holes, observs
et dcrits par les naturalistes.
( '9' )
IVOMINATIOIVS.
L'Acadmie procde, par voie de scrutin, la nomination de deux Mem-
bres qui seront chargs de la rvision des comptes pour l'anne 1849.
Au premier tour de scrutin, MM. Mathieu et Berthier runissent la majo-
rit absolue des suffrages.
AfMOIRES LUS.
MINRALOGIE. Mmoire sur Vmeri d'Asie Mineure dans ses rapports
gologique, minralogique et commercial, et sur les minraux associs
avec rmeri (deuxime partie); par M. J. Laurence Smith.
(Commissaires, MM. Cordier, lie de Beaumont, Dufrnoy.)
La deuxime partie du Mmoire que j'ai l'honneur de prsenter l'Aca-
dmie a pour tude spciale les minraux que j'ai trouvs avec l'meri d'Asie
Mineure.
i> Maintenant que j'ai dmontr que l'meri est trs-rpandu dans cer-
taines parties du monde, formant un minral du premier ordre et rentrant,
jusqu' un certain point, dans la catgorie des roches, il ne peut qu'tre utile
de mentionner les diffrents minraux iiccidenfels ou d'limination qu on
trouve associs avec l'meri, et quels sont les faits nouveaux que j'ai observs.
En premire ligne, je place le corindon.
Corindon. Quoique l'meri soit constitu, en grande partie, par le
corindon , l'examen de cette substance, dans l'tat pur, ou plutt en cristaux
prismatiques que j'ai trouvs trs-souvent en contact avec l'meri, a mis en
relief plusieurs faits nouveaux qu'il aurait t, autrement, impossible de
bien tablir, ayant affaire. un minral mixte comme l'meri.
" Le fait le plus remarquable qui ressort des analyses qui en ont t
faites, est la prsence de leau en quantit variable dans toutes les varits
de corindon , except dans le saphir et le rubis. Pour moi , ce rsultat a
une grande valeur en dmontrant que le corindon harmophane elle corindon
hyalin (spath adamantin et tlsie) sont forms dans des circonstances diff-
rentes; j'ajouterai que, dans toutes les formations d'meri observes par
moi, les recherches les plus minutieuses n'ont pu faire reconnatre la moindre
trace de corindon hyalin.
Diaspore. Ce minral, qui n'a pas, jusqu' prsent, beaucoup
occup les minralogistes, n'a t trouv qu'en deux ou trois endroits
( 192 )
diffrents. J'espre dmontrer que le rle que joue le diaspore dan;,
les formations demeri et de corindon est assez important. Avant que mon
attention lit t porte sur l'examen de ce minral, qui a t premirement
dcouvert par M. Le Livre, il avait t tudi par M. Dufruoy sur le diaspore
de Sibrie, et par M. Haidinger sur celui de Schemnitz. Il faut ajouter aux
localits connues de diaspore celles de Gumiich-dagh et Manser en Asie
Mineure, et les les de Naxos, Sainos et Nicoria dans l'Archipel grec; et je
puis dire d'avance, aprs les rsultats gnraux de mes recherches, que ce
minral sera trouv presque partout avec le corindon ; de sorte que si jus-
qu' prsent on ne l'a pas observ l, c'est que personne ne l'y a cherch.
Sur les cristaux venant de Chine, j'ai dj dcouvert du diaspore. Plusieurs
faits nouveaux concernant ce minral oni t constats par mes recherches, et
sont consigns dans ce Mmoire.
I. ineriUte (nouvelle espce de mica). Le minral que j'ai dsign
sous le nom (inerilite est une nouvelle espce appartenant la famille
des micas. J'ai dj, dans une Note, indiqu son existence, mais j'en
donne aujourd'hui, dans mon Mmoire, une description complte. Je d-
couvris d'abord ce minral dans l'meri de Gumuch-dagh en Asie Mineure,
et, depuis, associ l'meri de Naxos, de Nicoria et de Manser. Sa con-
nexion avec tous les meris que j'ai eu occasion d'examiner, except celui
de Kulah, m'a fait donner le nom d'nierilite ce minral. Quand j an-
nonai cette dcouverte M. Silliman, il s'empressa d'examiner les min-
raux venant des localits de corindon des tats-Unis, et il a toujours trouv
l'merilite. Depuis mon arrive Paris, j'ai dcouvert et analys le mme
minral sur un chantillon d'meri de Sibrie, au Cabinet du Jardin des
Plantes, et j'ai aussi des raisons pour croire que ce minral est toujours siu'
le corindon de Chine; mais, comme il n'a pas t soumis l'analyse, je n'in-
sisterai pas sur ce point. Jusqu' prsent, ce minral n'a t trouv qu'avec
l'meri, ou, ce qui est ta mme chose , avec le corindon; ces deux minraux
le contiennent souvent dans l'intrieur de la masse , mais plus souvent
la surface.
phsite. C'est encore nne espce nouvelle. L'phsite est compacte,
d'une structure lamelleuse, d'un blanc nacr. Elle raye facilement le verre,
et diffre de l'espce prcdente par sa composition , contenant plus d'alu-
mine et moins de bases de protoxydes. Elle a t trouve avec l'meri de
Gumiich.
11 Chlorotode (une nouvelle espce). Cette varit de chlorotoide , que
j'ai trouve avec l'meri de Gumuch-dagh, n'a pas la mme composition
( 193 )
que les minraux qui sont rapports celte espce, comme le cblospath
d'Oural, la massonite d'Amrique et la sismondine de Saint-Marcel, mais
elle approche plus de cette dernire.
Les autres minraux dont il est question dans ce Mmoire sont : Vhj-
drargilite, le spinel zincifre, la pholrite ou plutt un silicate d'alumine
hydrat, d'une composition identique avec le pholrite de Guillemin; le
mica, la tourmaline noire, une chlorite identique avec celle du mont des
Sept f^acs; \e Jr oxjdul , \e Jeroligiste, \e fer hjrdroxjd , la pjrite de fer,
le rutile, ihnnite et le fer titane.
" Il y a encore deux ou trois minraux que j'ai trouvs associs avec
l'meri, mais leurs espces ne sont pas bien tablies, cause de la difficult
d'on obtenir assez dans un tat de puret pour les soumettre l'analyse.
L'tude des minraux accidentels en contact avec lmeri nous a conduit
plusieurs conclusions gnrales qui sont mentionnes l'occasion de la
description des diverses espces; et maintenant, je crois ne pas trop me
hasarder en disant que les hydrates d'alumine, comme le diaspore, ainsi
que les silicates, comme l'merilite, la chlorotode et la tourmaline; et les
minraux de fer, comme le fer magntique et le fer titane, seront trouvs
presque partout o l'on trouve le corindon.
n L'tude que j'ai entreprise sur ce sujet est ainsi termine ; qu'il me
soit permis d'esprer que l'examen de l'meri d'Asie Mineure aura servi
clairer la gologie et la minralogie de cette substance jusqu' prsent si
peu connue, except dans ses usages.
PALONTOLOGIE. Second Mmoire sur l'instant d'apparition, dans lesdges
du monde, des ordres d'animaux , compars au degr de perfection
de l'ensemble de leurs organes; par M. Alcioe d'Orbigny, (Extrait par
l'auteur.)
(Renvoi la Section d'Anatomie et de Zoologie. )
Comme nous l'avons fait remarquer dans le Mmoire prcdent , le
nombre des ordres a, dans la comparaison, moins de valeur que la perfec-
tion relative des organes. .le cherche, sous ce rapport, comparer l'instant
d'apparition, dans les ges du monde, des diffrents ordres d'animaux,
avec le degr de perfection de leurs organes.
En jetant les yeux sur mon tableau de la rpartition des ordres la
surface du globe terrestre, depuis le commencement de l'animalisation jus-
qu' notre poque, l'on voit, d'aprs les donnes actuelles de la science*,
C. R., i85o, 2= Semestre. (T. XXXI, N 7.) 87
( 194)
qu'avec la premire grande priode golo{5i(|ue, les terrains palozoques ,
vivaient trente et un ordres d'animaux sur soixante-dix-sept, ou presque la
moiti, nombre considrable quand on considre les causes multiplies de
destruction depuis cette priode si loigne de nous.
Ces trente et un ordres sont ainsi rpartis dans les diffrents embran-
chements : huit ordres d'animaux rayonnes, neuf ordres d'animaux mollus-
ques, onze ordres d'animaux annels et trois ordres d'animaux vertbrs.
Ainsi les quatre grands embranchements seraient galement reprsents, ce
qui prouverait que tous sont ns avec la premire grande poque du monde
anim, sans manifester de prdominance trop marque. Ce rsultat des pins
positifs ne serait en aucune manire favorable l'ide trop gnralement
admise que les tres sont d'autant plus parfaits qu'ils se rapprochent de la
faune actuelle. Pour que cette hypothse ft vraie, il faudrait que tous les
ordres de la premire animalisation du globe appartinssent seulement aux
classes infrieures, ce qui n'est pas. Je crois donc que ces chiffres ont seuls
une grande signification dans la question ; mais avant de conclure je veux
discuter avec dtail ce que donnera la perfection relative des ordres dans
chaque embranchement pris en particulier.
Embranchement des animaux raj-onne's. Si les tres taient d'autant
moins parfaits qu'ils sont plus anciens, on devrait, dans les terrains palo-
zoques, trouver que les ordres existants appartiennent aux moins parfaits
et aucun aux plus parfaits; mais il n'en est pas ainsi, car les huit ordres de
cette premire priode d'existence sont : les chinodermes chinides, ast-
rodes, ophicrodes et crinodes, les Polypiers zoanthaires et alcyonaires,
les Foraminifres hlicostgues et les Amorphozoaires. On voit, en effet,
que, sur huit ordres d'animaux rayonnes, quatre, ou la moiti, appartien-
nent aux chinodermes les plus parfaits et deux aux Polypiers, tandis qu'il
en reste seulement deux aux plus infrieurs, sous le rapport de leur orf^a-
nisation. Il sera prouv , par cette comparaison, que les plus parfaits des
animaux rayonnes sont ns les premiers sur le globe, ce qui est tout
fait oppos la marche croissante du dveloppement successif des organes
des animaux , en remontant des ges gologiques les plus anciens vers les
plus modernes.
" La succession des terrains postrieurs prsente-t-elle des faits confir-
mant ou infirmant ces rsultats? La deuxime grande poque, les terrains
Iriasiques ne montrent aucun ordre nouveau. La troisime poque, les ter-
rains jurassiques offrent l'ordre des chinodermes crinodes libres, moins
avancs en perfection d'organes que les chinides et les Astrodes de la
( 195 )
premire animalisation , et deux ordres de Foraminifres les moins parfaits
de l'ensemble. La quatrime grande poque, les terrains crtacs prsen-
tent encore quatre ordres de Foraminifres et un d'Amorphozoaires toujours
les plus imparfaits. Enfin, la cinquime grande poque, les terrains ter-
tiaires n'ont aucun ordre nouveau. Il est ds lors vident que, depuis le
commencement du monde anim jusqu' l'poque actuelle, les animaux
rayonnes ont march dans une voie stationnaire, ou mme dans une voie
rtrograde, par rapport la perfection des organes; qu'il n"a t cr au-
cun mode nouveau d'existence, ce qui est tout fait oppos au perfection-
nement gnral des tres dans les ges du monde.
h'embranckeinent des animaux mollusques renferme , dans les terrains
palozoiques, les premiers du monde anim, les ordres des Cphalopodes
tentaculifres , des Gastropodes pectinibranches et scutibranches, des Pt-
ropodes, des Lamellibranches sinupallales, intgropallales et pleurocon-
ques , des Brachiopodes brachids et des Bryozaires. Toutes les classes de
Mollusques s'y trouvent galement reprsentes, et, de plus, on y voit les
Cphalopodes les plus parfaits de cette srie leur maximum de dveloppe-
ment de formes gnriques; deux ordres de Gastropodes les plus complets
aprs les Cphalopodes. Il sera donc prouv ici, comme pour les animaux
rayonnes, que les plus parfaits des animaux mollusques sont ns les premiers,
rsultat en opposition complte avec le dveloppement successif des organes.
On voit ensuite apparatre successivement, dans les terrains triasiques,
les Cphalopodes actabulifres , aussi les plus parfaits des Mollusques. Dans
les terrains jurassiques les Gastropodes tectibranches et les Brachiopodes
cirrhids, tous deux infrieurs en perfection ceux de leurs classes de la
premire poque. Les terrains crtacs ij'en offrent pas de nouveau, et les
terrains tertiaires ne montrent que les Gastropodes pulmons non suprieurs
aux Gastropodes dj existants et encore moins aux Cphalopodes. On
peut donc dire, comme pour l'embranchement prcdent, que, dans les ges
du monde, les animaux mollusques sont encore rests stationnaires ou
mme ont rtrograd chez les plus parfaits.
" L'embranchement des animaux annels montre, dans les terrains pa-
lozoiques, les Insectes coloptres, orthoptres et nvroptres; les Arach-
nides, les Crustacs trilobites, cyproides, phyllopodes et xiphosures, les
Cirrhipdes, les Annlides dorsibranches et tubicoles. Toutes ces classes y
sont reprsentes, ce qui est dj un rsultat contraire; mais encore dans
ces classes on trouve, parmi les Insectes trois ordres, parmi les Crustacs
quatre, au milieu desquels sont les Coloptres, les plus complets des In-
27..
( 196 )
sectes. Les deux sries les plus importantes sont mme largement reprsen-
tes. On aurait, pour les animaux anuels, des rsultats identiques ceux
des deux embranchements prcdents. Les ordres qui apparaissent ensuite
successivement sont: dans les terrains triasiques, Tordre des Crustacs dca-
podes; dans les terrains jurassiques, l'ordre des Crustacs^ isopodes et quatre
ordres d'Insectes, les Diptres, les Hmiptres, les Hymnoptres et les L-
pidoptres, nullement suprieurs en organisation ceux de la premire ani-
malisation; dans les terrains crtacs, aucun ordre; dans les terrains ter-
tiaires, deux ordres de Crustacs infrieurs aux premiers, et les Insectes
myriapodes, les moins parfaits des Insectes. Ici l'on doit encore conclure
comme pour les animaux rayonnes.
\J embranchement des animaux vertbrs ne montre pas, sous ce rap-
port, des rsultats aussi positifs. Us offrent, dans les terrains palozoques,
les ordres de Reptiles sauriens, do Poissons placodes et ganoides. On ne
peut nanmoins pas voir l une confirmation ; car, bien qu'il manque encore
les Oiseaux et les Mammifres, plus complets que les Reptiles et les Pois-
sons, les deux classes reprsentes ne suivraient pas moins une marche tout
oppose. En effet , les Reptiles de ce premier ge sont certainement bien
suprieurs en organisation aux Serpents sans membres, et aux Batraciens
soumis des mtamorphoses et qui arrivent les derniers. Les Poissons des
terrains palozoques renferment les Squales, les plus parfaits des Poissons,
tandis que les plus infrieurs, les Pleuronectodes, apparaissent encore les
derniers. Deux classes sur quatre, dans les animaux, vertbrs, ont donc
montr les plus parfaits les premiers.
On voit ensuite, dans la succession des poques, apparatre, avec la
seconde de l'animalisation des terrains triasiques , l'ordre des Oiseaux
chassiers et celui des Reptiles chloniens. 11 est curieux, une poque si
recule, de trouver dj des Oiseaux, animaux ariens par excellence, et
des Tortues, les plus parfaits des Reptiles, avant les ordres les plus impar-
faits. Avec la troisime poque il ne se montre aucun ordre nouveau. Avec
la quatrime priode naissent un ordre d'Oiseaux et deux ordres de Pois-
sons moins parfaits que les premiers. C'est donc avec la cinquime grande
priode qu'ont paru les autres ordres d'animaux. Les Oiseaux qui naissent
alors ne sont pas plus parfaits que les plus anciens. Les Reptiles ophidiens
et batraciens sont assurment les derniers de la classe. Il en est de mme des
Poissons pleuronectodes non symtriques. Sur les quatre classes, deux ont
donc montr les ordres les plus parfaits les premiers, en suivant une
marche oppose au perfectionnement successif des organes. Les Oiseaux
( '97 )
sont rests statioiinaires. Il n'y aurait, en consquence, dfavorable au
perfectionnement successif des tres, que les Mammifres qui, effecti-
vement les plus parfaits des animaux vertbrs, ont tous, l'exception de
l'homme, spcial notre poque , paru seulement dans la dernire priode
golofjique qui nous a prcds sur la terre. Nanmoins les Mammifres
offrent encore des exceptions, puisqu'ils ont deux ordres, les Pachydermes
et les dents , dans la voie dcroissante de dveloppement de formes zoo-
logiques, ce qui est encore oppos au perfectionnement gnral.
En rsumant ce qui vient d'tre expos sur l'instant d'apparition, dans
les ges du monde, des ordres d'animaux compars la perfection de
leurs organes, j'arrive aux rsultats suivants :
1. Les quatre embranchements des animaux, dans l'ordre chronolo-
gique des ges du monde, n'ont pas march suivant le degr comparatif de
la perfection de leurs organes, mais bien sur quatre lignes parallles lout
fait indpendantes les unes des autres.
a. Les classes d'animaux , comme le dmontre le tableau joint mon
Mmoire, sont, l'exception de deux sur dix-neuf, absolument comme les
embranchements; elles ont march paralllement et non successivement
dans les ges du monde.
" 3. Cette marche particulire parallle et non successive dans l'ordre
chronologique, pour chaque embranchement et pour chaque classe, est
tout fait contraire au perfectionnement gnral des organes en allant du
premier ge du monde vers l'poque actuelle.
4- L'accord du degr croissant de perfection des organes, en mar-
chant des premiers ges du monde jusqu' l'poque actuelle, loin d'tre la
rgle constante, comme on avait pu le croire en tudiant les Mammifres,
n'est, au contraire, qu'une faible exception la marche parallle gnrale
et qui n'a pour base que l'arrive tardive , sur la terre, de l'ordre des Mam-
mifres; cet accord, mme sous ce rapport, n'existerait que pour un dix-
neuvime de l'ensemble des classes.
5. Il rsulterait encore, de ce qui prcde, que les animaux, loin de
perfectionner successivement leurs organes et de passer par tous les degrs
de perfection, dans les ges du monde , ont souvent moins gagn que perdu
de leur perfection dans quelques embranchements, ou sont au moins
rests stationnaires, ce qui exclut tout fait pour eux, dans les priodes
gologiques, la marche croissante gnrale du simple au compos.
( 198 )
PHYSIQUE. De l'action du magntisme sur tous les corps (deuxime
Mmoire); par M. Edmond Becquerel. (Extrait par l'auteur. )
(Renvoi la Section de Physique.)
Dans un Mmoire, dont j'ai eu l'honneur de lire un extrait l'Aca-
dmie le ai mai 18495 j'ai tudi l'action exerce par un aimant trs-puis-
sant sur diffrentes substances , lorsque ces substances se trouvent plonges
dans des liquides ou dans des gaz. Cette lude m'a piM'mis de dmontrer le
principe suivant :
L'action exerce par un aimant sur une substance plonge dans un mi-
" lieu liquide ou gazeux, est la diffrence des effets produits sparment
sur la substance et sur le volume du milieu dplac.
>' Si, d'aprs ce principe, l'on mesure les attractions et les rpulsions que
diffrents corps prouvent quand ils sont placs successivement dans le vide
et dans divers gaz, l'action magntique produite sur les particules gazeuses
se dduira de la diffrence des effets observs. A l'aide de cette mthode,
j'ai pu reconnatre que si la plupart des gaz n'prouvent que des effets diffi-
cilement apprciables, eu gard la faible masse sur laquelle on agit, et se
comportent comme repousss des ples des aimants, l'oxygne , au contraire,
est magntique , c'est--dire attirable la manire du fer, et magntique
un assez haut degr pour que sa puissance d'attraction soit facilement me-
sure.
Le travail que j'ai l'honneur de soumettre aujourd'hui au jugement de
l'Acadmie est la continuation de ces recherches. Le procd d'exprimen-
tation dont j'ai fait usage tant le mme que celui qui a servi lors des pre-
mires expriences, je n'en ferai pas mention ici; je me bornerai indiquer
les principaux rsultats des observations.
)i Ce Mmoire est divis en deux parties; la premire est relative aux
actions exerces sur les corps solides et liquides, alors que la puissance de
l'aimant employ varie d'intensit; la seconde se rapporte aux gaz soumis
diverses pressions. Dans cette dernire partie du travail, j'ai pu mettre en
vidence l'action magntique exerce sur l'oxygne, non-seulement en em-
ployant ce gaz comme milieu dans lequel sont plongs diffrents corps so-
lides, et en le condensant l'aide de petits barreaux en charbon, ainsi que
je l'ai dj fait, mais encore en l'enfermant dans des petits tubes de verre
trs-minces. Si ce verre est lgrement repouss par les aimants dans l'air,
on peut transformer les tubes qui en sont composs , en petits barreaux
magntiques, par l'introduction seule du gaz oxygne.
( 99 )
En mesurant l'effet produit par lelectro-aimant employ dans ces re-
cherches, sur les corps solides, liquides ou gazeux, l'aide de la force de
torsion d'un fil d'argent, et valuant en mme temps la puissance magn-
tique de cet appareil d'aprs l'intensit du courant lectrique qui circule au-
tour de lui, j'ai t conduit, par la comparaison des rsultats, aux cons-
quences suivantes :
i". Les substances repousses par les ples d'un aimant dans l'air et
appeles diamagntiques , telles que le bismuth, le plomb, le soufre, la cire.
Veau, etc., lorsqu'elles ne sont pas mlanges de substances attirables , sont
repousses avec une force qui , pour le mme corps, toutes choses tant
gales d'ailleurs, est sensiblement proportionnelle au carr de l'intensit
magntique de l'aimant.
>^ Ces substances ne paraissent pas conserver de polarit permanente
aprs une aimantation pralable.
1) 2. Les substances telles que le fer parfaitement doux, qui sont ma-
gntiques ou attirables l'aimant, mais sans force coercitive apprciable, et
ne conservent pas la proprit polaire aprs que l'aimantation a cess , sont
attires avec une force galement proportionnelle au carr de la puissance
de l'aimant.
3. Certaines substances attirables l'aimant, telles que le platine,
plusieurs composs ferrugineux , etc., donnent des effets diffrents. On
trouve alors que le rapport de la force d'attraction au carr de l'intensit de
l'aimant, change avec cette intensit, mais, dans la plupart des cas, tend
vers une limite constante mesure que l'intensit augmente.
11 est prsumable que ces corps se comportent comme ayant ime force
coercitive sensible, et sont attirs la manire de acier et la Jbnte. On
peut, pour quelques-uns, comme, par exemple, lorsqu'il s'agit du platine,
s'en assurer directement, en remarquant qu'aprs l'aimantation, ils conser-
vent des ples pouvant subsister pendant un temps plus ou moins long , de
la mme manire qu'un barreau d'acier. Ce fait de la conservation des ples
a dj t signal, entre autres, par mon pre et par M. Oersted propos
de substances diffrentes. On comprend, d'aprs cela, que, dans ces cir-
constances , l'action magntique semble ne pouvoir s'tablir sans pix)uver
- une espce de rsistance, laquelle ne parat pas exister lors de la rpul-
sion produite sur le bismuth, le soufre, l'eau, etc., et lors de l'attraction
exerce sur le fer doux.
4- Plusieurs composs, tels que le charbon, le verre, peuvent tre
attirs lorsque l'lectro-aimant a une faible intensit magntique, et repousss
( 200 )
quand il est plus nergique , ainsi que plusieurs physiciens l'ont dj ob-
serv ; mais si l'on examine avec attention ces composs , aprs que l'ai-
mantation a cess, on trouve qu'ils ont acquis la proprit polaire: on peut
se convaincre par l qu'ils se comportent comme dous d'une force coerci-
tive assez grande.
Si l'on considre ces matires comme des mlanges de substances atti-
res et de substances repousses par les aimants, il n'est pas tonnant que
la loi d'attraction soit fort complique; car, dans chaque mlange, la por-
tion repousse par les ples magntiques prsente les rsultats noncs dans
la premire conclusion, et la portion attire donne lieu aux effets dont il a
t question propos de la troisime.
Les conclusions i et 2 , dj donnes dans mon pi'emier travail, se
trouvent dveloppes par les deux dernires; l'on peut voir, d'aprs ce qui
prcde, dans quelles circonstances l'attraction exerce sur certains corps, et
la rpulsion produite sur d'autres, ne varient pas suivant la mme loi.
>i 5. L'oxygne seul , parmi les gaz soumis aux expriences , est attir
par les ples magntiques. Un lectro-aimant agit par influence sur les mo-
lcules de ce gaz comme sur le fer doux , en donnant lieu une attraction
proportionnelle au carr de l'intensit du courant qui circule autour de cet
appareil. La fraction looo 060 > ""^ exprime le magntisme spcifique de
ce gaz, masse gale, par rapport au fer doux, le place parmi les fluides
fortement magntiques. En effet, le liquide le plus magnticjue que j'aie
trouv, la dissolution concentre de protochlorure de fer, est prs de trois
fois moins attir que l'oxygne, galit de poids.
6. La puissauce magntique de l'oxygne augmente avec sa force las-
tique. Lorsque ce "gaz agit comme milieu ambiant sur des cylindres de cire,
de verre, l'effet que l'on observe est proportionnel la quantit de particules
matrielles renfermes sous un volume donn, et, par consquent, sa
force lastique. Mais lorsqu'il est condens par des barreaux de charbon , le
pouvoir de condensation du charbon variant avec la pression du gaz ext-
rieur, l'action exerce sur les petits barreaux de cette substance plongs
dans l'oxygne augmente bien avec la pression du gaz dans l'enceinte
o l'oti opre , mais n'augmente pas proportionnellement cette pression.
']". L'air atmosphrique prsente les mmes effets que l'oxygne,
mais en vertu de la prsence de ce dernier gaz, et par consquent avec une
force qui est sensiblement y^^de celle que prsente l'oxygne dans les
mmes conditions, l'effet de l'azote n'ayant pu tre apprci.
)' 8". Le protoxyde d'azote , le gaz olfiant, 1 acide carbonique, le cyano-
( aoi )
gne, l'ammoniaque, condenss dans le charbon, donnent lui-ci une
rpulsion plus grande sous l'influence des aimants que lorsqu'il est plac
dans le vide; l'action produite est plus ou moins forte suivant la nature de
ces gaz , comme cela rsulte des nombres donns dans ce Mmoire. Quant
l'azote et l'hydrogne, ils ne se condensent pas assez pour donner un effet
sensible dans les limites de nos observations.
Aprs avoir expos les rsultats des expriences, j'ai montr la fin du
travail que j'ai l'honneur de prsenter l'Acadmie, que l'hypothse propo-
se dans le premier Mmoire rend compte des faits observs jusqu'ici.
Cette hypothse consiste supposer qu'il n'y a pas deux genres d'ac-
tions diffrentes produites sur les corps par les aimants : actions magntiques
et actions diamagntiques, mais bien un seul genre d'action, une aimanta-
lion par influence, et que la rpulsion exerce sur les substances qui s'loi-
gnent des ples des aimants est due ce que les corps sont entours par un
milieu plus magntique qu'elles.
" Je n'ai prsent cette explication de diamagntisme que pour lier entre
eux, d'une manire plus simple, je crois, qu'on ne l'avait fait jusqu'ici, les
effets du magntisme sur les diffrents corps soumis son action.
MMOIRES PRSENTS.
ORGANOGNIE VGTALE. Sur l' accroissement en diamtre des tiges des
Dicotjls (deuxime Mmoire); /jar MM. Durand, de Caen, e^MANOVRT.
(Extrait.)
(Commission prcdemment nomme, compose d' MM. de Jussieu,
Richard, Gaudichaud.)
Nous avons prcdemment fait connatre les rsultats de nos recherches
sur la betterave pendant la premire anne de sa vgtation; mais, comme,
pour bien faire connatre une plante, il ne faut pas seulement remonter, aussi
loin que possible, dans l'histoire de sa vie, mais encore la suivre dans toutes
les autres priodes de son existence , nous avons d tudier les betteraves '
la seconde anne de leur vgtation. Voici l'analyse des principales exp-
riences et observations contenues dans notre Mmoire.
" I. Des betteraves, qui avaient de six huit couches, ont t plantes'
au mois d'avril, aprs qu'on leur avait enlev le bourgeon terminal. Ces
betteraves n'ont pas fleuri, mais, en revanche, plusieurs bourgeons secon-
daires se sont dvelopps ; l'poque o on les a arraches, elles prsentaient
C. R. , i85o, a"> Semestie. (T. XXXI, K 7.) ^8 \
( 202 )
toutes, de haut en bas, partir seulement du corps de la plante, des ctes
dont plusieurs taient trs-prononces. Chaque cte tait place au-dessous
d'un bourgeon. Dans ces plantes, la vgtation ne s tait arrte sur aucun
point. Cependant, dans les mamelons ou ctes, il y avait, et c'est un fait
trs-remarquable, de dix dix-huit couches ligneuses, tandis que l o il
ne s'tait pas form de mamelons, on ne trouvait que le nombre de couches
ligneuses qui existait lors de la plantation de la betterave. Tous ces faits
sont mis en vidence dans les dessins qui accompagnent notre travail.
' II. Des bourgeons latraux et terminaux, enlevs sur des betteraves
gtes, ont t plants le i" septembre 1849; arrachs aprs un mois de
plantation, ils avaient form des racines dont les unes taient ligneuses,
tandis que les autres paraissaient tre plus jeunes et composes de tissu cel-
lulaire seulement. Dans les racines qui paraissaient formes de tissu cellu-
laire, un fait curieux a t constat : c'est que, de ces racines formes de
tissu cellulaire dans presque toute leur tendue, quelques unes prsentaient,
vers le point de leur insertion , des fibres qu'on pouvait suivre jusque dans les
feuilles; mais ces fibres, chose qu'il faut noier, appartenaient aux feuilles
les plus jeunes.
III. Une dcortication a t faite sur des betteraves la base des bourgeons ;
peu de temps aprs , un bourrelet s'est montr la lvre suprieure de chaque
dcortication, sous le bourgeon seulement. Ce bourrelet a augment en
raison directe du nombre de bourgeons et de feuilles qui se sont dvelopps
au-dessus. On a trouv que chaque bourrelet se composait de tissu cellu-
laire et de fibres qu'on a pu suivre jusque dans les feuilles. Au-dessus de la
dcortication, l o il n'y avait ni bourgeon ni feuilles, il ne s'est point form
de bourrelet contenant de fibres ligneuses, quoique l'corce y tt galement
verte.
" IV. Des betteraves ont t coupes au mois de juillet au-dessous du
collet, et laisses en terre jusqu' la fin d'octobre ; elles n'ont pouss ni feuilles
ni bourgeons. Elles ont augment eu paisseur et en hauteur, sans former
de nouvelles couches ligneuses. Cet accroissement a t produit par la mul-
tiplication des tissus parenchymateux et l'longation des tissus fibreux. Les
premiers ont fourni seuls l'augmentation en largeur; les autres avec ceux-
ci l'augmentation eu hauteur.
V. En faisant des coupes minces depuis le collet de la betterave jusqu'
son sommet, on reconnat que les filets ligneux diminuent en nombre pro-
gressivement mesure qu'on s'lve. Lorsqu'on est arriv entre les plus
jeunes feuilles et celles qui les ont prcdes dans l'ordre du dveloppement,
( 203 )
on trouve une portion de cet entre-nud uniquement cellulaire. Mais, en
faisant une coupe mince dans la direction ascendante, on aperoit la tte
de quelques filets; en continuant faire ainsi de ces coupes, on voit ces filets
devenir plus nombreux et plus gros, jusqu' la base de ces petites feuilles
(jui sont les dernires productions de l'axe; et c'est cette base cl dans les
feuilles elles-mmes que les fibres sont plus nombreuses et plus fortes.
" Des faits contenus dans le prsent Mmoire , concordant tous parfaite-
ment avec ceux du prcdent, nous croyons pouvoir tirer les conclusions
suivantes :
Les feuilles et les bourgeons jouent, dans la formation des faisceaux
fibro-vasculaires, un autre rle, outre celui d'tre le sige principal des ph-
nomnes de respiration et d'vaporation. Ce sont, avec les embryons , des
organes o s'engendrent les tissus vasculaires.
Les tissus ligneux ont une autre origine que les tissus parenchymateux
ou cellulaires.
Les premiers commencent sans doute par tre cellulaires avant de se
constituer et se solidifier; mais ils ne naissent que des feuilles, des bourgeons
ou des embryons. Les seconds naissent dans toutes les parties des plantes
indistinctement; jamais ils ne deviennent filets ligneux ou vaisseaux.
>> En terminant, nous appelons l'attention de l'Acadmie sur un fait qui
n'est peut-tre pas sans intrt pour la fabrication du sucre de betterave.
Nous avons observ, ainsi que nous l'avons dj dit, que les betteraves, cou-
pes au-dessous du collet, ne poussent ni feuilles ni bourgeons, alors mme
qu'elles sont en terre. Si , aprs avoir arrach des betteraves, on les coupait
au-dessous du collet, elles ne vgteraient plus. Ou pourrait les placer alors
d'autant plus lair et la lumire, pour empcher leur fermentation , ce qui
est trs-important , quon n'aurait plus craindre le dveloppement des
feuilles et des bourgeons. Ija plaie qu'on fait ?insi aux betteraves ne devient
jamais une cause d'altration pouvant amenei' la pourriture de la plante,
quand on a soin de les exposer une temprature de 12 i5 degrs, dans
un air sec. ^a plaie se cicatrise en trs-peu de temps, et l'on peut conserver
les betteraves sans qu'elles pourrissent.
" Pour nous rendre compte des effets pratiques de ce moyeu de conserver
les betteraves, au mois de novembre r848, nous avons spar en deux lots
des betteraves dont le jus pesait alors 7 degrs, et aux betteraves de l'un,
on a coup la tte au dessous du collet, en laissant les autres dans l'tat o
on lesemmagasine ordinairement. Ces deux lots ont t placs dans un endroit
sec, l'abri del gele, o l'air tait renouvel, et y sont rests du mois de
a8,.
( 204 )
novembre fin fvrier. Alors on en a extrait le jus. Les betteraves qui avaient
conserv leur collet avaient, presque toutes, donn des signes de vgtation;
elles ont fourni un jus marquant 2 3 degrs. Celles, au contraire, qu'on
avait coupes au-dessous du collet, n'avaient donn ni fouilles ni bourgeons;
elles ont fourni un jus qui marquait de 6 7 degrs-
CHIMIE ORGANIQUE. Sur la formation artificielle de l'acide lactique et sur
un nouveau corps homologue du gljrcocolle; par M. Adolphe Strecker.
L'acide lactique, trait par l'oxyde puce de plomb, donne de l'acide
carbonique et de l'aldhyde; d'un autre ct, comme l'a fait voir M, Engel-
hardt, il se ddouble par Ig, chaleur en oxyde de carbone, aldhyde et eau.
Ces ractions m'ont conduit supposer que l'acide lactique pouvait tre une
combinaison conjugue d'acide formique et d'aldhyde , analogue l'acide
formobenzolique, qui, dans son mode de formation et dans ses ractions,
se comporte comme une combinaison conjugue d'acide formique et d'hy-
drure de benzoyle (aldhyde benzoque).
Guid par ces ides, j'ai russi, en effet, former l'acide lactique avec
de l'aldhyde et de l'acide hydrocyanique, qui se transforme facilement en
acide formique.
Voici le rsultat de mes expriences :
L'aldhyde ammoniaque et l'acide prussique, traits en solution aqueuse
par l'acide chlorhydrique, se combinent en fixant 1 quivalents d'eau : il se
forme du sel ammoniac et la combinaison chlorhydrique d'un nouveau corps
homologue du glycocolle et de la leucine, que je aomme alanine. f/quation
suivante reprsente la formation de l'alanine :
C4 H* Oj 4- Ca NH + 2 HO = C, H, NO,.
aldhyde alatiine
L'alanine est un isomre de la lactamide, de l'urthane et de la sarco-
sine ; elle diffre de ces combinaisons par ses proprits. L'alanine cristallise
en prismes obliques et rhombodaux; elle se dissout facilement dans l'eau;
mais elle est insoluble dans l'alcool et dans l'ther. lia solution d'alanine a
une saveur franchement sucre; elle est sans action sur le papier de tour-
nesol. Expose une chaleur modre, l'alanine n'prouve aucune altration;
ce n'est qu'a une temprature suprieure 200 degrs qu'elle se sublime
sans changer de composition.
L'alanine se combine avec les acides, et elle donne un sel double avec
le chloridede platine : ces combinaisons, qui ne diffrent pas, par leur com-
position, des sels forms par les bases organiques, ont une raction acide.
Elles sont facilement solubles dans l'eau et dans l'alcool. J'ai analys les
( ao5 )
suivantes :
C, H, NO,, NO. H;
CeH,NO,,HCl;
2(C,H,N0,),HGI;
2(CeH,N04),HCl, aPtClj.
" Ij'alanine se combine aussi avec ies oxydes mtalliques en formant des
composs sol ubies dans l'eau, et moins solul)les dans l'alcool. Dans ces com-
binaisons, l'oxyde mtallique remplace i quivalent d'eau de l'alanine.
J'ai analys le sel cuivrique , cristallis en prismes d'une belle cou-
leur bleue (CgHeNOj, CuO + HO), et qui perd i quivalent d'eau
lao degrs, et les sels argentique (CgHoNO,, AgO), et plombique
(CgHeNO,, PbO + PbO, HO).
L'alanine se combine aussi avec le nitrate d'argent; cette combinaison ,
dont la composition se reprsente par CgHjNO,, AgO, NO, , cristallise
en tables rhombodales, sans couleur; elle est soluble dans l'alcool.
Comme on le voit, l'alanine diffre beaucoup par ses proprits de ses
isomres, l'urthane et la lactamide; elle se rapproche plutt de la sarco-
sine, dont elle se distingue cependant par la proprit qu'elle possde de
s'unir avec les oxydes mtalliques. C'est donc l'alanine et non pas la sar-
cosine qui est l'homologue du glycocoUe et de la leucine.
En substituant le valral l'aldhyde, j'espre obtenir la leucine.
L'alanine n'est pas attaque parles acides, ni par une lessive de potasse
concentre et bouillante. Fondue avec l'hydrate de potasse, elle dgage de
l'hydrogne, et il se forme de l'acide hydrocyanique et de l'acide actique
qui restent combins avec la potasse.
Si l'on fait agir du gaz nitreux (NO3) sur une solution d'alanine, il se
dgage beaucoup d'azote : la solution vapore une douce chaleur donne
un rsidu sirupeux qui, trait par l'ther, lui abandonne un acide que j'ai
reconnu aisment, par ses ractions et pai- l'analyse lmentaire du sel de
zinc, tre de l'acide lactique. En effet, l'analyse de ce sel a conduit la
formule: CjHjOs, ZnO + 3 Aq. A loo degrs, il perd 3 quivalents d'eau.
Il est donc form par l'acide lactique ordinaire, et ne renferme pas celui
qu'on trouve dans la chair musculaire.
11 La formation de l'acide lactique dans la raction dont il s'agit se repr-
sente par l'quation
G.HtNO, + NO, = C,H,0 4- HO H- 2 N.
alanine acide lactique
Cette raction n'est pas sans intrt, surtout si l'on considre que l'acide
( 206 )
lactique dont la formule doit tre probablement double, drive du sucre
de raisin par une simple modification molculaire.
CHIMIE ORGANIQUE. Sur un nouveau mode de prparation de l'thj'lamine ,
par M. Adolphe Streckeb.
.1 l..es belles recherches de M. Wurtz ont fait connatre une nouvelle
classe de bases organiques, et ont jet beaucoup de lumire sur la consti-
tution des alcalodes en gnral. Dernirement, M. Hofmann a dcouvert
un nouveau mode de formation de ces hases par la raction de l'ammoniaque
sur les chlorures et bromures des radicaux des alcools. Voici une m-
thode pour la prparation de lethylamine, qui prsente peut-tre quelques
avantages.
') Si l'on fait absorber des vapeurs d'acide sulfurique anhydre par de 1 elher
ordinaire, il se forme de l'ther sulfurique proprement dit ou ther sulfa-
tique (C4H5O, SO3), qui, lorsqu'on ajoute de l'eau, reste dissous dans
l'ther excdant, dont il peut tre spar par l'vaporation spontane.
L'ther sulfatique, trait par l'ammoniaque, se comporte comme un
acide anhydre; il absorbe cette base en formant le sel ammonique d'un
acide amid. Ce nouveau sel se reprsente par la formule
4S03,C,oH,3NO, + Nn,.
4 quivalents de l'ther compos ont absorb 2 quivalents d'ammoniaque,
dont l'un est entr dans la composition de l'acide. En traitant ce sel par le
carbonate de baryte ou de plomb, il se dgage de l'ammoniaque, et l'on
obtient les sels barytiqucs ou plonibiques du nouvel acide, que je nomme
acide thainique. Cet acide, trait par une lessive de potasse chaude, dve-
loppe de l'thylamine, comme j'ai constat par l'analyse du sel de platine,
qui m'a donn la composition C^HjN, HGI , PtClj.
Il se forme en outre de l'alcool et de l'acide sulfurique.
CHIMIE ORGANIQUE. Sur les matires colorantes rouges de la garance;
par MM. J. Wolff et A. Strecrer.
.l'ai entrepris, avec la collaboration de M. Wolff, des recherches sur les
matires colorantes rouges de la garance : voici les rsultats auxquels nous
sommes arrivs.
La garance contient deux matires colorantes rouges, qui ont t dsi-
gnes depuis longtemps, par MM. Robiquet et Colin , sous le nom d'ali-
zarine et de purpurine. Ce sont les mmes corps que M. Runge a dcrits
( 207 )
sous le nom de Krapproth et Krapppurpur ; M. Debiis les a nomms acide
iizarique et oxjUzarique.
fia composition de i'alizarine est exprime par la formule
qui correspond exactement aux rsultats des analyses de MM. Schunck et
Debus. r/alizarine est un acide faible, qui s'unit avec les bases en propor-
tions diffrentes. Voici la table des sels que nous avons analyss et calculs:
Alizarine bydrate Cjo H, Og + (^ HO ;
Alizariue plombique ^(GjoHjOs) + 3PbO;
La mme, autre prparation... 3(C2oH505) + 4'^b O ;
Alizarine calcique 2(C2oHg09) 4- 3(GaO, HO);
Alizarine barytique G^oHeOg + a BaO ;
r.a mme, autre prparation... 2(C2uH|j08) + 3(BaO, HO) ;
La mme, sche 120 degrs. 2(C2oH8 0,) + 3BaO;
La mme, autre prparation.. . 3(G2oHjO,)+ 2BaO.
L'acide chloronaphtalique , GaoHjGlOg, dcouvert par M. fiaurent,
est, comme noire formule de I'alizarine le fait voir, de I'alizarine chlore.
On sait que cet a(ide forme, avec les oxydes, des sels d'une couleur roufje
ou jaune. Nous avons vainement cherch transformer cet acide en aliza-
rine, soit par l'amalgame de potassium, soit par le courant lectrique au
sein d'une solution alcaline. Gependant nous ne doutons pas que des recher-
ches ultrieures ne puissent faire obtenir une raction que la thorie prsente
comme possible.
L'alizarine, traite par l'acide nitrique, donne, outre l'acide oxalique ,
un acide volatil, que VL Schunck a nomm acide alizarique, et dans lequel
iVLVI. Gerhardt et Laurent ont reconnu l'acide phtaliqite. Nous avons
prouv, par l'analyse lmentaire du sel argentique , qui nous a donn lu
composition GiaH^Ag^Og., que I'alizarine donne, en effet, par l'acide
nitrique, de l'acide phtalique. f/quation suivante rend compte de cette
transformation :
G2oHe06 + 0,+ 2HO = G,eHeO, + G, IJ^Og.
alizarine ac. phtalique ac. oxalique
M. Laurent a tiouv que l'acide chloronaphtalique se transforme de
mme ,sous l'influence de l'acide nitrique, en acides phtalique et oxalique.
G'est une nouvelle preuve de la liaison intime qui existe entre cet acide et
l'alizarine.
La purpurine, la seconde matire colorante rouge de la garance, a
pour composition G,,HgOe; elle diffre de l'alizarine par 2 quivalents de
( 208 )
carbone. Elle donne, ainsi que l'alizarine, avec les diffrents mordants,
toutes les couleurs qu'on produit par la garance. lie rouge d'Andrinople,
produit au moyen de la purpurine, est beaucoup plus beau (moins bleu)
que celui que l'on obtient au moyen de l'alizarine. Ija purpurine est spare
de l'alizarine par une dissolution concentre et bouillante de l'alun , dans
laquelle elle se dissout aisment. Elle donne, avec la potasse, une dissolution
rouge-groseille, tandis que la couleur de la solution potassique de l'alizarine
est d'un bleu pur la lumire rflchie, et pourpre quand on la place entre
l'il et la lumire.
" La purpurine, traite par l'acide nitrique, se transforme aussi en acide
phtalique et en acide oxalique , d'aprs l'quation :
C,g He Oe + HO 4- O5 = C,e He O, + Cj H O,.
purpurine ac. phtalique ac. oxalique
' Dans la garance qu'on a fait fermenter en y ajoutant de la levure, la
temprature de 3o degrs, nous n'avons trouv que de la purpurine; il est
trs-probable que l'alizarine s'est transforme , dans ces conditions , en
purpurine, ce qui pourrait avoir lieu avec dgagement d'acide carbonique et
d'hydrogne.
(Les Notes de MM. Strecker et Wolff sont renvoyes l'examen d'une
Commission compose de .MM. Dumas, Pelouze, Balard.)
PHYSIQUE APPLIQUE. Images photographiques sur papier obtenues au
moyen de la plaque albumine'e et dans un temps trs-court, grce
l'emploi d'une substance acclratrice. (Extrait d'une Note de M. A.
HUHBERT DE MoLARD. )
(Commissaires, MM. Chevreul, Regnault, Seguier.)
11 L'emploi de la plaque de verre albumine a marqu un grand progrs
dans l'art de la photographie, et cependant, pour que, grce au nouveau
procd, la photographie sur papier ptit, sur tous les points, et notamment
dans les reproductions de la nature anime , lutter avec avantage avec la
photographie sur plaqu, il fallait dcouvrir pour l'albumine une substance
acclratrice; c'est quoi je suis arriv. Ce moyen est trs-simple. L'albu-
mine est un corps tenace, se coagulant fortement par l'action des acides, et,
par suite, peu favorable aux oprations photogniques; mais elle peut tre
parfaitement ramene ces conditions par le mlange d'une substance quel-
conque qui la divise sans la troubler, qui modifie sa tnacit naturelle en lui
donnant l'onctueux , la souplesse et la porosit d'une feuille de papier.
(209)
Tous les sucres, les sirops de cassonade, de miel brut et de mlasses,
le sel de lait, le srum du lait, les mucilages de ppins de coings, de graines
de lin, de guimauve, etc., etc., sont on ne peut plus aptes remplir ce
but. Fi'acide saccharique des uns, le mucilage et la gomme des autres, le
gluten ou la fcule amylace de la plupart , celle surtout que contient le
miel brut du commerce, presque toujours frelat par l'amidon, agissent on
ne peut mieux sur l'albumine pour la disposer aux oprations photographi-
ques... i5 20 pour 100 de mlasse, de sirop de cassonade, de miel brut ou
de srum du lait mlangs l'albumine donnent de beaux et rapides rsultats.
Si l'on veut oprer par les mucilages pais de coings, ou autres semences,
on renverse les proportions; c'est--dire que uo ^5 grammes pour 100
d'albumine suffisent pour favoriser l'adhrence la glace du mucilage dont
le peu de tnacit lcherait dans le lavage. Dans toutes les prparations,
I pour 100 d'iodure de potasse suffit grandement.
>i Voici maintenant un autre procd pour la photographie sur verre ,
tout diffrent dans ses prparations de ceux connus et employs jusqu' ce
jour. Les beaux rsultats qu'il me donne dpuis longtemps sur papier m'ont
tout dernirement fait essayer de l'appliquer au verre, et j'y ai russi au
del de mes esprances.
J'enduis les glaces d'une couche d'albumine pure, et les laisse scher
plat. Je les coagule par une immersion rapide dans un bain d'acide nitrique
chimiquement pur, de la force de 7 8 degrs, et les passe immdiate-
ment dans un autre bain ammoniacal pour neutraliser l'acide. Ces deUx
immersions doivent tre rapides, excutes dans l'espace de quelques se-
condes et sans le moindre temps d'arrt. En cet tat, les feuilles de verre
coagules prsentent un aspect lgrement laiteux et d'une teinte uniforme;
on les passe l'eau pure , et on les laisse de nouveau scher debout et sur
un angle, afin de faciliter et activer l'gouttement. Bien sches, on les pose
sur un support chlorurer, et, l'aide d'un pinceau doux, on les enduit
d'une couche d'iodure d'argent Hquide (solution de prcipit jaune d'oxyde
d'argent par l'iodure de potassium dissous saturation complte dans l'eau
distille). Au bout d'une minute, la feuille de verre est plonge dans l'eau,
o elle prend de suite un ton jaune-or par l'effet de l'iodure d'argent qui se
prcipite instantanment de son oxyde. On lave encore la plaque grande
eau jusqu' ce qu'il ne reste sa surface aucune parcelle de prcipit non
adhrente , et on laisse scher. (Toutes ces oprations peuvent tre faites au
grand jour. ) En cet tat, la plaque est prte, et l'on peut estimer la certi-
C. R., i85o, a" Semestre ^T. XXXI, N" 7 ) 29
( 210 )
tude d'une russite par l'intensit de sa couleur qui doit tre d'un beau
jaune-or. Elle peut ainsi se conserver des mois entiers sans altration.
n Au moment d'oprer la chambre noire, on la rend sensible, comme
1 ordinaire, par l'acto-azotate d'argent, mais qui peut alors, sans incon-
vnient, tre vers dessus goutte goutte, ou tendu soit au pinceau, soit
l'aide d'un papier , sans crainte d'aucune fissure ni gerures. L'albumine
tant coagule d'avance, l'acide actique n'a plus sur elle aucune action, et
ne joue d'autre rle dans l'opration que celui de dsunir la potasse d'avec
l'iode, qui vient alors se combiner avec l'argent, etc., etc.
" Les limites restreintes d'une communication par lettre ne me permettent
pas d'entrer dans de plus amples dtails sur ce procd; mais sa simple
inspection, les amateurs expriments apercevront, je l'espre, quelle certi-
tude de russite doit procurer l'opration un io.lure d'argent compos,
appliqu d'un seul coup et toujours invariable dans ses proportions. "
A cette Note sont jointes de fort belles preuves sur papier, obtenues par
les deux procds indiqus. Toutes ces preuves, remarque l'auteur, ont t
obtenues l'ombre en 3o, 4o ou 5o secondes, avec un objectif de 33 centi-
mtres de foyer.
M. Regnault, l'occasion de cette communication, annonce qu'il est
sa connaissance que M. Niepce de Saint-Victor a employ galement, et
depuis assez longtemps, de semblables substances comme acclratrices
dans les oprations photogniques au moyen du verre albumin; l'indication
de cet emploi doit mme se trouver dans une Note adresse, depuis quelque
temps, sous pli cachet, par M. Niepce de Saint-Victor.
GOLOGIE. Sur la constitution minralogique et chimique de la serpentine
des P^osges. (Extrait d'un Mmoire de M. Delesse.)
(Commissaires, MM. lie de Beaumont, Dufruoy. )
La serpentine se trouve dans les Vosges sur un assez grand nombre de
points. Elle y prsente des caractres variables; une varit est d'un vert
obscur et une autre d'un brun marron: malgr ces diffrences de caractres,
ces deux varits ont des compositions presque identiques , et ce qu'il y a
de plus remarquable, c'est qu'elles sont, sous ce rapport, presque identi-
ques avec des serpentines de la Saxe et du Harz, analyses par Wogel,
SchMreizer, Jackson et Nultal. Il en rsulte que malgr que la serpentine
( an )
n'offre aucun caractre de cristallisation, elle devrait, par la constance de
sa composition, tre considre comme une espce distincte.
Dans ce travail, M. Delesse a, en outre, tudi la composition des
minraux nombreux qu'on trouve dans la serpentine. Nous ne saurions
donner le dtail de cette partie du Mmoire de M. Delesse. Nous dirons seu-
lement que les grenats qui y existent en abondance sont beaucoup plus riches
en magnsie que les grenats les plus gnralement rpandus dans les roches;
ils offrent, sous ce rapport, une remarquable analogie avec la composition
de la serpentine qui les contient.
CHIRURGIE. Des fistules vsico-utrines et vsico-utro-vaginales ;
par M. le D'' Jobert, de Lamballe. (Extrait par l'auteur.)
(Commission prcdemment nomme.)
Traitement des fistules vsico-utrines. Jusqu' prsent on n'a que
fort peu connu les fistules vsico-utrines, et leur traitement tait tout aussi
peu avanc que leur histoire. Ce n'est que dans ces derniers temps qu'on a
conseill de les attaquer par le nitrate d'argent port dans l'intrieur du col
utrin. Ce caustique est trop difficile manier sur une partie que l'on ne voit
pas, pour qu'on puisse compter sur ses effets salutaires. Il est videmment
impossible, d'ailleurs, d'obtenir l'oblitration de ces fistules par un agent
aussi peu nergique, et qui ne pourrait avoir que le funeste rsultat de
produire une inflammation violente si l'on en faisait un usage immodr.
C'est par le bistouri , c'est par le ravivement et la suture que je propose de
tenter la gurison de ces fistules. Deux procds peuvent conduire au r-
sultat dsir.
Premier procd. Dans ce procd on tente la gurison de la fis-
tule e^n oblitrant seulement son ouverture de communication avec la vessie,
en laissant en dehors le conduit utrin :
. Je commence par agrandir, droite et gauche , le col de l'utrus ,
dans le sens des commissures; 2 le vagin est intress, et sa dissection , qui
se fait latralement et en haut, exige une grande attention. Le doigt est, de
temps en temps, port de bas en haut, entre les lvres de la plaie, pour
reconnatre l'ouverture vsicale. Aussitt que celle-ci est reconnue , le mu-
seau de tanche est relev, et le ravivement est pratiqu avec les pinces, les
ciseaux et le bistouri boutonn. Des points de suture sont ensuite appliqus
dans le sens o le rapprochement des lvres de la plaie est le plus facile.
Deuxime procd. Dans ce procd on obtient la gurison en inter-
29..
( 212 )
rompaat toute communication entre l'utrus et le vagin, si bien que la vessie
seule a une libre communication avec la matrice. Ici le ravivement ne porte
plus seulement sur l'ouverture vsicale, mais il s'tend la surface du col
utrin ; car il s'agit de fermer toute communication entre le vagin, l'utrus et
la vessie. Le ravivement doit tre opr avec lenteur, et aprs avoir incis
droite et gauche le col de l'utrus dans le sens des commissures. Le bistouri
ne doit pas porter seulement sur la surface du col, mais il doit encore ra-
viver ce qui demeure du col utrin ; il faut , en un mot , rendre cette rigole
saignante, et la mettre de niveau avec le reste du col utrin dont on enlve
des espces de copeaux. Aprs ce ravivement on a deux surfaces saignantes,
que l'on adapte trs-facilement l'une l'autre. Lorsque ce ravivement est
complet, on s'occupe de pratiquer la suture. On applique d'abord deux
points de suture latraux dans le sens des commissures , puis un point de
suture mdian. Ces trois points de suture reprsentent trois anses qui com-
prennent une certaine paisseur du col de l'utrus et du vagin. Ils doivent
tre appliqus en bas du conduit utrin, afin de laisser libres les parties
suprieures de ce canal. Le recollement de la cloison et du col de l'utrus
dans cette rgion dclive, permet donc la vessie et l'utrus de commu-
niquer ensemble.
" Les fils peuvent tre retirs successivement du sixime au dixime jour.
' Fistules vsico-utro-vaginales. Cette espce de fistule est visible
l'il; mais comme il n'existe plus dans le point o la fistule se rencontre de
vagin insr au col , ce n'est qu'en dissquant celui-ci latralement et qu'en
l'incisant profondment d'avant en arrire, et en faisant concourir le col de
l'utrus la rparation autoplastique , que l'on peut refaire l'organe dtruit.
Trois temps distincts signalent ce procd opratoire.
Premier temps. f^e vagin est dcoll circonfrencielleraent l o ses
restes s'insrent encore sur le col de l'utrus, et des incisions latrales, faites
obliquement sur les cts et de haut en bas , permettent ce conduit de se
relcher et aux lvres de la fistule de se rapprocher.
Deuxime temps. On procde au ravivement des restes de la cloison
et du col utrin. Pendant le ravivement, on doit se rendre compte de
l'tendue du dsordre et du point o s'arrte l'altration. Je regarde comme
trs-importante cette apprciation, qui conduit le chirurgien, lorsque le
conduit utrin n'est pas ouvert trs-haut, relever la cloison, de ma-
nire laisser libre dans le vagin l'ouverture utrine. Mais, lorsque l'alt-
ration remonte trop haut, la conservation du conduit utrin est impos-
sible, et alors il est tout fait inutile de remonter la cloison au-dessus du
( =>3)
niveau auquel elle correspond, .et l'on peut alors fixer la cloison dans le
point que l'on juge le plus convenable, et dans l'endroit, par consquent ,
o elle subit le moins de tiraillement.
Troisime temps. Dans ce troisime temps, on fixe la cloison sur le
col, e( l'on met deux larges surfaces saignantes en contact. On les fixe par
des points de suture. Les fils doivent tre disposs de manire qu'ils tra-
versent la cloison et une grande partie de l'paisseur du col de l'utrus. S'il
existe encore de la tension dans les parties , on la fait cder par des incisions.
On enlve les fils du sixime au quinzime jour.
I) Traitement des fistules vsico-vaginales avec destruction du vagin
son insertion au col de Vutrus. Ces fistules, ainsi que je l'ai dit, peuvent
exister avec un simple dcollement en apparence, tant la perte de substance
est peu considrable, et alors on peut rparer en une seule fois la grave
lsion qui existe. D'antres fois le dcollement existe, et, de plus, il y a une
perte de substance suivant la longueur du vagin. C'est dans celte fistule en
fer cheval qu'il convient de pratiquer l'opration en deux temps.
Que se passe-t-il entre les surfaces mises en contact? quelle est la marche
que suit la nature pour arriver l'agglutination et la fusion de ces diverses
parties entre elles?
On se demande comment des parties qui ne contiennent que peu de
1 lment rparateur, le canevas des organes, peuvent se runir par premire
intention? ne sait-on pas, en effet , que jusqu' prsent on a regard le moyen
de cicatrisation, avec ou sans suppuration, comme tant fourni par le tissu
cellulaire, les membranes sreuses et les tissus qui s'en rapprochent par leur
structure. C'est du moins l la source que l'on parat avoir donne la mem-
brane des bourgeons et la lymphe plastique. Eh bien, on ne retrouve,
ainsi que je l'ai prouv, aucune trace de tissu cellulaire dans l'paisseur du
corps' et du col de l'utrus, il y en a seulement autour de cet organe, et
encore se trouve-t-il dtruit par la gangrne. La cloison seule, qui contient
la trame cellulaire, fournirait donc le produit de cicatrisation. S'il en est
ainsi, on devrait peu compter sur la runion par premire intention. Pen-
dant longtemps cette ide m'a vivement proccup , et la question anato-
inique faisait natre en moi une hsitation qui n'tait pas favorable des
essais, des entreprises opratoires de la nature de celles dont j'ai parl.
Somme toute, dans cette rgion on rencontrerait donc peu de sources de
cicatrisation , et peu de certitude pour rtablir la continuit des tissus. Toutes
ces ides, justes jusqu' un certain point , n'embrassent pourtant qu'une partie
de la vrit. La nature sait mieux calculer ses efforts que le mdecin et le
( 2i4 )
physiologiste ne savent les apprcier et les juger. Tout travail morbide,
toute division d'organe amne invitablement la dposition en quantit va-
riable de fibrine spontanment coagulable, ainsi que les recherches de
MM. Andral et Gavaret l'ont prouv. Il rsulte de l que c'est de la lymphe
qui se trouve dpose partout o des vaisseaux sont ouverts et o un travail
rparateur quelconque peut se faire.
" Il est donc permis d'esprer, ici comme ailleurs, l'agglutination et la
fusion de parties, quoique dissemblables par leur structure, au moyen de la
lymphe plastique. Mais comme la lymphe s'organise moins promptement et
se vitalise moins vite dans des organes qui lui semblent, en apparence, si
contraires, les surfaces, pour se runir, ont besoin de demeurer longtemps
en contact. I^e travail d'organisation ne se passe pas seulement entre les
surfaces saignantes mises en contact , mais il s'tend toutes les parties que
baigne le liquide urinaire. Il est vident que les surfaces se couvrent d'une
membrane de nouvelle formation, qui se met en "rapport, par sou mode de
sensibilit, avec l'urine.
PHYSIOLOGIE. tude sur quelques points de la physiologie du cur;
par M. L.-A. Fatou. (Extrait par l'auteur.)
(Commissaires, MM. Andral, Regnault, Rayer.)
Les rsultats des recherches que j'ai l'honneur de soumettre au juge-
ment de l'Acadmie peuvent se rsumer dans les propositions suivantes, dont
plusieurs, je le sais, ne sont pas nouvelles, mais ne me paraissaient pas jusqu'ici
suffisamment prouves.
Le volume total du systme vasculaire contenu dans la poitrine reste
sensiblement le mme pendant toute la dure d'un battement complet du
cur ; la contraction des diffrentes parties du cur change peu le volume
total de cet organe.
>i Les changements de capacit des oreillettes et des ventricules rsultent
principalement du dplacement de la cloison auriculo-veatriculaire, qui
subit, par le fait des mouvements propres du cur, des dplacements plus
tendus que ceux que subit toute autre paroi du cur: la dilatation des ca-
vits du cur rsulte principalement de l'antagonisme de fibres musculaires
qui s'insrent de chaque ct de cette cloison, de la tendance des poumons
au resserrement et de l'afflux du sang l'intrieur des cavits du cm\
1) La forme des ventricules est importante pour le jeu du cur : de cette
forme rsulte que les ventricules , en se contractant et perdant de leur vo-
( 2i5 )
lume uu volume gal celui du sang qu'ils chassent , ne tendent laisser
sensiblement de vide que du ct de leur base , et qu'ils ne dplacent pas
notablement les parties des poumons et des parois pectorales dont ils sont
spars par le pricarde.
Le cur aspire le sang veineux et contribue ainsi directement son
mouvement et indirectement celui de la lymphe; cette aspiration doit
tre en partie la cause de l'absorption qu'exercent les veines et les lympha-
tiques.
L'impulsion prcordiale de la pointe du cur est due, en grande partie,
la pousse qui s'exerce sur la paroi oppose aux orifices d'coulement des
ventricules au moment de leur contraction.
Le premier bruit du cur est d en partie la tension brusque des
cordages tendineux qui s'insrent aux valvules auriculo-ventricnlaires.
Le cur et les vaisseaux de la poitrine augmentent un peu de volume
pendant l'inspiration et diminuent pendant l'expiration : les mouvements
respiratoires contribuent produire la circulation du sang, et leur grande
nergie augmente sensiblement la vitesse de la circulation et la force d'as-
piration du cur; la vitesse de la circulation n'est pas en rapport exact
avec la frquence du pouls.
Le sang veineux, quand le cur est exempt de toute lsion, continue
affluer dans le cur pendant la contraction des oreillettes; l'expiration
ne produit pas de reflux, de cours rtrograde, du sang veineux.
PHYSIOLOGIE. Remarques sur l'lvation gnrale de temprature qui
accompagne ncessairement le dveloppement de toute inflammation
locale; par M. Vaimner.
(Commissaires, MM. Magendie, Rayer. )
Dans la Note que j'ai l'honneur de soumettre l'Acadmie , je me suis
attach, dit l'auteur, dmontrer qu'une inflammation locale ne peut pas
se dvelopper sans que la chaleur gnrale du corps s'lve au-dessus de
38 degrs, c'est--dire au-dessus de ce qu'elle est dans l'tat de sant; une
fois d'ailleurs que l'inflammation locale a commenc , le point malade de-
vient un centre d'irradiation , et contribue lever la temprature de tout
le reste du coips.
MDECINE. Recherches sur le cholra-morbus. Question de la contagion;
par M. Pellarin.
(Renvoi l'examen de la Section de Mdecine et de Chirurgi*.)
( ai6)
M. CoLRTY demande l'ouverture d'un paquet cachet \to% en son nom
le 5 aot dernier. Ce paquet, ouvert en sance , renferme une Note concer-
nant un instrument imagin par l'auteur pour extraire de la vessie d'un
homme une tige mtallique qui y tait tombe , et l'emploi qui a t fait
avec un plein succs du nouvel instrument.
(Commissaires, MM. Roux, Lallemand.)
M. Prang adresse, l'occasion rcente d'un Mmoire de M. Cartier, sur
la castration des vaches par le vagin, une rclamation ayant pour objet de
prouver que la premire ide de ce procd opratoire lui appartient. Il cite
l'appui de cette assertion un article qu'il a fait paratre dans le Moniteur
agricole, numro d'avril i85o, article dans lequel, rendant compte d'une
castration par le flanc qu'avait pratique M. Carlier, et des causes de Tin-
succs qu'avait eu cette opration , il propose d'arriver aux ovaires par le
vagiu, et d'oprer la destruction de ces organes au moyen d'une simple tor-
sion, sans aller jusqu' l'arrachement.
(Renvoi la Commission nomme l'poque de la prsentation du Mmoire
de M. Carlier. )
MM. BoBiERRE et Cartier soumettent au jugement de l'Acadmie les r-
sultats des recherches qu'ils ont faites en commun i-elativement la conser-
vation des crales.
Aprs avoir expos les causes de destruction qu'il faut combattre , et dis-
cut les divers moyens auxquels on a eu jusqu'ici recours dans ce but, les
auteurs s'attachent prouver qu'aucun des moyens qui ont t proposs,
mme ceux qui russissent plus ou moins compltement dans d'autres cli-
mats, ne pourront avoir de succs dans le ntre. Pour assurer pendant un
temps illimit la conservation des grains, soit en France, soit dans des pays
placs peu prs dans les mmes circonstances climatologiques, il faut,
avant tout, l'amener un tat de siccit convenable, et empcher qu'il ne
prenne ensuite de l'humidit; il faut le renfermer dans des rceptacles assez
bien clos pour interdire l'entre aux insectes qui l'attaquent; il faut enfin
dtruire jusqu'aux germes de ces insectes qu'il avait reus avant d'tre d-
pos dans les rceptacles o il doit sjourner. L'emploi du gaz oxyde de
carbone, auquel certains chimistes ont pens, remplirait bien, jusqu' un
certain point, cette dernire indication; lais, outre que l'opration, telle
qu'on l'a propose, serait fort coteuse, elle n'aurait qu'un effet passager,
tant que le grain ne serait pas contenu dans des rceptacles fermant herm-
( 217 )
tiquement. Les silos de plomb que l'on avait proposs et auxquels il a fallu
renoncer parce qu'ils cotaient trop cher, eussent assur le succs de cette
opration. Mais on peut atteindre le but d'une manire plus conomique; car,
avec du zinc lamin soutenu par des membrures en bois convenablement dis-
poses, on construit des silos qui remplissent toutes les conditions exiges.
Ceux que les auteurs ont employs dans leurs expriences sont des prismes
triangulaires : une tubulure dispose la partie infrieure de chacune de ces
caisses permet l'introduction du gaz dltre (acide carbonique provenant de
la dcomposition du calcaire par l'acide sulfurique, ou bien de la combustion
du charbon au moyen de l'appareil employ dans les raffineries pour dcom-
poser le saccharate de chaux); une tubulure suprieure, dont on dirige de
temps autre le courant gazeux sur de l'eau de chaux, permet d'apprcier
l'instant o l'acide carbonique a rempli la capacit entire.
Avant d'tre introduit dans ces silos, le bl a t pralablement dessch
par une exposition prolonge une temprature de 5o 60 degrs; cette
opration, ainsi que les auteurs s'en sont assurs, ne produit aucun mauvais
got dans les farines fabriques. Ils annoncent avoir galement constat que
l'emploi de l'acide carbonique n'entrane aucune sorte d'inconvnients. Quant
la dpense, ils font remarquer que si les frais de premier tablissement
sont un peu considrables, on a chaque anne, tant que durent les silos, une
conomie notable sur les dpenses de main-d'uvre, le remuage la pelle
tant compltement supprim.
(Commissaires, MM. de Gasparin, Payen , Decaisne.)
M. Prosper Lucas, auteur d'un ouvrage prsent au concours pour les prix
de Mdecine et de Chirurgie , adresse, conformment une des prescriptions
tablies pour ce concours, l'indication de ce qu'il considre comme neuf
dans "son travail, qui est relatif la question de l'hrdit naturelle dans les
tats de sant et de maladie du systme nerveux.
(Commission des prix de Mdecine et de Chirurgie.)
CORRESPONDANCE.
CONOMIE RURALE. Demande d'instructions pour l'introduction d'une
plante alimentaire^ /'aracacha. (Lettre de M. le Ministre de l'Agriculture
ET DU Commerce. )
" J'apprends qu'un voyageur distingu, M. Wisse , depuis quelques
annes en Amrique, est sur le point de revenir en France, en traversant la
C K., i85o, a"" Semestre. (T. XXXI, N" 7.) 3o
( ai8 )
Nueva-Grenada. Je serais heureux de saisir cette occasion d'essayer de doter
la France de Varacacha, qui, dans les Cordilires, rivalise avec la pomme
de terre.
Je suis persuad qu'une instruction mane de l'Acadmie, et le dvoue-
ment clair de M. Wisse pour la mettre en pratique, donneront cette
tentative de grandes chances de succs.
Je viens, en consquence, vous prier de vouloir bien faire nommer
par l'Acadmie une Commission qui rdigerait une instruction ce sujet.
(Une Commission, compose de MM. Boussingault, de Gasparin et De-
caisne, est charge de rdiger l'instruction demande pour M. Wisse.)
Le HHE Ministre transmet quatre figures d'un veau monstrueux qui lui ont
t adresses par M. Larget, mdecin vtrinaire Tulle (Corrze). Trois
de ces figures , excutes au daguerrotype , reprsentent l'animal sous autant
d'aspects diffrents; la quatrime figure est peinte l'huile et dans de plus
grandes dimensions.
Ces pices sont renvoyes l'examen de M. Isidore Geoffroy, qui jugera
s'il y aurait de l'intrt examiner anatomiquement la pice tratologique.
M. le Ministre de l'Intrieur invite l'Acadmie lui faire connatre le
jugement qui sera port sur les rsultats des essais faits par M. Baude-
locque pour rendre un jeune enfant, sourd-muet de naissance, la facult
de l'audition, rsultats qui sont tels, selon M. Baudelocque, que cet enfant
peut, comme un autre, profiter de l'enseignement oral.
(Renvoi la Commission qui avait t nomme l'poque o M. Baude-
locque annona l'intention d'entreprendre ces essais, Commission laquelle
M. Serres est pri de s'adjoindre.)
CHIMIE PHYSIOLOGIQUE. Note sur le liquide amniotique de la femme;
par M. J. Regnauld.
La difficult que l'on prouve se procurer chez la femme le liquide
amniotique l'tat de puret, la trs-faible quantit de principes solides
qu'il contient, environ 0,012 du poids total, expliquent assez le dsaccord
des observateurs sur sa vritable composition, et autorisent les doutes des.
physiologistes sur ses rapports avec les scrtions du ftus.
" Ayant pu recueillir, dans le service de clinique obsttricale de M. P.
Dubois, des quantits assez considrables de liquide amniotique parfaitement
pur, j'ai procd son analyse qualitative. Je ferai remarquer que, dans de
petites quantits de liquide, 5o ou 60 grammes, bien que je n'eusse pas pu
( ai9 )
isoler l'ure, j'avais de fortes prsomptions sur son existence, ayant observ
que le chlorure de sodium , abandonn par une solution alcoolique faible de
cette matire dessche, prend constamment la forme octadrique.
Pour extraire l'ure, j'ai fait vaporer 800 grammes de liquide amnio-
tique au bain-marie jusqu' rduction au tiers du poids total. L'vaporation
doit tre acheve sous le rcipient de la machine pneumatique, en prsence
de 1 acide sulfurique. Sans cette prcaution, la trs-petite quantit d'ure
contenue dans la liqueur se dtruit la temprature de 90 ou 100 degrs, en
prsence des sels raction alcaline qu'elle renferme. La masse, sche dans
le vide, est reprise froid par quatre ou cinq fois son poids d'alcool absolu
employ par fractions. Cette solution est spare d'un dpt form de la ma-
tire albuminoide et de diffrents sels acides inorganiques , tels que phos-
phates de soude et de chaux, carbonate de soude, chlorure de sodium.
I/alcool , ainsi employ , dissout l'ure , et ne se charge pas de principes
colorants et de matire grasse, ce qui aurait lieu chaud. Cette liqueur,
abandonne l'vaporation dans le vide, ne donne pas encore de cristaux
d'ure; elle se solidifie incompltement, et devient comme rsineuse. Cela
tient ce que l'alcool absolu, mme froid, dissout un sel sodique acide
organique (acide lactique) , qui entrave la cristallisation de l'ure. Mais en
traitant cette masse rsinode par l'ther pur et bouillant, on obtient une so-
lution qui, par l'vaporation spontane dans une capsule de verre, laisse
cristalliser des aiguilles prismatiques blanches qui offrent tous les caractres
de l'ure. Ainsi la forme de ces cristaux est identique, au microscope, avec
celle de l'ure pure dissoute dans l'ther : ils se dissolvent rapidement froid
dans l'eau distille, et prcipitent par l'acide azotique un sel blanc, trs-
peu soluble froid, cristallin, qui, observ au microscope, a exactement la
forme du nitrate d'ure. Ces cristaux, projets dans un tube contenant une
solution de nitrite de mercure, produisent un abondant dgagement d'azote.
' Je m'occupe de dterminer avec prcision les autres principes imm-
diats du liquide amniotique; j'adresserai mes rsultats l'Acadmie ds que
j'aurai isol et purifi ces composs de faon ne conserver aucuu doute sur
leur vritable nature. " ' ' r '
MTOROLOGIE. Sur les toiles filantes du mois d'aot. (Note de
M. Coulvier-Gravier. )
" Nos observations sur les toiles filantes, apparues l'poque du maximum
d'aotlt de cette anne et dans les jours qui ont prcd et suivi cette poque,
3o..
( 220 )
ont donn les nombres suivants pour les mtores apparus , par un ciel
serein , en une heure aux environs de minuit.
Nombre horaire
Epoque. i minuit.
3o juillet 1 3 toiles.
2 aot , . . i5
3..... 20
4 28
7 37
8 44
9 77
10 84
II 80
Une fifjure, jointe notre Note, montrera mieux la marche ascendante
du phnomne, qui entre maintenant dans sa priode dcroissante.
Ces nombres indiquent que le maximum ne dpasse pas les limites or-
dinaires. En fait de globes filants ou bolides, nous avons vu les sept mtores
suivants :
Henres et minutes Grandeur
Epoque. de la nuit. des mtores.
3 aot i2''25' 2." grandeur.
8 12. i3 2"
9 2.12 2*
10 11.35 i"
1 2 . 5o 3'
12.55 3
II I o . 36 3"
Ces globes filants portent le nombre de ceux que nous avons dj
observs cent trois. Si nous ne les annonons pas chaque fois l'Aca-
dmie, c'est pour ne pas abuser de ses moments. Au reste, l'tude ne peut
en tre bien faite que dans leur ensemble; ce sera la matire d'une exposition
dtaille dans une des livraisons de notre grand ouvrage, dont la partie his-
torique est dj publie, et dont la livraison prochaine, retarde dans le but
d'augmenter le nombre des faits, contiendra les premires gnralits sur
ce phnomne curieux. Les matriaux dont nous disposons, et que nous
mettons en ordre au fur et mesure, sont tellement considrables , que nous
ne craignons plus de variations sensibles dans les rsultats gnraux et les
lois que nous tablirons.
{ 221 )
M. RoNMY donne quelques dtails sur le mtore lumineux du 5 juin , qu'il
a eu occasion d'observer Passy.
La Note est principalement relative aux changements de forme du m-
tore qui, d'aprs M. Ronmy, aurait prsent successivement l'aspect d'un
disque parfaitement circulaire, puis chancr sa partie infrieure, puis
comme vid au centre, enfin comme compos de deux croissants affronts ;
ce serait au moment o il prsentait cette dernire forme qu'auraient, au
dire de l'auteur, commenc se montrer des tincelles qui semblaient le
prcder plutt que le suivre dans son mouvement descendant, et qui con-
tinurent tre visibles quelques instants aprs sa complte extinction.
M. Pennington adresse , de Baltimore (Etats-Unis d'Amrique ) , une Note
manuscrite et un prospectus imprim concernant un projet de ballon
vapeur sur lequel il souhaiterait que l'Acadmie des Sciences voult bien se
prononcer.
La Note manuscrite n'ajoutant aucun nouveau renseignement ceux qui
se trouvent dans la Note imprime, il n'y a pas lieu, d'aprs les usages de
l'Acadmie , la renvoyer l'examen d'une Commission.
L'Acadmie accepte le dpt de deux paquets cachets , prsents l'un
par M. NiCKLs, et l'autre par M. PtAcr.
La sance est leve 5 heures. F.
o
( 232 )
BULLKTIN BIBLIOGRAPHIQUE.
L'Acadmie a reu, dans la sance du 12 aot i85o, les ouvrages dont
voici les titres :
Com/Hes rendus hebdomadaires des sances de l' Acadmie des Sciences;
2"" semestre i85o ; n 6; in-4".
Annales de Chimie et de Physique, par MM. Gay-IjUSSAC, Arago, Ghe-
VREUL, Dumas, Pelouze, Boussingault et Regnault; 3* srie, t. XXIX;
aot i85o; in-8.
Annuaire de chimie comprenant les applications de cette science la mde-
cine et la pharmacie , ou rpertoire des dcouvertes et des nouveaux travaux
en chimie faits dans les diverses parties de l'Europe; par MM. E. MlLLON et
J. Reiset, avec la collaboration de M. J. NiCKLs. Paris, i85o; i vol. 10-8".
De l'insalubrit des rizires. Note lue l'Acadmie du Gard par M. le
D'Ph. Boileau-Gastelnau. Paris, i85o; broch. in-8.
Mmoire consulter pour le Lyce des arts, sciences, belles- lettres et industrie
de Paris. Paris, i85o; broch. in-8.
Annales de la Socit entomologique de France; 2* srie , tome VIII , 2^ tri-
mestre, i85o; in-S".
Annales de la Socit centrale d'Horticulture de France; volume XLI;
juin i85o; in-8''.
Annales forestires ; 2* srie, tome IV, n 7; juillet i85oj in-8.
Rpertoire de Pharmacie, j-ecueil pratique , rdig par M. le D"^ A. Bou-
GHARDAT; 7* anne, tome VII, oP 2; aot i85o; in-8.
Memorie. .. Mmoire gologique sur la Campanie; par M. A. ScACCHi.
Naples, 1849; i''i"4- (Extrait des Comptes tr^ndus de l'Acadmie royale des
Sciences de Naples.) Prsent, au nom de l'auteur, par M. Dufrnoy, qui
est invit en faire l'objet d'un Rapport verbal.
( 2a3 )
Aiinali. . . Annales des Sciences physiques et m'ithmn tiques; par M. Bar-
nabe TORTOLINI ; juillet i85o; in-8.
Revista. . . Revue chimico-pharmaceutique de Madrid; n" 7; 2 aot i85o;
in -8. : ^
Monalbericht. . . Comptes rendus mensuels des sances de l'Acadmie royale
des Sciences de Prusse; mai i85o ; in-8.
Astronoiiiische. . . Nouvelles astronomiques de VI. Schumacher; n" 72.5.
Gazelle mdicale de Paris; n" 3 ; in-4''.
Gazette des Hpitaux ; n' gS g5.
ERRATA.
(Sance du 29 juillet i85o.
Page 142, ligne i3, ajoutez: Une Commission , compose de MM. Dumril, Andral,
Rayer, Decaisne, est invite faire les expriences ncessaires pour constater, autant que
la chose est possible dans notre pays, l'action thrapeutique attribue aux graines du cdron.
Les spcimens de ce fruit, joints la Note de M. Jomard, seront remis cet effet aux Mem-
bres de la Commission.
( 224 )
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COMPTE RENDU
DES SANCES
DE L'ACADMIE DES SCIENCES.
SANCE DU LUNDI 19 AOUT 1850.
PRSIDENCE DE M. DUPERREY.
MEMOIRES ET COMMUNICATIONS
DES MEMBRES ET DES GORftESPONDANTS DE L'ACADMIE.
THORIE DE LA LUMIRE. Sur les rayons de lumire rflchis et rfracts
par la surface d'un corps transparent et isophane; par M. Augustin
Cauchy.
Dans lavant-dernire sance, j'ai appliqu les principes que j'avais
prcdemment tablis, la rflexion et la rfraction de la lumire opres
par la surface extrieure d'un corps transparent. Je vais aujourd'hui dve-
lopper les consquences de mon analyse, dans le cas spcial o le corps
transparent est isophane.
< Los corps transparents et isophanes sont de deux espces. Il en est
travers lesquels peuvent se propager des rayons lumineux simples, dous
de la polarisation recliligne. Il est d autres corps isophanes qui possdent ce
qu'on a nomm le pouvoir rotatoire^ et dont la structure se prte la pro-
pagation simultane de rayons lumineux simples polariss circulaireraent en
sens contraires. Ajoutons que, pour expliquer les phnomnes de rflexion
et de rfraction, il est ncessaire de teniV compte, non-seulement des rayons
L. K., i85o, 2 Semestre (T. XXXI, N" 8.) 3l
; ^ ( aa6 )
visibles rflchis ou rfracts, mais encore d'autres rayons que nous appe-
lons vanescents, que la thorie met en vidence, et qui chappent l'ob-
servateur, parce qu'ils deviennent insensibles de trs-petites distances des
surfaces rflchissantes ou rfringentes.
Cela pos, concevons qu'un corps transparent et isophane tant termin
par une surface plane, on fasse tomber sur cette surface un rayon simple
dou de la polarisation rectiligne. Si le corps ne possde pas le pouvoir
rotatoire, la rflexion et la rfraction donneront naissance deux rayons
rflchis et deux rayons rfracts, l'un visible, l'autre vanescent. Alors
aussi les lois de la rflexion et de la rfraction seront fournies, dans une
premire approximation , par les formules de Fresnel, qui supposent que le
rayon rflchi est toujours dou, comme le rayon incident, de la polarisa-
tion rectiligne. Observons que ces formules, qui contiennent les angles d'in-
cidence et de rfraction, peuvent tre censes renfermer, avec l'angle d'in-
cidence, un seul lment, savoir, celui qu'on noumie Vindice de rfraction.
Ajoutons qu'en vertu des formules de Fresnel un rayon rflchi sous l'angle
qui a pour tangente l'indice de rfraction, devra toujours tre compltement
polaris dans le plan d'incidence. Dans la ralit , il en est autrement. Lors-
qu'un rayon simple dou de la polarisation rectiligne tombe sur la surface
extrieure d'un corps transparent et isophane, la rflexion donne gnrale-
ment naissance un rayon dou de la polarisation elliptique; et si, afin de
mieux observer les phnomnes, on substitue la lumire solaire la lumire
diffuse, comme l'a fait M. Jamin , les rsultats des expriences devenues
plus exactes seront conformes, non aux formules de Fresnel, mais celles
que j'ai donnes en iSSg, et qui renferment, avec les angles d'incidence ei
de rfraction dj contenus dans les anciennes formules, un nouvel lment,
savoir, celui que M. Jamin appelle le coejjficient d'ellipticit.
" Les nouvelles formules que renferme le prsent Mmoire se rapportent
au cas o le corps transparent et isophane que l'on considre est un corps
qui possde le pouvoir rotatoire. Alors les lois de la rflexion et de la r-
fraction des rayons lumineux diffrent de celles que j'ai donnes en iSSg,
et la thorie, devanant l'exprience, indique de nouveaux phnomnes
qui semblent d'autant plus digues d'attention qu'ils n'ont pas encore t, du
moins ma connaissance, observs par les physiciens. Parmi les phnomnes
dont il s'agit, on doit surtout remarquer ceux qui sont relatifs la rflexion
de la lumire. Disons en peu de mots en quoi ils consistent.
Lorsqu'un rayon simple, et dou de la polarisation rectiligne, tombe
sur une surface plane qui termine un corps transparent et isophane , ce
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rayon peut toujours tre cens rsulter de la superpositi